Même une faible exposition prénatale à l'alcool laisserait des traces durables sur la réponse au stress chez l'enfant

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Y a-t-il un seuil sécuritaire de consommation d'alcool pendant la grossesse ? Il semble que non, suggère une étude publiée par une équipe de psychologues dans un récent numéro de la revue Psychopharmacology. Selon les résultats de cette étude, même une faible exposition prénatale à l'alcool a une incidence sur la réponse au stress des enfants 19 mois après leur naissance.

Les preuves des effets à long terme d'une consommation élevée d'alcool pendant la grossesse ne manquent pas. Par contre, les conclusions des études portant sur les répercussions d'une consommation faible à modérée divergent. Isabelle Ouellet-Morin, Ginette Dionne, Gina Muckle et Michel Boivin, de l'École de psychologie, et leurs collègues montréalais Sonia Lupien, Sylvana Côté, Daniel Pérusse et Richard E. Tremblay ont eu recours à des données amassées au cours d'une étude à long terme sur des enfants québécois pour apporter un nouvel éclairage sur ce sujet controversé.

Les chercheurs ont d'abord quantifié l'exposition prénatale à l'alcool de 130 enfants à partir des réponses fournies par leur mère au sujet de sa consommation d'alcool pendant la grossesse. Les mères qui ont pris part à cette étude avaient une consommation d'alcool très modérée: 62 % d'entre elles disaient ne pas avoir pris une goutte d'alcool lorsqu'elles étaient enceintes. Les autres rapportaient avoir consommé occasionnellement de l'alcool (moins d'un verre par semaine dans 95 % des cas) pendant 1 trimestre (19 %), deux trimestres (3 %) ou trois trimestres (16 %). Pour les besoins de l'étude, elles ont été scindées en deux groupes: le premier regroupait les femmes qui avaient eu une consommation continue pendant la grossesse, et le second, celles qui avaient eu une consommation sporadique ou nulle.

La réponse au stress chez les enfants des participantes a été mesurée une fois l'âge de 19 mois atteint. Pour ce faire, les chercheurs ont dosé le taux de cortisol - une hormone dont les variations sont liées au stress - dans la salive des enfants avant et après deux mises en situation au caractère inhabituel. Dans la première, chaque enfant, accompagné de sa mère, était placé dans une pièce où l’on faisait entrer un clown; dans un deuxième temps, un robot bruyant faisait irruption dans la pièce. Sans être traumatisants, ces événements suffisent à provoquer des changements de comportements chez bon nombre d’enfants de cet âge, signale le professeur Michel Boivin.

Les résultats montrent que les enfants du groupe exposition continue à l'alcool affichent des taux plus bas de cortisol avant les tests et que leur réponse aux deux stress, estimée par le changement dans le taux de cortisol, est cinq fois plus forte. Même à faible dose, l'alcool pourrait perturber le développement du cerveau pendant la gestation, en particulier les régions impliquées dans la régulation du stress. Ces différences ne s'expriment toutefois que chez les garçons. La raison? « Nos résultats suggèrent une «mauvaise communication » entre les axes responsables de la sécrétion de cortisol et de la testostérone chez les petits garçons ayant été exposés à de l'alcool au cours de leur développement prénatal», avance Isabelle Ouellet-Morin.

Une hausse transitoire du cortisol est normale en condition de stress, mais une plus grande réactivité au stress est considérée comme un facteur de risque de problèmes de santé mentale (dépression, trouble de stress post-traumatique) et physique (perturbation du système immunitaire), en plus de conduire à des comportements problématiques (conduites antisociales, consommation de drogues et d'alcool), souligne la chercheuse. « Les résultats de notre étude appellent à la prudence et soulèvent la possibilité qu'une faible exposition prénatale à l'alcool puisse laisser des traces qui ne soient pas nécessairement manifestes à court terme, mais qui pourraient accroître la vulnérabilité aux problèmes de comportements et de santé mentale, surtout chez les personnes qui se trouvent ultérieurement confrontées à des conditions de vie difficiles. »

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 46 - numéro 30 - 12 mai 2011)

SOURCE : Université Laval

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