Maladie de Crohn : lever le tabou

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Le manque d'activité physique, les habitudes alimentaires, ainsi que d'autres facteurs environnementaux, portent probablement une lourde responsabilité dans le développement d'une obésité chez l'enfant.

« Maladie de Crohn : lever le tabou » - Crédit photo : newsinhealth.nih.gov En Belgique, quelque 30.000 personnes sont atteintes de maladies inflammatoires intestinales, dont 15.000 patients sont atteints de la maladie de Crohn. L’incidence de cette maladie augmente nettement dans notre pays. Annuellement, quelque 500 nouveaux cas sont diagnostiqués. L’affection se rencontre surtout chez les jeunes adultes et on ne peut pas sous-estimer ses répercussions économiques.

Diagnostiquer, traiter ...

En dépit de recherches intensives, la cause de la maladie est encore méconnue. Plusieurs facteurs peuvent jouer un rôle. Il existe probablement une prédisposition héréditaire mais des facteurs environnementaux interviennent également dans l’apparition et l’évolution de la maladie de Crohn. D’autres facteurs peuvent être impliqués, comme l’alimentation, le stress, des infections virales ou bactériennes.

Les symptômes les plus fréquents sont caractérisés par des douleurs abdominales, une diarrhée fréquente et intense, une fièvre, des nausées, une perte de poids et une diminution d’appétit. Après un temps, il existe de fortes chances pour que des symptômes supplémentaires se développent, comme une anémie, des douleurs aux articulations et des dérangements au niveau de l’anus. Parfois, une fièvre survient et on voit dans les selles des glaires et du sang. Le dépistage de la maladie de Crohn pose des problèmes car il y a une confusion courante avec la rectocolite et même avec le côlon spastique, qui est beaucoup plus fréquent. D’autres difficultés peuvent aussi freiner ce dépistage car il suppose toute une série d’examens. Les traitements actuels ne guérissent pas la maladie mais peuvent réduire l’inflammation et mieux contrôler les symptômes.

Les mesures générales consistent à prescrire des antidiarrhéiques et à conseiller une alimentation saine. En plus, les corticoïdes et les immunosuppresseurs sont administrés pour contrôler l’inflammation. En cas de complications infectieuses, des antibiotiques sont administrés. Ces dernières années, des anti-TNF ont été développés. Ils sont indiqués chez les patients n’ayant pas répondu de manière satisfaisante aux traitements classiques. Enfin, la chirurgie est proposée en cas d’échec du traitement médical ou de complications graves.

... et sensibiliser

La maladie de Crohn perturbe considérablement le quotidien des patients et leur entourage, tant socialement que professionnellement, allant jusqu’à les confiner à l’isolement. Une campagne de sensibilisation nationale « Contrôlez Crohn » vient d’être lancée dans le but de faire mieux connaître la maladie et son implication pour les patients. Différentes associations de patients et des spécialistes ont uni leurs forces pour soutenir cette première grande campagne de sensibilisation nationale. Le premier objectif de cette campagne consiste à lever le voile sur une maladie encore tabou, confinant le patient à l’isolement. Le site internet www.controlezcrohn.be constitue un des éléments clés de cette démarche.

Le deuxième objectif visé est de rendre la société belge plus accueillante envers les malades. Le site internet propose une liste inédite d’endroits offrant un accès gratuit à leurs toilettes, endroits aisément reconnaissables grâce à l’autocollant de la campagne. Il est également possible d’effectuer une recherche par commune ou par nom afin de connaître les endroits mettant gracieusement leurs toilettes à disposition des patients. Pour éviter les abus éventuels, les patients disposeront d’une carte « Controlez Crohn » au format d’une carte bancaire, qu’ils pourront se procurer auprès des gastro-entérologues. Le site internet permet aussi de situer sur une carte de Belgique tous les lieux publics et privés participant à la campagne. Cette liste compte actuellement environ 420 lieux participants. Le monde médical (généralistes et gastro-entérologues surtout) s’est mobilisé pour soutenir cette campagne. Ainsi, un poster sera affiché dans leur salle d’attente et des cartes d’information seront mises à la disposition des patients. L’Association Pharmaceutique Belge (APB) apporte également son soutien. Nourrir ces patients

L’information est souvent confuse lorsqu’on parle des traitements diététiques des maladies inflammatoires de l’intestin. Les messages reçus par la majorité des patients sont contradictoires et concernent souvent l’abandon complet de certaines catégories d’aliments bien spécifiques. En réalité, il n’y a pas de raison d’éviter un aliment particulier, à moins que le patient n’ait expérimenté une aggravation des symptômes après sa prise. L’idéal est de ne pas manger de trop grandes quantités à la fois et de ne pas manger trop au total, afin de maintenir une fonctionnalité des voies digestives et de préserver quelque peu sa santé en général. Des petits repas plus fréquents sont mieux tolérés et peuvent améliorer les apports nutritionnels. Pour diminuer les douleurs abdominales et les diarrhées, il est conseillé d’adopter un régime alimentaire pauvre en résidus. En cas de sténose, il est spécialement important d’éviter les noix, les haricots et les amandes. Il faut également limiter sa consommation de fruits et légumes car ils augmentent la production de selles. En revanche, des aliments froids réduisent les diarrhées. Le patient intolérant au lactose a grand intérêt à suivre un régime sans ce sucre et celui qui présente une malabsorption des graisses doit suivre un régime pauvre en lipides. Des suppléments alimentaires sont proposés si l’appétit est diminué et si le patient ne tolère pas des aliments solides. Et après la crise

Après une crise de maladie de Crohn ou de colite ulcéreuse, les patients doivent encore gérer leur alimentation. Divers aliments peuvent être suggérés (tableau). Tout en continuant à suivre un régime faible en résidus, ils prendront surtout des liquides au début parce qu’ils sont mieux tolérés et ils ajouteront progressivement des aliments solides. Dans les repas, il faut introduire un ou deux aliments tous les trois ou quatre jours pendant quelques jours et éviter ceux qui causent les symptômes de la maladie. Dans la mesure où ils les tolèrent, les patients peuvent introduire des sources de fibres dans leur menu. Entre les crises, toute une gamme d’aliments peut être prise, pourvu qu’ils soient bien tolérés. C’est le cas des fruits, des céréales complètes et des aliments ne contenant pas ou peu de graisses. Enfin, après une crise, il faut augmenter l’apport en calories et en protéines. Les douleurs abdominales, les diarrhées et la diminution de l’appétit peuvent en effet avoir été à l’origine de faibles apports alimentaires pendant la crise, alors que les stéroïdes utilisés dans le traitement de ces crises augmentent les besoins en protéines. Il faut donc compenser dans la mesure du possible.

Sources et références

  • D’après une conférence de presse (Bruxelles 11 juin 2008) des association Crohn-RCUH, Crohn & Colitis, Ulcerosa Vereniging vzw, Darmwereld vzw et Kronkel vzw.
  • UCSF Medical Center.Patient Education. Inflammatory Bowel
  • Disease Nutrition Recommendations. http://www.ucsfhealth.org/adult/edu/inflammatoryBowel

(" HEALTH & FOOD " n°90 - Septembre 2008)

SOURCE : Health and Food

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