Manger gras fait grossir ? Aucune preuve solide !

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On peut s’en étonner, mais contrairement à ce que l’on aurait tendance à penser, il n’y a pas aujourd’hui de preuve solide que les apports alimentaires de lipides entraînent à eux seuls des modifications de poids. C’est la conclusion à laquelle parvient toute une série de recherches publiées dans de prestigieuses revues scientifiques. Une incitation radicale à réviser nos automatismes alimentaires et à tempérer l’ardeur des lipidophobes et autres chasseurs de gras !

L’étude épidémiologique européenne EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) a analysé l’évolution annuelle du poids et la consommation de lipides chez près de 90.000 hommes et femmes âgés en moyenne de 53 ans. Les lipides, quelle que soit leur nature (acides gras saturés, monoinsaturés, polyinsaturés), représentaient 34 % des apports énergétiques quotidiens des personnes étudiées. Sur un an, la prise de poids moyenne oscillait entre 100 et 800 grammes. Mais surprise : une fois pris en compte les autres composantes de l’alimentation et le mode de vie de chacun, aucune relation n’a pu être mise en évidence entre les apports de lipides et les variations annuelles de poids. Et cela quels que soient les types de corps gras, la nature des acides gras – saturés, monoinsaturés ou poly-insaturés - ou les quantités utilisées...

Pour les auteurs de l’enquête une conclusion s’impose : ce ne sont pas les régimes restrictifs allégés en gras qui empêcheront de prendre du poids !

Mais une enquête suffit-elle ? La confirmation de ses résultats a été apportée par l’important travail de synthèse réalisé par des chercheurs de l’Alabama. Pour évaluer l’influence des lipides alimentaires sur le poids corporel et l’adiposité, il ont décidé de sérier les questions et de trier méticuleusement les études. Voici leurs conclusions.

  • Lorsque leur alimentation est libre et n’est pas soumise à des restrictions, les personnes en surpoids qui apprennent à adopter un régime pauvre en lipides peuvent obtenir une perte de poids et d’adiposité.
  • Par contre, dans le cadre de régimes restrictifs de même valeur calorique, une alimentation riche en lipides entraîne une plus grande perte de poids qu’une alimentation pauvre en lipides. Les chercheurs suggèrent une explication : les lipides donnent du goût aux aliments, rendent le régime moins désagréable, augmentent la satiété et permettent ainsi de limiter les apports alimentaires.
  • Par ailleurs, modifier la proportion d’énergie apportée par les lipides dans les snacks quotidiens n’a aucun effet sur le poids. Dans un contexte où la perte de poids est recherchée, le contenu en graisses des snacks ne semble pas être le problème.
  • Enfin, en cas d’apports énergétiques élevés, on ignore si ce sont les lipides en eux-mêmes qui entraînent le gain de poids. Les corps gras n’ont pas d’effet de promotion de l’adiposité indépendamment des quantités caloriques ingérées.

Pour tous ceux qui ne cherchent pas à maigrir, il n’y a pas de preuve que modifier la part des lipides dans l’alimentation peut influer notablement sur le poids ou l’adiposité. Et particulièrement lorsque les apports caloriques restent équivalents.

Fruit d’une analyse rigoureuse et méthodique des études existantes, tous ces résultats devraient inciter à ne plus diaboliser les corps gras, qui conservent toute leur place dans une alimentation équilibrée.

(American Journal of Clinical Nutrition, volume 90, n° 6, p. 1632-1641. - Critical Reviews in Food Science and Nutrition, volume 50, n° 8, p. 699-715.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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