Maladies cardiovasculaires : le « paradoxe français » se porte bien, merci

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Les chiffres les plus récents confirment que les Français mangent aussi gras voire -plus gras- que les Américains, les Anglais ou les Européens du Nord. Pourtant, ils sont moins gros et continuent à moins mourir de maladies cardiovasculaires.

« Maladies cardiovasculaires : le « paradoxe français » se porte bien, merci » - Crédit photo : © www.eufic.org En France, dans notre consommation quotidienne, les acides gras saturés représentent en moyenne 15,5 % de l’apport énergétique total. Un pourcentage plus important qu’en Grande-Bretagne ou qu’en Allemagne, où on se situe autour de 13,5 %. Et bien plus important qu’aux Etats-Unis où, avec 10,8 % de « saturés », on est proche des recommandations nutritionnelles... Et pourtant, on meurt moins du coeur en France qu’aux Etats-Unis ou dans la plupart des pays d’Europe.

Chez les hommes, on déplore ainsi environ 180 décès par an pour 100.000 personnes suite à une maladie cardiovasculaire, contre 250 décès en Allemagne, 300 aux Etats-Unis et plus de 300 en Grande-Bretagne. Mêmes différences pour les femmes : environ 60 décès pour 100.000 en France, 100 en Allemagne, 140 en Grande-Bretagne, etc…

C’est dans les années 1980 qu’on a découvert ce paradoxe français : les Français mangent aussi gras, voire plus, que les Américains, les Anglais et les Européens du Nord, et ils meurent beaucoup moins du coeur. Près de 30 ans après, le paradoxe français persiste. Et même redouble, car les chiffres de l’obésité sont tout aussi étonnants : en dépit d’une consommation élevée de graisses, il y a 11 % d’obèses en France, alors qu’il y en a 22 % en Grande-Bretagne et 32 % aux Etats-Unis.

Cette protection relative est retrouvée avec des similitudes dans les pays du Sud comme l’Espagne et l’Italie (qui restent quand même moins bien placés que la France). D’où l’idée qu’une certaine « façon de manger » peut être une partie de l’explication. Un équilibre alimentaire qui fait place aux fruits et légumes, au poisson, aux produits laitiers et au fromage, au pain, sans oublier le petit verre de vin (à consommer avec modération)…

Après avoir surtout exalté le rôle du vin rouge, les travaux scientifiques se sont recentrés sur le pain et le fromage, dont le rôle avait été évoqué dès les années 80. Les fibres du pain et le calcium du fromage semblent pouvoir éliminer une bonne part des graisses impliquées dans certaines maladies des artères. Mieux encore, des découvertes récentes montrent que pain et fromage renforcent l’action de certains acides gras bénéfiques sur le plan cardiovasculaire… Les produits laitiers sont aussi crédités d’une certaine efficacité contre le syndrome métabolique (un ensemble de troubles qui regroupe surpoids, hypertension, anomalies des graisses et des sucres du sang etc, et prédispose aux maladies cardiovasculaires et au diabète).

Les sociologues de l’alimentation comme Claude Fischler font aussi valoir que les conceptions de l’alimentation et de l’acte de manger sont différentes en France et dans le monde anglo-saxon. Aux Etats-Unis, manger est un acte diététique et individuel, destiné à procurer la santé : « ne pas y arriver » ou se tromper dans ses choix est source d’angoisse. En France, on pense d’abord au plaisir de manger, un plaisir que l’on partage avec d’autres, la famille, les amis… Manger est un acte social et convivial. Les chiffres récents montrent que cette synthèse du bon goût, du plaisir et de la santé continue à produire des effets. Et sans doute à susciter une certaine envie… (Nutrinews Hebdo)

(Cholé-Doc n° 106 - CERIN, mars-avril 2008.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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