Manger mieux, dès l'enfance, pour combattre l'obésité

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« L'obésité, selon le commissaire européen à la Santé, Markos Kyprianou, pourrait être la principale menace sanitaire du XXIe siècle ». Que faire pour y remédier ? Les députés européens ont adopté ce 1er février le rapport de Frédérique Ries (ADLE, BE) qui passe en revue les pistes d'action possibles. Ce rapport a été adopté par 620 voix pour, 24 contre et 14 abstentions.

A ce stade, il ne s'agit que d'orientations générales. Les députés réagissaient au Livre vert publié en septembre dernier par la Commission européenne, à l'issue d'une vaste consultation. Les députés souhaitent que des propositions concrètes - un "Livre blanc" - leur soient présentées "rapidement", dans l'objectif de réduire le nombre de personnes en surpoids ou obèses à partir de 2015.

Car, dans le débat qui a précédé le vote, le rapporteur a rappelé quelques chiffres édifiants. Dans l'Union, 38 % des femmes et 27 % des hommes sont en surcharge pondérale. Plus grave encore : ce problème de santé touche 14 millions d'enfants et tend à s'aggraver. Frédérique Ries parle de "courbe ascensionnelle". Aussi le rapport recommande-t-il aux Etats membres de reconnaître officiellement l'obésité comme une maladie chronique pour éviter la stigmatisation des personnes atteintes et leur assurer un accès aux soins de santé nécessaires.

Beaucoup de députés ont estimé que cette maladie découle souvent de conditions sociales précaires. Selon l'expression d'Anne Ferreira (PSE, FR), "les riches sont minces". Parmi d'autres, elle a déploré que la politique agricole commune (PAC) tende à faire grimper les prix des fruits et légumes et à faire baisser ceux du sucre et des graisses. Aussi le rapport recommande-t-il que la préoccupation sanitaire et nutritionnelle soit prise en compte, de manière transversale, dans toutes les politiques communautaires, de la PAC à l'éducation, en passant par la recherche...

Contraindre ou inciter ?

Faut-il s'attendre pour autant à des mesures contraignantes à l'échelle de l'Europe ? Pour Philip Bushill-Mathews (PPE-DE, UK), même s'il s'agit d'une menace majeure pour les pays développés, "ce n'est pas l'UE qui doit décider. La santé est de la compétence des Etats membres et aussi des parents. Nous ne voulons pas d'une Europe-nounou." Une opinion partagée par Renate Sommer (PPE-DE, DE) pour qui "le dirigisme ne fait qu'écarter les citoyens de l'Union européenne".

A l'inverse, Linda Mc Avan (PSE, UK) a plaidé pour un étiquetage obligatoire des huit principaux nutriments (graisses, sucres, fibres, protéines,...) mais cet amendement a été rejeté. Concernant la publicité, elle a remarqué qu'on parlait beaucoup mais qu'on agissait peu. Et elle a suggéré que les graisses sans valeurs nutritionnelles soient supprimées.

Mais la plupart des amendements qui visaient à définir des contraintes à ce stade ont été rejetés. Si les députés demandent une réduction des "graisses artificielles" (acides gras polyinsaturés "trans" qui sont formés artificiellement lors d’un processus industriel d'hydrogénation), évoquant l'exemple des mesures prises au Danemark et au Canada, ils soulignent en revanche le risque d'un zèle excessif en matière de prévention, zèle qui pourrait favoriser d'autres maladies comme l'anorexie.

Les groupes PPE-DE, ADLE et UEN se sont entendus pour écarter l'idée de contrôles obligatoires des publicités télévisées destinées aux enfants. Sur ce point, le Commissaire a estimé que la révision récente de la directive Télévision sans frontières réglait suffisamment la question et a préféré miser sur "l'autoréglementation" de l'industrie alimentaire. "Si cela ne marche pas, on pourra toujours réglementer par la suite", a-t-il déclaré.

Le Commissaire a indiqué que les propositions concrètes à venir combineront autoréglementation volontaire et règles contraignantes. Hiltrud Breyer (Verts/ALE, DE) a regretté précisément que la Commission n'adopte pas une approche plus contraignante et se montre "beaucoup moins téméraire que dans la lutte contre le tabagisme passif".

Surtout éduquer

Enfin, le rapport plaide pour des efforts accrus en matière d'information des consommateurs et surtout d'éducation, car "l'enfance, selon Françoise Grossetête (PPE-DE, FR) est l'étape de la vie où sont prises une grande partie des habitudes alimentaires".

Aussi les députés demandent-ils aux Etats membres et aux professionnels de la santé de promouvoir les avantages d'une alimentation équilibrée. Mais aussi l'activité physique régulière. Selon l'expression du commissaire Kyprianou, il est regrettable que beaucoup d'enfants "jouent au basket sur écran vidéo plutôt que sur le terrain"...

Pour en savoir plus :

SOURCE : Communautés européennes

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