Mise au point sur les acides gras trans

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Depuis les années 90, il est clairement établi que la consommation d'acides gras trans d'origine technologique (*) au-delà de 2% de l'apport énergétique contribue à accroître le risque cardiovasculaire, en augmentant le LDL cholestérol mais aussi en diminuant le HDL cholestérol [1]. Outre des études d'intervention sur ce sujet, plusieurs études épidémiologiques ont confirmé cette relation.

« Mise au point sur les acides gras trans » Selon les pays, les apports en acides gras trans peuvent être majoritairement d’origine technologique (par exemple en Amérique du Nord) ou plutôt majoritairement, comme en France, d’origine naturelle. Cette origine naturelle est due à la digestion des ruminants qui, via des processus bactériens complexes, transforme les acides gras polyinsaturés des fourrages en acides gras moins insaturés, parmi lesquels des acides gras trans. Ces acides gras trans naturels se retrouvent dans le lait et les produits dérivés, à un moindre niveau dans la viande de ruminants. Pour autant, les teneurs dans les aliments et le profil de ces acides gras trans diffère de celui des acides gras trans d’origine technologique.

Ce n’est que récemment que plusieurs travaux se sont intéressés à l’impact des acides gras trans d’origine naturelle sur le risque cardiovasculaire, par comparaison à leurs homologues « technologiques ». Quelques études épidémiologiques avaient cependant suggéré l’absence de relation entre acides gras trans naturels et risque cardiovasculaire [2]. Plus récemment, une étude danoise [3] a montré, chez près de 3700 sujets, que la consommation d’acides trans issus des ruminants jusqu’à 2,7g/j (chez les femmes) ou 3,4 g/j (chez les hommes), soit environ 1,1% de l’apport énergétique total, n’était pas associée à une augmentation des événements cardiovasculaires.

Deux études d’intervention ont été publiées en mars 2008 dans l’American Journal of Clinical Nutrition. L’une, canadienne, [4] montre que des apports en acides gras trans naturels à hauteur de 1,5% de l’apport énergétique (**) ne modifie pas significativement les facteurs de risque cardiovasculaire. La seconde, conduite dans notre équipe dans le cadre d’un large partenariat académique et industriel national et international [5], montre que comparativement aux acides gras trans d’origine technologique, les acides gras trans naturels ne sont pas responsables d’une diminution du HDL cholestérol, même à des niveaux d’apports supérieurs à la réalité nutritionnelle.

En conclusion, si les risques liés à la consommation des acides gras trans technologiques sont avérés, il est clair que les niveaux d’apports maximaux possibles en acides gras trans d’origine naturelle ne peuvent pas être associés à une augmentation du risque cardiovasculaire.

(*) Les acides gras trans d’origine technologique résultent de l’hydrogénation catalytique des huiles, un procédé qui permet d’accroître le point de fusion pour modifier les propriétés techno-fonctionnelles de la matière grasse.

(**) Pour atteindre 1,5% de l’apport énergétique total sous forme d’acides gras trans naturels, il faut consommer plus d’un litre de lait demi-écrémé, 100g de camembert et 50g de beurre par jour.

Références :

  1. P.L. Zock and M.B. Katan • Trans fatty acids, lipoproteins, and coronary risk • Can J Physiol Pharmacol, 1997. 75, 211-6.
  2. A.L. Lock, P. Parodi, and D.E. Bauman • The biology of trans fatty acids: implication for human health and for the dairy industry • Aust J Dairy Technol, 2005. 60, 134-142.
  3. M.U. Jakobsen, K. Overvad, J. Dyerberg, and B.L. Heitmann • Intake of ruminant trans fatty acids and risk of coronary heart disease • Int J Epidemiol, 2008. 37, 173-82.
  4. A. Motard-bélanger, A. Charest, G. Grenier, P. Paquin, P.Y. Chouinard, S. Lemieux, P. Couture, and B. Lamarche • Study on the effect of trans fatty acids from ruminants on blood lipids and other risk factors for cardiovascular disease • Am J Clin Nutr, 2008. 87.
  5. J.M. Chardigny, F. Destaillats, C. Malpuech-Brugere, J. Moulin, D.E. Bauman, A.L. Lock, D.M. Barbano, R.P. Mensink, B. Bezelgues, P. Chaumont, N. Combe, I. Cristiani, F. Joffre, J.B. German, F. Dionisi, Y. Boirie, and J.L. Sebedio • Do trans fatty acids from industrially produced sources and from natural sources have the same effect on cardiovascular disease risk factors in healthy subjects?Results of the trans Fatty Acids Collaboration (TRANSFACT) study • Am J Clin Nutr, 2008. 87, 558-66.

(Jean-Michel Chardigny, UMR Intra-Université Clermont 1 de Nutrition Humaine et Centre de Recherche en Nutrition Humaine d’Auvergne de Clermont-Ferrand - Symposium « saturés, trans : nouvelle donne » du 27 novembre 2008 à Brest)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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