Mangerons nous un jour comme les Américains ?

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Quand une importante revue de nutrition s'intéresse aux relations entre l'alimentation et la santé publique et analyse les modifications constatées depuis 1970... Des leçons à en tirer...

La majorité des données provient des célèbres enquêtes de surveillance nationale "National Health and Nutrition Examination Surveys" (NHANES I, II, III et IV).

Première constatation : un accroissement de l'IMC

L'IMC moyen des américains a augmenté conduisant à :

  • un surpoids (IMC > 25) chez 65% des participants au lieu de 48% en 1970
  • une obésité (IMC > 30) chez 31% au lieu de 15%
Une consommation énergétique qui augmente

Depuis 1970, la consommation énergétique moyenne augmente chez les adultes et continue de progresser en 1999-2000, surtout chez les femmes.

Chez les jeunes de 1 à 19 ans, la prévalence du surpoids a augmenté, parfois de façon considérable (par exemple 26,6% chez les jeunes filles noires), malgré de faibles variations dans la prise énergétique, qui n'explique pas tout.

Les proportions relatives des calories dans les grands groupes de nutriments (Glucides, Lipides, Protéines) ont varié dans le "bon sens" :

  • Diminution des graisses totales et saturées (respectivement de 36% à 33% et de 13% à 11%)
  • Augmentation des glucides (passant de 44% à 50%) stabilité des protéines (14-15%)
Des améliorations cependant insuffisantes pour satisfaire aux recommandations nutritionnelles nationales (< 30 % de calories lipidiques et < 10 % en graisses saturées). En outre, l'augmentation de la consommation énergétique a donné lieu à un accroissement en valeur absolue des graisses totales et saturées malgré leur diminution en pourcentage.

Le cholestérol alimentaire a diminué pour l'ensemble des participants (passant de 487 à 341 mg/j chez les hommes et de 313 à 242 mg/j chez les femmes). Cette diminution est principalement due à une moindre consommation d'oeufs. En parallèle, le taux de cholestérol circulant a aussi diminué.

Sel

21% de la population américaine consomment moins de 2,40 g de sodium par jour (recommandation nutritionnelle) et la consommation moyenne de sodium en 1999/2000 est de 3,37 g/j. Sources habituelles : plats préparés, sel ajouté, lait, fromage et viande.

Le taux de sodium étant corrélé avec la consommation énergétique, par conséquent, l'augmentation de la ration calorique a entraîné une augmentation de la ration en sel, également liée à la consommation accrue de plats tout prêts et l'augmentation de la fréquence des repas pris en dehors du domicile.

Calcium

La consommation de calcium (dont la source principale est représentée par les produits laitiers) est en diminution : en 90 la moitié de la population suivait les recommandations nutritionnelles, 10 ans plus tard il n'en reste que 30%....

Fer

La supplémentation en fer des céréales prêtes à consommer a permis de faire diminuer la prévalence du déficit en fer de 21 à 13% chez les enfants de 1 à 2 ans.

Folates et produits céréaliers

Un apport journalier de 400 mg d'acide folique est recommandé aux femmes en âge de procréer (pour réduire le risque de spina bifida chez le foetus). Le statut en folates est inversement associé au taux d'homocystéine circulante, facteur de risque d'athérosclérose. Les taux de consommation des folates ont augmenté dans tous les groupes, en relation probable avec l'enrichissement des céréales en acide folique depuis 1998 prônée par la Food and Drug Administration (FDA). Les folates sériques et globulaires ont aussi augmenté.

Vitamines A et C Aucune variation significative de la consommation en vitamines C et A n'a été notée malgré la supplémentation des céréales

Fruits et légumes

Le déficit de la consommation de fruits et légumes (sources de vitamine A et C) est patent :

  • En 1976-80, 45% des adultes ne consommaient ni fruits, ni jus de fruits et 22% ne consommaient pas de légumes.
  • En 99-2000, 17% seulement suivaient les recommandations de 2 portions de fruits par jour et 28% celles de 3 portions de légumes par jour.
  • Les pommes de terre représentent 1/3 des consommations de légumes (!), et les légumes riches en amidon sont quatre fois plus consommés que les légumes verts ou jaune orange foncés.
74% des Américains devraient améliorer leur alimentation Le "Healthy Eating Index" reflète la qualité nutritionnelle et le suivi de la pyramide alimentaire où 10 constituants sont les témoins d'adhésion aux recommandations : céréales, fruits, légumes, produits laitiers, viandes, % de graisses totales et saturées, sodium, cholestérol, variétés en différents groupes de nutriments.

Les scores sont notés jusqu'à 100 :

  • Un score de 80 reflète une alimentation de bonne qualité
  • Entre 51 et 80 : des améliorations sont à apporter
  • en dessous de 51 : l'alimentation est de piètre qualité.
Ces scores ont peu varié (restant aux alentours de 60) et seulement 1 Américain sur 10 a un index supérieur à 80 !

74% doivent améliorer leur alimentation. 16% doivent changer fondamentalement leur comportement alimentaire. Les femmes ont de meilleurs index que les hommes.

Les deux grands responsables de ces déséquilibres

Depuis les années 70, 2 grands facteurs ont contribué à modifier les habitudes alimentaires :

  1. De plus en plus de repas sont pris en dehors du domicile.
  2. Les portions sont plus grosses et leur valeur énergétique supérieure.
En 1977-78, 23% des dépenses consacrées à la nourriture l'étaient pour les repas hors domicile. 10 ans plus tard elles sont de 33%. Pour 2020, les projections prévoient une augmentation de 26%. Il y a 50 % de plus de femmes et d'enfants qui mangent à l'extérieur dans les années 90 que dans les années 70. Les fast food sont fréquentés par 37% des adultes et 42% des enfants. Ils sont à l'origine d'une augmentation significative du contenu énergétique en graisses, totales et saturées, boissons sucrées, ainsi qu'à une diminution en vitamine A, C, légumes, fruits et lait. Entre 1977 et 1998, le poids moyen des portions a augmenté, passant de :
  • 13,1 onces à 19,9 onces liquide (1/2 litre) (+ 49 Cal) pour les boissons sucrées
  • 3,1 onces à 3,6 onces (100 g environ) (+ 68 Cal) pour les frites
  • 5,8 à 7,3 onces (200 g environ) (+ 136 Cal) pour les cheeseburgers
  • la contenance des verres de bière a augmenté de 53% et de 22% pour le vin.
Plus de sucres rapides et de grignotages

Ce qui n'arrange rien, beaucoup d'aliments de faible densité en micronutriments sont enrichis en sucres rapides, ce qui contribue encore au déséquilibre. Dans les années 90, les enfants scolarisés consommaient près de 20% de leurs calories en sucres ajoutés. En outre, les habitudes de grignotage augmentent avec le nombre de repas pris hors domicile. Saurons nous tirer profit de ces connaissances pour faire perdurer le "french paradox" ou tomberons-nous dans le même piège que les américains dans quelques années. "That is the question"!

(Dr Andrée Girault, Equation Nutrition n°44 - Décembre 2004)

SOURCE : APRIFEL

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