Manger, bouger... et aussi dormir !

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Le temps consacré au sommeil a tendance à diminuer dans les sociétés modernes. Tout irait bien si c’était sans conséquences. Or, le manque de sommeil est fortement soupçonné de favoriser l’obésité et un certain nombre de maladies de civilisation.

D’après une estimation américaine, 16 % des jeunes adultes vivant aux Etats-Unis dormaient moins de 7 heures par jour en 1960. En 2001, ils étaient 37 %. Le raccourcissement du temps de sommeil est un phénomène général observé depuis quelque temps dans un certain nombre de pays réputés pour leur « productivité ». Depuis quelque temps aussi, on a commencé à le mettre en rapport avec l’épidémie d’obésité. Des études ont montré que dormir moins de 7 heures par jour pouvait augmenter l’indice de masse corporelle (IMC) et le tour de taille.

Les travaux de l’équipe du Pr Angelo Tremblay au Québec (Université Laval) ont fait sensation. Une vaste étude portant sur les familles du Québec (Quebec Family Study) montre que les plus importants facteurs explicatifs de l’obésité ne seraient pas ceux qui influencent directement la dépense énergétique ou les apports caloriques. Les facteurs les plus impliqués sont : l’insuffisance des apports de calcium, un comportement désinhibé par rapport à la nourriture et encore plus le manque de sommeil ! Un temps de sommeil insuffisant est un facteur prédictif d’obésité qui passe avant tous les autres. Bien avant l’obésité des parents, l’excès de télévision, le manque d’activité physique ou le faible niveau socio-économique…

Les chercheurs sont en quête d’explications. Une étude (*) montre qu’une privation de sommeil pendant une nuit complète diminue la dépense énergétique et perturbe les cycles hormonaux. D’autres études ont estimé qu’une trop courte nuit avait pour conséquence de faire augmenter les apports caloriques le jour suivant : jusqu’à 550 kcal en plus ! Lors d’un régime visant à perdre du poids, il a aussi été observé que ceux qui ne dormaient que 5,5 heures par nuit mangeaient plus et perdaient moins de graisse corporelle que ceux qui dormaient 8,5 heures.

La privation de sommeil pourrait influer sur les hormones qui régulent l’appétit. Avec la baisse des taux de leptine, l’augmentation des taux de ghréline et de cortisol, on observe un désir de manger accru er une diminution de la tolérance au glucose. L’hypoglycémie liée aux variations du temps de sommeil augmenterait l’intolérance au glucose. D’où un risque plus grand de voir apparaître un diabète de type 2. Chez un petit dormeur (moins de 6 heures par nuit), le risque serait multiplié par 2,4 par rapport à celui d’un dormeur moyen (7-8 heures par nuit).

D’après les chercheurs, le seuil semble se situer autour de 6 heures de sommeil : en dessous, on peut augmenter son risque de prise du poids, voire de diabète. Attention toutefois : il y aura toujours des exceptions. Avec des petits dormeurs en parfaite santé et gratifiés d’une grande longévité. L’intérêt de ces recherches est peut-être d’abord de nous inviter à trouver notre temps idéal de sommeil : celui où nous nous sentons bien et fonctionnons bien. Au couple « manger/bouger », on peut aujourd’hui ajouter : savoir dormir.

(Nutritions & Endocrinologie, volume 9, n° 50, p. 86-88. - (*) American Journal of Clinical Nutrition, volume 93, p. 1229-1236.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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