Manger maintenant, faire de l'exercice plus tard...

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Dans les sociétés occidentales, de nombreuses personnes éprouvent des difficultés à manger sainement et à pratiquer une activité physique régulière, ce qui contribue à une prévalence croissante du surpoids et de l'obésité. L'étude des relations entre les conséquences immédiates et futures de nos actes et un comportement sain permet d'apporter quelques éléments de réponse.

De récentes études ont montré que de tels comportements sont déterminés, entre autres, par des choix impliquant des compromis entre des résultats immédiats (exemple : le plaisir) et des résultats futurs (exemple : les effets néfastes sur la santé).

Ces compromis diffèrent selon les individus [1] et jouent un rôle indéniable dans la formation de ces modes de vie.

Le concept de perspective temporelle [2] consiste en l'étude du rapport qu'entretiennent les individus avec le temps.

Le concept de perspective temporelle

Ce concept prend en considération les conséquences immédiates et futures du comportement de chacun. Si certaines personnes se préoccupent davantage du présent et moins de l'avenir, pour d'autres c'est l'inverse.

Les études ont montré que les individus axés sur le présent ont tendance à se concentrer sur les conséquences immédiates de leur comportement tandis que ceux orientés vers l'avenir sont plus préoccupés par les conséquences futures de leur comportement.

Pour mesurer cette orientation temporelle des individus (immédiat vs avenir), Strathman et coll., (1994) ont élaboré l'échelle CFC (Considération of Future Conséquences Scale). Van Beek et coll. ont tenté de déterminer s'il existait un lien entre la "perspective temporelle" et la façon dont les gens orientaient leurs choix alimentaires et sportifs [3].

Perspective temporelle, comportement alimentaire et exercice physique

Un de leurs objectifs était de déterminer si l'examen des conséquences immédiates et futures pouvait prédire le comportement alimentaire et la pratique de l'exercice physique.

Leur étude s'est déroulée aux Pays-Bas, sur un échantillon de 165 passagers d'un train. Les voyageurs ayant accepté de participer ont été invités à remplir un questionnaire composé de 4 parties :

  • Informations personnelles
  • Echelle CFC adaptée au comportement alimentaire avec questions de fréquence de consommation de fruits et légumes (exemple : nombre de jour(s) par semaine pendant lesquels ils consommaient au moins deux portions de fruits)
  • Echelle CFC adaptée à la pratique d'une activité physique avec questions de fréquence d'activité physique (exemple : nombre de jour(s) par semaine pendant lesquels ils sont physiquement actifs au moins 30 minutes)
  • 4 éléments de l'échelle CFC d'origine portant sur l'avenir et sur les conséquences futures de leurs actes

Les résultats montrent que :

  • Les participants qui se concentrent davantage sur les conséquences immédiates de leur alimentation ont un comportement alimentaire moins sain, que ceux qui se projettent davantage dans le futur.
  • Les participants qui se concentrent davantage sur les conséquences futures de leurs actes déclarent une pratique plus importante de l'exercice physique.
  • Les participants qui se concentrent sur les conséquences futures de leur activité physique déclarent également un comportement alimentaire plus sain.
  • La perspective temporelle dans le domaine de l'activité physique prédit donc également le comportement alimentaire, alors que la perspective temporelle dans le domaine de l'alimentation ne prédit pas la pratique de l'activité physique.

Le comportement alimentaire implique principalement la maîtrise de soi à court terme

Les auteurs proposent une explication possible de ces résultats. Puisque le comportement alimentaire est prédit par la perspective temporelle immédiate, ils émettent l'hypothèse que le comportement alimentaire implique principalement la maîtrise de soi à court terme (exemple : résister à la tentation de manger du chocolat). Tandis que pour l'exercice physique, d'autres processus tels que la planification, à long terme ont probablement plus d'importance dans les choix (exemple : planifier un jogging deux fois par semaine).

Cette étude ouvre de nouvelles perspectives de recherches dans la compréhension des choix individuels de consommation alimentaire et de pratique d'une activité physique. Celles-ci pourraient ainsi être utilisées pour promouvoir des comportements sains.

Références

  1. Strathman, Gleicher, Boninger, et Edwards, 1994.
  2. Lewin, 1942.
  3. Van Beek J, Antonides G, Handgraaf M. "Eat now, exercice later : the relation between considération of immédiate and future conséquences and healthy behavior. Personality and Individual Différences", Volume 54, issue 6 (April, 2013), p. 785-791.

(Par France CREPIN, Université Nancy 2 et Aix-en-Provence, Laboratoire INTERPSY - EQUATION NUTRITION n°133, Juillet-Août 2013)

SOURCE : APRIFEL

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