Lutéine, caroténoides et vision

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La lutéine et la zéaxanthine sont les caroténoïdes de la vision. Leur apport alimentaire sous forme de fruits et légumes à feuilles vertes doit être encouragé pour tous, plus particulièrement pour les sujets à risque, à côté d'autres mesures nutritionnelles.

Si le centre de la rétine, ou macula, est appelée tache jaune, elle le doit à sa couleur conférée par la présence de trois caroténoïdes : la lutéine, la zéaxanthine et la meso-zéaxanthine (dans les proportions respectives de 41 %, 33 % et 26 %). La lutéine et la zéaxanthine sont des caroténoïdes oxygénés qui appartiennent à la famille des xanthophylles (xantho = jaune).

La rétine : un concentré de caroténoïdes

Alors que différents caroténoïdes sont retrouvés dans le plasma et plusieurs tissus (tels la prostate, les surrénales, le foie, le rein, le poumon), dans le cristallin et la rétine, 99 à 100 % des caroténoïdes présents sont représentés par la lutéine, la zéaxanthine et la meso-zeaxanthine avec un gradient de concentration décroissant du centre vers la périphérie de la rétine. La concentration en lutéine est ainsi 30 à 10000 fois plus élevée dans la rétine que dans les autres tissus.

Un transporteur protéique est probablement impliqué dans l’absorption de la lutéine. Elle est transportée dans le sang par les lipoprotéines plasmatiques et distribuée dans les tissus. Elle peut être stockée dans le tissu adipeux et relarguée. Son absorption est influencée par de nombreux facteurs génétiques et nutritionnels. Ainsi, elle est augmentée, par exemple, par un régime riche en graisses, ou par le degré d’estérification de la lutéine, et diminuée par un apport élevée en fibres ou par compétition avec le b carotène.

Principale source de lutéine : les légumes à feuilles vertes

La lutéine est présente dans les aliments sous forme libre (95 %) ou estérifiée. Les principales sources alimentaires de lutéine libre sont les légumes à feuille verte, par ordre décroissant : le chou frisé, l’épinard, le navet, le chou galicéen, la laitue, le brocoli, la courgette, le maïs, le chou de Bruxelles, le petit pois. Elle existe aussi sous forme d’esters dans les oranges, le poivre, le piment, les pêches, la pastèque, la papaye et aussi la tagete.

10 légumes apportent plus de 1mg/100 g. Les apports observés dans diverses populations des pays industrialisés sont en moyenne de 1 à 2 mg/jour.

Un effet préventif sur la dégénérescence maculaire

Plusieurs études épidémiologiques cas témoins (Eye Disease Case Control Study – et NHANES) ont mis en évidence une diminution de la prévalence de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) pour les apports les plus élevés en lutéine et zéaxanthine, de façon très significative avec un Odd-Ratio (OR) de 0,4 et 0,5 ou pour les concentrations plasmatiques les plus hautes (OR de 0,3 à 0,6). Ceci n’a pas été retrouvé dans l’étude Beaver Dam Eye Study.

D’un point de vue expérimental, les études ont montré qu’une supplémentation de lutéine à des doses supra nutritionnelles (sous forme d’esters de lutéine, ou avec un apport d’épinards, fournissant 11 mg de lutéine/jour) augmentait la densité du pigment maculaire jusqu’à 40 %, parallèlement à l’augmentation de la concentration de lutéine plasmatique chez des volontaires sains.

Le rôle délétère de la lumière bleue

Les modes d’action de la lutéine ne sont pas encore définitivement élucidés mais semblent liés à deux types de mécanismes.

Le premier est en relation avec la capacité de la lutéine à filtrer la lumière bleue (de spectre 400 – 450 nm), particulièrement agressive pour les photorécepteurs fovéaux. Or le piment jaune maculaire possède une absorption entre 400 et 550 nm avec un pic à 460 nm.

Le second mécanisme est dû au fait que l’absorption de cette lumière par des molécules photosensibles génère des molécules très actives (oxygène singulet, radicaux libres oxygénés, di rétinal conjugués) qui, par l’intermédiaire d’un stress oxydatif et de dommages de l’ADN, peuvent entraîner des altérations de la neuro rétine et de l’épithélium pigmentaire. En filtrant la lumière bleue, la lutéine aurait donc un rôle antioxydant indirect. Mais elle possède également un effet antioxydant direct du fait de ses propriétés anti-oxydantes propres. C’est un troisième mécanisme possible.

D’autres facteurs nutritionnels impliqués

Les caroténoïdes xanthophylles ne sont pas les seuls facteurs nutritionnels impliqués dans la survenue de la DMLA, à côté de facteurs génétiques et d’environnement (tabac). Les phospholipides des disques des articles externes des photorécepteurs sont constitués en majorité d’acides gras oméga 3. Leur renouvellement permanent nécessite des apports suffisants en oméga 3. Minéraux et vitamines à effet anti-oxydant sont également impliqués : zinc, sélénium, vitamine E, vitamine C.

Très récemment enfin, l’étude prospective randomisée contre placebo de Richer a évalué l’impact d’une supplémentation en lutéine (10 mg /j pendant 12 mois) sur la vision de sujets atteints d’une forme sèche de DMLA,. Les sujets ayant reçu une supplémentation ont, non seulement eu une augmentation de 50 % de la densité du pigment maculaire, mais aussi une amélioration des performances visuelles (récupération après éblouissement, amélioration de la vision des contrastes et de l’acuité visuelle).

(Docteur Jean-Michel LECERF Equation Nutrition n°43 - Novembre 2004)

SOURCE : APRIFEL

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