Manger plus varié pour mieux vieillir

lu 3194 fois

Suffirait-il de manger plus varié pour vieillir en meilleure santé ? C’est ce qu’ont vérifié les auteurs de cette étude américaine* qui s’est intéressée au statut nutritionnel de personnes âgées vivant en institution médicalisée.

L’importance de la diversité alimentaire

Consommer une grande variété d’aliments est considéré comme un point clé de la satisfaction des besoins alimentaires, à tous les âges de la vie. On définit la variété alimentaire comme le nombre d’aliments différents consommés sur une période donnée. On sait que les apports en nutriments sont positivement associés au nombre d’aliments consommés.

La diversité alimentaire est également corrélée au statut nutritionnel biochimique, aux mesures anthropométriques chez l’enfant, à une consommation accrue de fruits et de légumes et à une moindre fréquence de maladies cardio-vasculaires et d’obésité. Elle est globalement inversement associée à la mortalité.

Une alimentation peu diversifiée peut conduire à des carences en nutriments, micronutriments et phytonutriments, en particulier chez la personne âgée. On peut définir un “score de variété alimentaire” indiquant si une personne a un profil alimentaire monotone ou, au contraire, complexe. Diverses études ont montré qu’avec l’âge, les choix alimentaires avaient tendance à s’appauvrir, en raison de facteurs médicaux, sociaux, environnementaux, économiques et fonctionnels, influençant les habitudes alimentaires et le statut nutritionnel. Il est donc essentiel d’assurer à la personne âgée une variété alimentaire suffisante pour favoriser son bon état nutritionnel.

Des sujets à risque de carences

Les personnes vivant en résidence médicalisée sont particulièrement exposées aux risques de carences nutritionnelles qui peuvent avoir de graves conséquences en cas d’hospitalisation éventuelle. Il est donc important d’identifier dans une telle population, des facteurs prédictifs permettant de repérer les personnes à risque de faible variété alimentaire et de mettre en place des mesures préventives. Pour ce faire, les auteurs ont recruté 98 personnes (36 hommes et 62 femmes) âgées de 72 à 98 ans, vivant dans un centre de réadaptation spécialisé, en relativement bon état général.

Les consommations alimentaires ont été recueillies sur une période de 3 jours par une diététicienne dont le rôle était d’observer les choix des résidents et de mesurer avec précision les quantités consommées. Deux scores ont été établis : l’un de variété alimentaire correspondant au nombre d’aliments différents consommés durant 3 jours, l’autre de variété en fruits et en légumes, égal au nombre de fruits et légumes différents pris sur la même période. Tout aliment consommé plusieurs fois n’était compté qu’une seule fois. Il s’agissait donc bien d’une mesure de variété alimentaire, non de quantité consommée. Parallèlement, les sujets ont été examinés sous toutes les coutures (mesures anthropométriques, plis cutanés, composition corporelle par impédancemétrie, mesure de la masse grasse par scanner et même mesure du potassium corporel total). Un bilan nutritionnel biologique complet était réalisé (incluant entre autre albumine, protides, fer, vitamine D, folates, vitamines B12, C, A et E). Les fonctions cognitives et l’humeur ont été évaluées à l’aide des questionnaires validés.

Quand la variété protège

L’âge moyen des sujets étant de 87 ans, on comprend que la moitié était atteinte d’arthrose, 44 % de maladie pulmonaire ou de fracture ostéoporotique, 35 % d’HTA et 25 % de cancer. 51 % présentaient des défaillances cognitives et 42 % une dépression.

Sur le plan nutritionnel, une relation inverse était retrouvée entre les deux scores de variété alimentaire et l’âge, mais cette relation disparaissait quand on tenait compte de l’assistance alimentaire apportée par le personnel. En réalité, l’institutionnalisation des sujets avait plutôt un effet positif sur la variété alimentaire, et donc leur statut nutritionnel. Plus de 75 % des sujets avaient des apports vitaminiques et des paramètres biochimiques satisfaisants. Une variété alimentaire et en fruits et légumes importante était associée à des apports plus élevés en nutriments et micronutriments et en outre, pour les fruits et légumes, à une plus faible consommation de lipides et à une forte consommation de fibres, vitamine C et B6. D’une manière générale, la variété alimentaire était corrélée positivement à l’apport énergétique total, une alimentation variée représentant une protection contre la dénutrition et un IMC bas, sans augmenter le risque d’obésité. Les hommes qui consommaient le plus de fruits et légumes différents avaient les profiles lipidiques les meilleurs.

Les bienfaits de l’environnement

Les auteurs concluent que la variété alimentaire est un bon marqueur de l’état nutritionnel des sujets et qu’elle s’associe à une meilleure composition corporelle. En outre, ils ont constaté que c’étaient paradoxalement les sujets les plus atteints de pathologie ou de déficit cognitif qui avaient la plus forte variété alimentaire… Explication : c’étaient justement ceux ci qu’on aidait le plus à s’alimenter en institution. Comme quoi, l’environnement joue, une fois de plus, un rôle essentiel en nutrition.

SOURCE : APRIFEL

Cela pourrait vous intéresser

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s