Mode de vie contre diabète

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L’étude finlandaise DPS (Diabetes Prevention Study) a été une des premières études contrôlées et randomisées montrant qu’on pouvait prévenir le diabète chez des sujets à haut risque par des modifications du style de vie, c’est à dire en bougeant plus et en mangeant mieux. Tout est dans la durée...

Les résultats publiés en 2001 par Jaakko Tuomilehto et son équipe ont montré qu’une intervention intensive sur le mode de vie pouvait réduire de 58% le risque de diabète par rapport à un groupe contrôle. L’étude a été interrompue prématurément en Mars 2000 devant l’importance des bons résultats de l’intervention et les sujets ont continué d’être suivis pendant 3 ans.

Reste à savoir si de tels changements de vie ont un effet durable. C’est ce qui a incité les auteurs à publier récemment les résultats de leur étude à 3 ans.

Un véritable “coaching”...

Rappelons les grandes lignes de l’étude DPS. Cet essai multicentrique a porté sur 522 Finlandais âgés de 40 à 64 ans, présentant une intolérance au glucose telle qu’elle est définie par l’OMS après charge orale en glucose. Les sujets ont été tirés au sort pour être randomisés en deux groupes.

Dans le groupe expérimental (265 personnes) les participants ont eu pour instructions :

  • de réduire à moins de 30% la proportion de graisses dans les calories qu’ils ingéraient (avec moins de 10% de graisses saturées),
  • d’augmenter les fibres alimentaires à au moins 15 grammes pour 1 000 kcal d’aliments,
  • de privilégier l’ingestion de fruits, de légumes,
  • et d’huiles riches en acides gras monoinsaturés.

Les sujets ont été régulièrement soumis à des entretiens individuels de 30 minutes à 1 heure avec des nutritionnistes. Pour renforcer les messages nutritionnels, ils ont reçu des brochures détaillées sur l’alimentation. Des conférences, des sessions de cuisine diététique et de visites de supermarché ont été organisées en groupe. Les conjoints étaient invités à se joindre aux sessions. Entre les visites médicales, les sujets ont été régulièrement appelés au téléphone. Objectif principal de ce véritable " coaching : leur fournir les compétences nécessaires pour parvenir à des modifications durables de comportement.

L’activité physique a été surveillée très étroitement avec la participation de kinésithérapeutes. Elle a été ajustée dans le groupe expérimental à l’équivalent d’une heure de jogging trois jours par semaine. Aux exercices en endurance ont été associés à des sessions individualisées d’exercice en résistance. Pour renforcer la motivation, des groupes de marche et de randonnées ont été mis en place et des compétitions ont eu lieu entre les différents centres participants. Le groupe contrôle (257 personnes) a bénéficié d’une intervention beaucoup plus modeste et non individualisée. Les sujets ont reçu des conseils généraux sur le diabète et l’hygiène de vie reposant sur les mêmes recommandations que le groupe intervention : perdre du poids, augmenter l’activité physique et modifier l’alimentation.

Des améliorations durables

D’une manière générale, les changements observés en terme d’alimentation et d’activité physique ont été plus marqués au cours de la première année. Ils se sont globalement maintenus à 3 ans.

Question activité physique, il y avait toujours plus de sédentaires dans le groupe contrôle que dans le groupe intervention et les proportions sont restées voisines sur les 3 ans. Dans le groupe intervention, les activités physiques de loisir ont augmenté à 1 an et à 3 ans.

Au niveau alimentaire, les sujets ont accru leur apport énergétique relatif en glucides et réduit leur apport en lipides saturés, mono insaturés et en cholestérol. L’apport en fibres a augmenté. Comme on s’y attendait, les changements ont été plus marqués dans le groupe intervention et le sont restés à 3 ans. D’une manière générale, les objectifs ont été plus souvent atteints dans le groupe intervention que dans le groupe contrôle.

Des bénéfices indiscutables

Les bénéfices cliniques et métaboliques observés dans le groupe intervention se sont maintenus sur 3 ans. Si les sujets contrôle ont perdu 1 kg, la perte de poids moyenne du groupe intervention a été d’environ 4,5 kg à un an et 3,5 kg à 3 ans (comme quoi, même encadré dans un protocole d’étude il est difficile de ne pas regrossir après avoir maigri !). Même tendance pour la glycémie à jeun et après charge orale en glucose, l’HbA1c, le rapport cholestérol total/HDL, et les triglycérides, dont la diminution a été plus marquée dans le groupe intervention.

Enfin, sur les 3 ans qu’a duré l’étude, l’incidence du diabète a été de 9% dans le groupe intervention contre plus du double (20%) dans le groupe contrôle.

Cela marche... à condition d’y mettre les moyens

Le grand mérite de l’étude DPS et de montrer que la meilleure manière de prévenir l’apparition du diabète chez des personnes à haut risque passe par des changements durables de style de vie. A condition d’y mettre les moyens car la preuve est faite que, pour être réellement efficace, une telle intervention doit être individualisée, continue et réalisée par des professionnels entraînés... Des conseils généraux, sans suivi régulier n’ont au final pas beaucoup d’impact sur la santé.

SOURCE : Aprifel

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