Méfaits du sucre sur la santé des enfants : Risque fondé ou peur irraisonnée ?

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Le sucre aussi toxique et addictif que le tabac ou l'alcool ? Une menace sérieuse pour la santé publique ? Telles sont les questions que l’on est en droit de se poser à la lecture de l’article de chercheurs de l’Université de Californie (San Francisco) publié dans l’édition du 1er février de la revue Nature...

La consommation excessive de sucre serait non seulement à l’origine de troubles métaboliques, mais créerait également une forte dépendance et altèrerait la régulation de l'appétit. Des conséquences néfastes au point que les chercheurs américains préconisent aux gouvernements de prendre des décisions radicales : taxer les produits sucrés voire en interdire, à terme, la vente aux enfants avant un certain âge. Alors que faire ? Faut-il bannir à tout prix les aliments sucrés ? Ces peurs sont sont-elles justifiées ? Le point avec Patrick Tounian, secrétaire général de la Société Française de Pédiatrie.

Pour les auteurs de cette publication, le sucre, sous toutes ses formes, serait aussi néfaste pour la santé que l’alcool ou d’autres substances toxiques à fortes doses. S’il est indéniable qu’une alimentation trop riche en sucre est délétère chez l’enfant, les accusations portées par les chercheurs californiens sur ses effets néfastes ne sont pas toutes scientifiquement bien fondées.

Sucre et addiction : un mythe ?

Il n’existe à priori pas d’addiction au sucre. En effet, l’addiction se traduit par l’existence d’une part, d’une dépendance physique caractérisée par des manifestations de tolérance entraînant des besoins de plus en plus conséquents pour obtenir le même effet, et d’autre part par des symptômes de sevrage lorsque l’individu est privé de la substance en question. Elle conduit donc à un comportement cherchant à se procurer de manière incontrôlable la substance dont on est dépendant. Les sucres ne suscitent aucun de ces signes physiques ou comportementaux.

Donc, si l’ingestion de sucre produit effectivement un plaisir qui partage les mêmes voies cérébrales que celui induit par la consommation de certaines drogues (nicotine, alcool), aucun élément ne permet d’affirmer que les sucres en partagent également la dépendance toxicomaniaque.

Risque d’obésité ?… ou de carences

Le risque principal entraîné par l’excès de sucre est, non pas la surcharge calorique et donc l’obésité, mais l’exposition à d’éventuelles carences nutritionnelles. En effet, contrairement à ce qui est écrit dans la publication en question, l’appétit est parfaitement régulé chez l’enfant. Le poids d’un enfant est programmé et son cerveau (plus exactement son hypothalamus) a pour fonction de réguler son appétit et son activité physique pour assurer l’évolution pondérale selon cette programmation, en grande partie génétiquement déterminée. Chez l’enfant obèse, la programmation du poids se fait à un niveau plus élevé, ce qui explique son appétit accru.

Aussi, en cas de repas un peu plus riche, le système de régulation de poids, très performant à cet âge, va moduler l’appétit pour compenser l’excédent énergétique sur les repas suivants. La courbe de poids restera donc régulière. Si l’on poursuit ce raisonnement, des repas successifs trop riches en sucres, et donc en calories, risquent, du fait de la régulation de l’appétit, d’entraîner une diminution de la consommation des autres aliments, et notamment de ceux apportant calcium, fer, vitamines et autres oligoéléments. La consommation excessive de produits sucrés peut donc être responsable de carences nutritionnelles et non de surcharge pondérale. Le même raisonnement peut être tenu avec tous les excès alimentaires.

Diabète chez l’enfant : excès de sucre en cause ?

Si l’on voit effectivement aujourd’hui un peu plus de diabètes de type 2 chez les jeunes, ce n’est pas l’excès de sucre qui en est la cause. Le responsable est en effet non pas la consommation accrue de sucres, mais l’augmentation de l’obésité massive qui touche tout particulièrement certaines ethnies qui y sont prédisposées.

Une peur bien fondée ?

L’excès de sucres chez l’enfant occasionne une véritable peur phobique chez un grand nombre de parents et de professionnels de santé, notamment en raison du risque d’obésité supposé qu’il ferait encourir. Or, chacun des arguments motivant cette peur, lorsqu’ils sont analysés en se basant sur les données objectives de la littérature scientifique, ne sont pas probants, et la peur des sucres est clairement démesurée chez l’enfant. Quant à leur surconsommation, parfois rapportée chez les enfants obèses, elle est la conséquence des ingesta accrus de ces enfants, mais en aucun cas la cause de la maladie. Les risques accrus d’obésité ou encore d’addiction que relaie le récent article paru dans Nature, doivent donc sans doute être relativisés.

Mais alors, pourquoi une telle phobie ? Dans notre culture judéo-chrétienne, les plaisirs de la bouche sont toujours entachés d’une certaine culpabilité. Dans la mesure où l’être humain naît avec une attirance innée pour le goût sucré, la peur des sucres ne reflèterait-elle pas tout simplement la crainte de succomber au pêché originel ?

SOURCE : Société Française de Pédiatrie

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