Modification des achats alimentaires en réponse à différents logos nutritionnels

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Modification des achats alimentaires en réponse à différents logos nutritionnels

Pour améliorer la qualité nutritionnelle des achats des consommateurs, les méthodes de l’économie expérimentale en laboratoire donnent NutriScore en tête face à quatre autres systèmes d’étiquetage nutritionnels face avant concurrents : NutriMark, NutriCouleurs, SENS et NutriRepère. C'est ce qu'indiquent les résultats de l'étude réalisée sous la direction du professeur Bernard Ruffieux et remis hier à Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé.

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Cette recherche s’inscrit dans une longue série de recherches conduites par le professeur Bernard Ruffieux avec l’équipe de GAEL pour mesurer en laboratoire les impacts sur les achats des consommateurs de politiques nutritionnelles [1, 2, 3].

L’étude ici synthétisée, pas encore publiée, a été réalisée en conditions réelles d’achat sur la plateforme expérimentale de Grenoble INP – Génie industriel du 21 novembre au 12 décembre 2016.

Principaux résultats

Les cinq systèmes testés ont un impact significatif sur la qualité nutritionnelle des achats, mesurée par le score de la Food Standard Agency* (FSA) des participants.

L’effet nutritionnel positif contraste les systèmes d’étiquetage : NutriScore est significativement le plus efficace des cinq.

NutriScore génère une amélioration nutritionnelle de la moyenne des paniers des participants, mesurée par le score FSA, de +9,3%. Suivent NutriMark (+6,6%), NutriCouleurs (+4,8%), Sens (FSA +3,6%) et NutriRepère (FSA +2,9%).

L’avantage de NutriScore n’est pas remis en cause par le choix du critère : pondération du score FSA par kcal, ou grammes, ou nombre d’articles, ou par Euro ; inclusion ou non des boissons. L’indicateur LIM par calorie conduit aussi au même résultat.

NutriScore l’emporte en efficacité pour les revenus les plus faibles, suivi de NutriMark. SENS et NutriRepère n’ont pas d’impact significatif pour cette catégorie de revenus.

Le système NutriScore est plus efficace pour réduire les AGS et les sucres. NutriMark est plus performant pour accroître les fibres et les protéines.

Graphique – Performance des systèmes mesurés selon le FSA. (Moyenne des améliorations individuelles par système) © ADR
Graphique – Performance des systèmes mesurés selon le FSA. (Moyenne des améliorations individuelles par système)

Méthode

Avec les méthodes de l’économie expérimentale [4] on mesure les impacts, sur les achats de 809 participants, de l’apposition de cinq systèmes d’étiquetage nutritionnel alternatifs. Dans un mini-magasin expérimental, les participants avaient un choix de 290 aliments, disponibles en grandes surfaces et vendus à leurs prix courants. Chaque participant disposait d’un catalogue-produits en couleur où il faisait ses choix avec un lecteur de code-barres. La gestion du panier d’achat se faisait par écran à l’aide d’un clavier et d’un terminal.


Les 809 participants ont été aléatoirement répartis en sept traitements (110 sujets environ) : un par système d’étiquetage et deux traitements de contrôle. 51 sessions de une heure trente ont eu lieu. A l’issue de l’expérience, un questionnaire déclaratif a été rempli par chaque sujet.

Chaque participant constituait successivement deux paniers pour 48 heures de consommation du ménage : un premier panier où le contexte était strictement identique dans tous les traitements, un second panier où un nouveau catalogue-produits incluait l’un des systèmes d’étiquetage (ce second catalogue était sans étiquetage ou à étiquetage partiel dans les traitements de contrôle). A l’issue de l’expérience, un quart aléatoire d’un des deux paniers, tiré au sort, faisait l’objet d’achats effectifs aux prix courants observés en grandes surfaces.

Commentaires

Les atouts de la méthode expérimentale de laboratoire (framed field experiments) ici utilisée sont : le niveau de contrôle, l’homogénéité du contexte, la possibilité de l’expérience à être répliquée à l’identique ou selon de multiples variantes (de systèmes, de contextes, de populations cibles), la simplicité et la rapidité de la démarche, son coût limité.

Notons que la méthode capture artificiellement l’attention des participants sur l’étiquetage et la nutrition, conduisant sans doute à accentuer les performances de tous les systèmes.

Références

[1] Muller, L., Ruffieux, B. 2012 Modification des achats en réponse à l’apposition de différents logos d’évaluation nutritionnelle sur la face avant des emballages Cahiers de Nutrition et de Diététique

[2] Crosetto P., Muller L., Ruffieux B. (2016) Réponses des consommateurs à trois systèmes d'étiquetage nutritionnels face avant Cahiers de Nutrition et de Diététique

[3] Muller L., Lacroix A., Ruffieux B., Lusk J. Distributional Impacts of Fat Taxes and Thin Subsidies The Economic Journal

[4] Harrison G., List J., (2004) Field experiments Journal of Economic Literature

* Le score nutritionnel de la Food Standard Agency (FSA), pondéré par kcal, mesure l’impact d’un système sur l’amélioration de la qualité nutritionnelle, définie comme l’écart relatif entre le premier et le second panier (voir méthodologie page suivante).

SOURCE : Institut polytechnique de Grenoble