Micronutriments et obésité : une place de choix pour les fruits et légumes

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Même si le principe d'un déséquilibre énergétique reste à la base de la prise de poids, on connaît mal encore les facteurs qui peuvent en être à l'origine. De même, on comprend mal pourquoi la progression de l'obésité semble avoir atteint un plateau dans nombreux pays. Il serait simpliste de mettre cette évolution sur le seul compte de la réduction des portions et de la densité énergétique de l'alimentation ou de la promotion de l'activité physique...

De nombreux autres facteurs sont aujourd'hui incriminés dans la prise de poids : manque de sommeil, stress, télévision, consommation excessive de boissons sucrées, insuffisance de nutriments comme les protéines ou le calcium... Et si les micronutriments comme les vitamines et les minéraux, largement représentés dans les fruits et légumes, jouaient eux aussi un rôle ? Une récente étude chinoise semble le montrer...

Un rôle important dans le métabolisme énergétique et lipidique

Pour quelle raison les obèses ont ils des concentrations sanguines en vitamines et minéraux inférieures aux non obèses ? Si ces composés jouent un rôle important dans le métabolisme énergétique et lipidique, on sait encore peu de choses des effets d'une supplémentation en vitamines et minéraux sur le poids et la dépense énergétique. Une précédente étude américaine de suivi a mis en évidence que les personnes en surpoids ou obèses qui consomment une supplémentation multi vitaminique ou des suppléments de chrome prennent moins de poids sur une dizaine d'années que celles qui ne se supplémentent pas...

Des essais préliminaires (réalisés par les auteurs de cette nouvelle étude chinoise) sur des rats obèses ont montré qu'une supplémentation vitaminique entraînait une perte de poids et améliorait le métabolisme énergétique des rongeurs. Ces mêmes auteurs viennent de publier les résultats d'une étude d'intervention chez l'homme, examinant les effets d'une supplémentation vitamino-minérale sur le poids, la dépense énergétique et le profil lipidique de Chinoises obèses.

Vitamines, calcium ou placebo

Une centaine de femmes obèses (selon les critères chinois d'IMC > 28) de la région de Harbin a participé à cette étude de 26 semaines, randomisée en double aveugle vs. placebo. Critères d'inclusion : une dyslipidémie modérée (non traitée), un poids stable et l'absence de prise de suppléments vitaminiques depuis 6 mois, l'absence d'antécédents d'hypertension artérielle, de diabète ou d'infarctus et une grande sédentarité (moins de 2 h d'activité physique par semaine).

On a réparti ces chinoises obèses en 3 groupes (identiques pour les critères de corpulence et de bilan lipidique) selon qu'elles recevaient :

  • un complexe de multivitamines (apportant 29 vitamines et minéraux),
  • un supplément calcique (apportant 162 mg de calcium),
  • ou un placebo (groupe contrôle).

On a collecté leurs données anthropométriques, leur niveau d'activité physique, leurs apports alimentaires, leur tension artérielle et leur métabolisme de repos (par calorimétrie). Les sujets étaient comparables selon ces caractéristiques dans les 3 groupes. Au terme des 26 semaines d'intervention les différences ont été notées, ajustées selon divers critères.

Des vitamines efficaces pour réduire le poids et améliorer le profil lipidique

Au terme des 26 semaines, dans le groupe multivitamines, le poids corporel, l'IMC, la masse grasse, le quotient respiratoire et le tour de taille, le cholestérol total et le HDL cholestérol étaient significativement plus bas que dans le groupe placebo. A l'inverse, le métabolisme de repos et le HDL cholestérol étaient plus élevés. On retrouvait également une tendance à la baisse de la tension artérielle systolique et diastolique.

Dans le groupe calcium en revanche aucun changement de poids n'était noté et les seules différences par rapport au placebo concernaient le HDL (plus élevé) et le LDL (plus bas).

Trop beau pour être vrai ?

A coté d'un déséquilibre énergétique chronique, d'autres mécanismes peuvent contribuer au développement d'une obésité : la susceptibilité génétique, des hormones (leptine, insuline...), des protéines (UCP1, UCP3...), la fonction mitochondriale. Un grand nombre de vitamines et de minéraux peuvent favoriser l'expression des protéines UCP1-3 et la fonction mitochondriale, modulant ainsi la thermogénèse, la lipolyse et la dépense énergétique. On retrouve des associations entre des déficits en micronutriments et l'obésité dans diverses populations. Ces carences peuvent affecter le métabolisme d'hormones comme la leptine ou l'insuline. Elles pourraient également perturber la régulation de l'appétit et le métabolisme énergétique selon des mécanismes qui sont encore mal connus.

Dans cette étude, les résultats obtenus en termes de perte de poids sous l'effet d'une supplémentation multi vitaminique intriguent pour le moins... La perte de poids de près de 4 kg constatée est voisine de celle obtenue par des agents pharmacologiques comme l'orlistat... « Trop beau pour être vrai ? » s'interrogent A. Astrup et A. Bugel dans l'éditorial qu'ils consacrent à cette étude, dont ils reconnaissent sans équivoque la qualité. En tout cas ces résultats méritent d'être confirmés à plus grande échelle par d'autres études de supplémentation en micronutriments chez des sujets obèses.

Faut-il pour autant préconiser la prise de suppléments vitaminiques pour maigrir ? Sans doute pas. Cependant, si l'Importance des micronutriments dans la régulation du poids se confirme, cela ne pourra que conforter la place des fruits et légumes (qui en sont la source principale dans notre alimentation) dans les stratégies de lutte contre l'obésité. L'étude SUVIMAX, ayant utilisé elle aussi une supplémentation vitaminique, a bien démontré l'intérêt d'une consommation importante de fruits et légumes pour la santé. Gageons que ces derniers feront d'ici peu la preuve que leur composante non énergétique joue un rôle essentiel pour la régulation du poids.

(Par le Dr Thierry Gibault, endocrinologue, nutritionniste, d'après Y.Li et al, Int J Ob [2010) 34. 1070-77 et A Arstup and S Bügel, Int J Ob (2010) 34, 947-948 - Equation Nutrition n°102 - Octobre 2010)

SOURCE : APRIFEL

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