Lipides, produits laitiers et santé : où en est-on ?

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L’Association laitière européenne (EDA) a organisé en février dernier à Bruxelles un échange de vues entre scientifiques, responsables des politiques de santé en Europe et professionnels du secteur laitier. L’occasion de présenter « l’état de la science » sur les rapports entre acides gras saturés, produits laitiers et santé.

Les données scientifiques les plus récentes devraient inciter les autorités sanitaires européennes à réviser leur point de vue sur les acides gras saturés (AGS). Le Pr Arne Astrup (Université de Copenhague) formule ce souhait en s’appuyant sur le consensus mis au point lors d’une réunion d’experts en 2010. Il est aujourd’hui admis que tous les AGS n’ont pas les mêmes effets sur la santé. Les études anciennes, qui montraient des effets nocifs de ces acides gras, ne faisaient pas la distinction entre eux. En particulier, on ignorait alors que les acides gras dits « trans » d’origine industrielle étaient 20 fois plus dangereux que les saturés vis-à-vis du risque cardiovasculaire. Ces mêmes « trans » industriels dont on poussait à la consommation indirectement en recommandant les graisses végétales (qui en contiennent), au détriment du beurre (qui n’en contient pas) !

Le groupe d’experts était aussi d’avis que les recommandations nutritionnelles ne sauraient se baser sur un seul nutriment. Les autres acides gras, comme les polyinsaturés peuvent avoir des effets favorables, mais les saturés ne sont pas tous mauvais, et réduire leur part à zéro serait aussi se priver des vitamines et minéraux qui les accompagnent. Une réalité prise en compte en France par l’ANSES (ex-AFSSA), qui a revu à la hausse ses recommandations sur la part des lipides, et en particulier des acides gras saturés, dans la ration énergétique quotidienne. Les experts notaient aussi que remplacer les saturés par le pain blanc, les pâtes ou le riz pourrait conduire à augmenter le risque cardiovasculaire d’environ 7 %...

Pour le Pr Astrup, il est surtout légitime d’apprécier l’effet d’un aliment entier plutôt que celui d’un nutriment isolé comme tel ou tel acide gras. Les études montrent que le lait et les produits laitiers ont des effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire. Mais le lait ne contient pas que des saturés. Il contient aussi 30 à 35 % d’acides gras insaturés, ainsi que d’autres nutriments de grande valeur nutritionnelle comme les protéines, le calcium, le phosphore, la vitamine B 12… C’est l’association de tous ces nutriments qui explique sans doute les propriétés nutritionnelles des produits laitiers.

Une étude récente, présentée par le Pr Ian Givens (Université de Reading, Grande-Bretagne) montre que les personnes qui ont les apports les plus élevés de produits laitiers ont un risque réduit d’accidents cardiaques et vasculaires, ainsi qu’un plus faible indice de masse corporelle (IMC). Consommé sur une longue période, le lait peut offrir une certaine protection vasculaire, en particulier en faisant baisser la pression artérielle.

Ainsi, en même temps que les experts scientifiques nous invitent à modifier notre perception des acides gras saturés, ils réaffirment le rôle positif des produits laitiers dans le cadre d’un régime équilibré.

(EDA Policy Conference on Satured fat and Dairy for Health. Bruxelles, 8 février 2012.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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