Mais que devient le « modèle » alimentaire français ?

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« Fluctuat nec mergitur ». Le « bon » comportement alimentaire des Français est à l'image de la devise de Paris : il évolue, mais ne sombre pas.

Mais que devient le « modèle » alimentaire français ? L’augmentation du surpoids et de l’obésité en France pose la question de nos comportements alimentaires. Sont-ils en train de changer au point de rejoindre le modèle anglo-saxon ? Ou restent-ils marqués par la mesure et l’équilibre, qui font qu’on leur attribue notamment notre bonne santé et notre longue espérance de vie ? Le modèle alimentaire français ne disparaît pas mais se modifie, a répondu Pascale Hebel, directrice du département consommation du CREDOC, à l’occasion du récent congrès Dietecom 2008 qui s’est tenu en mars à Paris.

Du côté des changements en cours, on note la diminution du temps de préparation des repas et du nombre de plats proposés. Les horaires des repas deviennent aussi plus irréguliers. Les plateaux-repas se font plus nombreux. Les conserves, les plats préparés, les produits transformés, bref le « prêt à consommer » connaît une croissance importante. De même que les plats exotiques, censés varier les menus.

Cette évolution est liée aux modifications des modes de vie, explique Pascale Hebel. L’activité professionnelle des femmes, les longues distances domicile-travail, l’augmentation du nombre des foyers monoparentaux… : autant de raisons qui contribuent à laisser de moins en moins de temps pour les courses et pour la préparation des repas. Il s’y ajoute le développement d’une civilisation des loisirs, où l’on recherche du temps pour soi et pour la consommation d’autres biens que les seuls aliments ! On privilégie donc les aliments pratiques et commodes qui font gagner du temps. Des « aliments services », qui n’aient pas besoin d’être épluchés, lavés, préparés, cuisinés longuement...

Une des conséquences de cette évolution est la baisse de la consommation de fruits et légumes, pourtant une des bases traditionnelles de l’alimentation des Français. Apparue dès 1980, elle est plus forte encore dans les jeunes générations. On risque de manger de moins en moins de fruits, de légumes et de viande, pronostique Pascale Hebel. Mais ces aliments continueront à être consommés dans la « cuisine loisirs ».

Car en même temps que la préoccupation santé s’est affirmée ces dernières années (« manger pour être en bonne santé et vivre plus longtemps »), le plaisir de manger, fondement de l’alimentation française n’a pas disparu. En témoignent les invitations chez soi, les apéros dînatoires, le succès des cours et des clubs de cuisine, des revues et des livres de recettes... Elément permanent de la culture française, le « bien manger » reste une dimension privilégiée de l’alimentation. Les enquêtes montrent qu’il passe avant tout autre : aussi bien chez les enfants que chez les adultes, le plaisir de manger est plus important que l’équilibre alimentaire ou la satiété. Tant qu’il y aura du plaisir...

(Revue de nutrition française n° 22, mars 2008)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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