Maman, qu'est-ce que tu as mangé pendant ta grossesse ? J'ai de la tension !

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Les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires, comme l'obésité et l'hypertension, frappent maintenant la population pédiatrique [1,2]. Il devient donc urgent de mieux connaître l'impact de l'exposition environnementale précoce sur ces maladies chroniques.

« Maman, qu’est-ce que tu as mangé pendant ta grossesse ? J’ai de la tension ! » - Crédit photo : www.lebebe.net La nutrition du début de la vie - et même au stade foetal - a été bien décrite dans de nombreuses études épidémiologiques et expérimentales. Elle pourrait influencer le risque de maladies cardiovasculaires plus tard au cours de la vie et les facteurs de risques associés durant la vie foetale [3-8].

Notre étude d’intervention a évalué l’impact de l’alimentation maternelle durant la grossesse sur la tension artérielle de l’enfant. A Turku, en Finlande, 256 femmes enceintes ont été randomisées soit dans un groupe témoin soit deux groupes d’intervention [9] :

  • Dans les groupes d’intervention, tout en gardant un régime équilibré, la composition de l’alimentation en acides gras a été modifiée, en associant des conseils nutritionnels sur le choix des aliments appropriés.
  • Le groupe témoin a reçu les conseils nutritionnels habituels dans une clinique pour femmes en bonne santé et un placebo.
Les deux groupes d’intervention nutritionnelle (avec probiotiques ou placebo) ont reçu des conseils nutritionnels détaillés de la part d’un diététicien, afin d’obtenir unrégime équilibré selonles recommandations actuelles [10,11,12]. Dans chaque groupe, la mère et l’enfant ont été suivis de la grossesse jusqu’à ce que l’enfant atteigne l’âge de 6 mois, en se focalisant sur la mesure de la pression sanguine de l’enfant.

Moins de beurre mais plus de margarine et d’huile

Durant le suivi, les mères des deux groupes d’intervention consommaient significativement beaucoup moins de beurre mais plus de margarine et d’huile végétale que celles du groupe témoin. Ces modifications ont entraîné des modifications de la consommation de nutriments.

Dans les groupes d’intervention, on a noté une consommation plus élevée d’acides gras mono- et poly-insaturés et une consommation plus faible d’acides gras saturés par rapport au groupe témoin. La proportion d’énergie fournie par les protéines et la consommation de calcium étaient plus faibles, tandis que les consommations de fibres, vitamine D, vitamine E, et riboflavine étaient supérieures dans les groupes d’intervention que dans le groupe témoin.

Une courbe en U...

Afin d’évaluer les associations entre, d’une part la consommation de divers aliments au cours de la grossesse et la pression artérielle du nouveau né d’autre part, les valeurs moyennes de consommation durant la grossesse en termes d’énergie, d’aliments et de nutriments ont été divisées en quartiles. On a ensuite étudié leur association avec la tension des enfants.

La consommation maternelle était associée de manière significative - mais non-linéaire - à la pression artérielle de l’enfant. Les associations suivaient une courbe en U selon les doses, les premier et dernier quartiles étant associés aux valeurs de pression artérielle les plus élevées à l’âge de 6 mois versus les deux quartiles centraux.

La consommation maternelle de glucides durant la grossesse avait le plus fort impact sur les pressions systolique et diastolique.

La consommation d’acides gras mono-insaturés avait également un effet statistiquement significatif sur la pression artérielle diastolique. On a également observé une relation en U entre :

  • l’apport en énergie totale et en vitamine B12 et la pression systolique chez l’enfant,
  • la consommation maternelle de fibres et la tension artérielle diastolique.

Fait intéressant, une courbe en U inversée a été observée entre la consommation maternelle de fruits et la pression artérielle de l’enfant.

Une tension plus basse chez les enfants nourris au sein

La pression systolique ou diastolique des enfants n’était associée ni au poids à la naissance ni à la durée de la grossesse. Au contraire, la tension était plus basse chez les enfants nourris au sein à 6 mois que chez les autres. De la même manière, la taille des enfants à 6 mois était liée positivement à la tension. La consommation maternelle de glucides prédisait le mieux la pression artérielle à 6 mois, dans des études multivariées des pressions systolique et diastolique. La réponse en U selon la dose a persisté même après ajustement pour l’allaitement maternel et la taille de l’enfant à 6 mois.

Une nouvelle voie pour les conseils nutritionnels

On sait aujourd’hui que les facteurs alimentaires qui influencent directement la pression sanguine sont le sodium et les graisses, et indirectement le gain de poids [13,14]. On a montré qu’une alimentation pauvre en acides gras saturés mais riche en acides gras insaturés, couplée à une forte consommation de fruits et légumes, réduit le risque d’hypertension [15].

Nos résultats étendent ces notions à la vie foetale par le biais de la nutrition maternelle. Ils soulignent encore plus l’impact des nutriments sur la santé [16]. Si on envisage de programmer la pression artérielle durant l’enfance et l’âge adulte [17-20], ces résultats ouvrent une nouvelle porte pour les conseils nutritionnels.

Références :

  1. Ogden CFK et al. JAMA 2002;288:1728-32.
  2. Muntner P et al. JAMA 2004;291:2107-13.
  3. Singhal A, et al. Lancet 2001;357:413-9.
  4. Wu G, et al. J Nutr 2004;134:2169-72.
  5. Lucas A. Ciba Found Symp 1991;156:38-50.
  6. Napoli C, et al. J Clin Invest 1997;100:2680-90.
  7. Napoli C, et al. Lancet 1999;354:1234-41.
  8. Zhang P, et al. J Nutr 2005;135:1745-51.
  9. Isolauri E, et al. Am J Clin Nutr 2001;73:4445-505.
  10. Krauss RM, et al. Circulation 2000;102:2284-99
  11. Nordic nutritional recommendations 1996. Scand J Nutr 1996;40:161-5.
  12. Piirainen T, et al Br J Nutr 2006;96:1095-104.
  13. Hermansen K. Br J Nutr 2000;83:S113-9.
  14. Lichtenstein AH, et al. Circulation 2006;114:82-96.
  15. Appel LI, et al. Hypertension 2006;47:296-308
  16. Hoffmann I. Am .1 Clin Nutr 2003;78:5145-65
  17. Laver RM, et al. Hypertension 1991;18:174-81.
  18. Bao W, et al. Am J Hypertens 1995;8:657-65.
  19. Fuentes RM, et al. J Hypertens 2002;20:195-202.
  20. Srinivasan SR, et al. Hypertension 2006;48:33-9.

(Par Aaltonen J. - Forum sur les Aliments Fonctionnels Université de Turku, Finlande - Equation Nutrition n°82 - Novembre 2008)

SOURCE : APRIFEL

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