Mise en place des stratégies de prévention et de prise en charge de l'obésité infantile

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Le docteur Patrick Le Touze, pédiatre à Dreux, président du REPOP-RD (Réseau pour la prise en charge et la prévention de l'obésité en pédiatrie, en région drouaise), a une longue expérience de la pédiatrie et a vu émerger l'apparition de l'épidémie de l'obésité infantile. Il livre sa vision de praticien de terrain de la prévention concernant la mobilisation des pédiatres, la mise en place des stratégies de prévention et de prise en charge.

« Mise en place des stratégies de prévention et de prise en charge de l'obésité infantile » - Crédit photo : www.shanghaidaily.com Dans les années 60, la prévalence (nombre de cas estimés) des enfants obèses ou en surpoids, âgés de 5 à 12 ans, est de 3% en France. En 1980, le chiffre double. A cette époque, les pédiatres et les généralistes s'intéressent peu au problème. En 1990, on est déjà à 10% et les choses commencent à bouger.

Les courbes de corpulence

Marie-Françoise Rolland-Cachera (1) met au point les courbes de corpulence chez l'enfant, lesquelles apparaissent dans les carnets de santé à partir de 1995. Parallèlement, une petite poignée de pédiatres spécialisés décident d'ouvrir des consultations d'enfants obèses ou en surpoids un peu partout en France.

Mais c'est une équipe de médecins d'adultes non pédiatres qui va faire avancer très vite les choses avec l'étude Fleurbaix Laventie, qui va démontrer qu'en moins de 10 ans, avec des moyens simples mais très coordonnés, on peut stopper la courbe ascendante d'obésité infantile en France (2). Le gouvernement lance, avec le PNNS, la campagne de prévention et de lutte contre l'obésité infantile fin 2003. On est déjà entre 12 et 15% de prévalence selon les régions.

Chacun se met alors au travail. Il faut d'abord réactualiser les courbes de corpulence. Et pour des raisons de normes internationales, on décide qu'au-dessus du 97ème percentile, l'enfant est considéré comme atteint d'une obésité de degré I, ce qui est déjà discuté et constesté par certains « obésologues » qui préfèrent utiliser le terme de « surpoids » beaucoup moins culpabilisant pour les enfants et leurs familles. C'est également mon avis. Au-delà d'un seuil établi par l'international Obesity Task Force, une 2ème courbe définit l'obésité de degré II.

La prévention de terrain

Ensuite, il faut mettre en place une prévention sur le terrain avec les acteurs locaux : politiques et élus locaux, éducation nationale, diététiciens et, bien entendu, le corps médical dans son ensemble : généralistes, pédiatres, hospitaliers et libéraux, médecins de santé publique, etc. C'est lourd et compliqué et dépend des moyens de chaque région.

Des consultations spécialisées s'ouvrent un peu partout, dans chaque CHU, hôpital de préfecture et/ou de sous-préfecture, en ville. Des réseaux REPOP s'ouvrent peu à peu grâce à l'action du Professeur Ricour. Le programme EPODE s'étend à d'autres villes. Des congrès, des réunions, des EPU, un excellent DU d'obésité infantile (Professeur Tounian) permettent aux professionnels de santé de se mettre à niveau.

En mai 2003, responsable du service de pédiatrie de mon hôpital depuis 28 ans et à quelques mois de ma retraite, je suis contacté par mon ami Claude Ricout, qui réussit à me convaincre de me lancer dans le combat et de créer un réseau local (REPOP-RD) pour ma région.

Grâce aux lois Fillon, je peux continuer à travailler après ma retraite. J'ai l'accord du Directeur de mon hôpital et de 2 hôpitaux de proximité (Houdan et Verneuil-sur-Avre) pour ouvrir une consultation d'obésité infantile. Les enfants viennent au début de bouche-à-oreille puis, peu à peu, sont adressés par leur médecin traitant généraliste, parfois par un pédiatre, un médecin PMI ou une infirmière scolaire.

Sur le plan local, dans mon département et les départements voisins, je suis souvent sollicité pour parler sur un sujet que personne ne connaît : EPU locaux, associations familiales, presse locale et radio locale...

Mais au bout de quelques mois, j'ai l'impression que tout ce tapage médiatique national et local n'a guère d'impact sur la population, perturbée par un problème complexe qui gêne tout le monde qui préfère pratiquer la politique de l'autruche. Cinq ans ont passé et l'heure est à un premier bilan...

Références :

  1. Rolland-Cachera M.F. et al. "Body Mass Index variations : centiles from birth to 87 years". Eur J Clin Nutr. 1991 Jan;45(1):13-21.
  2. Borys J.M. "Je préviens l'obésité de mon enfant" aux Editions Balland-Santé, 2004.

(Par le Dr Patrick Le Touze, Président du REPOP-RD - La Lettre Faxée de Nutrition ® - Septembre 2010)

SOURCE : Groupe Protéines

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