Manger pour garder toute sa tête

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L’alimentation permettrait-elle de ralentir le déclin cognitif lié à l’âge, voire de diminuer le risque de démence sénile ou de maladie d’Alzheimer ? Et si oui, quel type d’alimentation ? Les études scientifiques sont limitées et contradictoires, mais les chercheurs ne se découragent pas...

Une alimentation saine et équilibrée peut faire partie des facteurs de protection contre le syndrome métabolique et les maladies cardiovasculaires. Pourquoi ne pourrait-elle pas aussi limiter le déclin des fonctions cérébrales ? A vrai dire, les anomalies qui accompagnent ou favorisent la déficience cognitive liée à l’âge sont nombreuses. La fatigue, l’altération de la fonction thyroïdienne, les lésions cérébrales traumatiques, et bien sûr la génétique, sont régulièrement évoquées. Mais aussi les apports inadéquats de vitamine B12, de vitamine D, de choline, d’acides gras.

Des expérimentations animales montrent que certaines déficiences alimentaires peuvent affecter l’apprentissage et la mémoire. Les petits accidents et les chutes sont aussi à l’origine de ralentissements psychomoteurs et de lenteurs dans les fonctions d’exécution. Reste le constat qu’avec l’âge la capacité à se concentrer, à solliciter sa mémoire, à prendre des décisions, ne fait que s’amoindrir. Une cognition altérée peut être un facteur de risque de démence sénile. Au minimum et sans aller jusque-là, elle limite la capacité de fonctionner pour les activités de la vie quotidienne.

Le régime méditerranéen ? Peut-être, mais pas sûr…

Réalisée aux Etats-Unis, une revue [1] des études scientifiques estime que près de 10% des personnes âgées de 65 ans et plus qui vivent à domicile (et près de 15% des plus de 75 ans) sont atteintes de déficience cognitive. Les auteurs ont réuni 11 articles scientifiques internationaux, portant sur des groupes de population plus ou moins importants, étudiés pendant 4 à 13 ans. Effectuées en France, en Espagne, en Grèce, aux Etats-Unis et dans les pays occidentaux, la plupart des études ont testé le régime dit méditerranéen, avec quelques variantes. Des modèles alimentaires divers, mais généralement riches en fruits et légumes, poisson, noix, produits laitiers frais, légumes secs, sans excès de lipides… Et plutôt pauvres en viande, charcuteries et produits transformés, sel, fritures, gâteaux, desserts sucrés, sucres ajoutés.

Pourtant, même avec ces modèles opposés, les résultats sont contradictoires. Plusieurs études sont favorables à une alimentation de type méditerranéen, d’autres ne lui trouvent pas d’avantages. C’est souvent le mode de vie des personnes étudiées qui semble faire la différence. Régime ou non, les bons résultats cognitifs sont associés à un niveau d’éducation élevé, à un poids normal (avec un indice de masse corporelle (IMC) plutôt bas, à un bon niveau d’activité physique, au fait de ne pas fumer…

Mieux encore, on s’aperçoit que les apports énergétiques globaux ont aussi leur importance : les alimentations dépourvues d’excès caloriques sont les plus efficaces. Autrement dit, la qualité de l’alimentation compte vraisemblablement, mais sa quantité aussi !

Des résultats limités, mais comparables, sont observés dans les rares études menées dans les pays asiatiques. Au Japon, quoique ne portant pas spécifiquement sur le déclin cognitif, le régime dit d’Okinawa [2] privilégie les produits de la mer, les viandes maigres, les apports modérés d’autres viandes, les apports élevés de fibres (fruits et légumes), les apports modérés de thé, de lipides ou d’alcool. Et d’une manière générale des apports caloriques non excessifs. Ses bénéfices espérés concernent le vieillissement en bonne santé et la longévité, la diminution du risque cardiovasculaire et des autres maladies liées à l’âge. On peut en inférer une action positive sur le déclin cognitif.

En Corée, pain, oeufs et produits laitiers

Plus directement axée sur le sujet, une étude [3] menée en Corée du sud chez plus de 800 hommes et femmes âgés d’au moins 60 ans a identifié trois grands types de comportement alimentaire :

  • Un modèle « prudent », caractérisé par une consommation élevée de haricots, pommes de terre, poisson, fruits et légumes divers.
  • Un modèle « pain, oeufs et produits laitiers », accompagné aussi de viande, fruits et produits céréaliers.
  • Enfin un modèle reposant largement, voire exclusivement, sur le riz blanc.

Pas de chance dans ce dernier cas : plus la consommation exclusive de riz augmente, plus diminuent les performances aux scores d’évaluation de la fonction cognitive. A l’inverse, le pain, les oeufs et les produits laitiers font grimper le score : plus les seniors en consomment, plus leur esprit fait des prouesses !

Que l’on se tourne vers un continent ou l’autre, il n’y a pas, en l’état actuel des études, de modèle alimentaire miraculeux dont la valeur est universellement démontrée. L’impact du mode de vie et du niveau éducatif semble indéniable. Mais une alimentation basée sur le bon sens, l’équilibre et la modération, puisqu’elle est bonne pour le corps, ne devrait a priori pas nuire à l’esprit !

[1] Kuczmarski M, et coll. J Nutr Gerontol Geriatr 2014; 33(2):69-90013. DOI: 10.1080/21551197.2014.907101.
[2] Willcox DC, et coll. Mechanisms Ageing Development 2014; 136-137:148-162. DOI: /10.1016/j.mad.2014.01.002.
[3] Kim J, et coll. Eur J Nutr 2014 ; DOI : 10.1007/s00394-014-0713-0.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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