Lipides et poids : halte aux idées reçues !

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Les nouveaux apports nutritionnels conseillés (ANC) revoient à la hausse la part que peuvent occuper les lipides dans notre alimentation quotidienne. En même temps, face à l’épidémie d’obésité et de maladies associées, le Programme national nutrition santé (PNNS) nous invite à manger moins gras et moins sucré. N’est-ce pas contradictoire ? Eclairage du Dr Jean-Michel Lecerf, Chef du Service Nutrition de l'Institut Pasteur de Lille.

Il fallait redéfinir la part des lipides dans une alimentation équilibrée. La population française a des apports spontanés de lipides de l’ordre de 38-40 %. Or, aucune étude ne montre de bénéfice à diminuer la consommation de corps gras en dessous de ce seuil. Les pays comme la Grèce ont consommé jusqu’à 37 % de lipides, avec un risque cardiovasculaire faible. Comme le montre l’étude WHI, la baisse importante de la consommation de lipides aux Etats-Unis n’a entraîné aucun bénéfice vis-à-vis des maladies cardiovasculaires ou même du poids. Elle s’accompagne d’ailleurs souvent, par « compensation », d’une augmentation de la consommation de glucides.

Or, dans notre contexte occidental de sédentarité et de surpoids, la consommation excessive de glucides peut augmenter les risques d’obésité et de maladies cardiovasculaires. Seule compte la balance énergétique globale : on grossit parce qu’on mange trop et ne dépense pas assez. L’apport lipidique ne peut pas être considéré isolément comme responsable de la prise de poids. Si elle est équilibrée, une alimentation qui comprend 35 à 40 % de lipides ne fait pas grossir.

Observons enfin que les nouveaux ANC pour les lipides sont calculés pour des apports énergétiques de 2.000 Kcal par jour, alors que les précédents (qui recommandaient 33 % de lipides) étaient établis sur la base de 2.200 kcal. En valeur absolue, les apports conseillés aujourd’hui ne sont donc même pas plus élevés...

Pourquoi la part des acides gras saturés bénéficie-t-elle aussi d’une réévaluation ?

Les lipides sont divers et les acides gras saturés (AGS) constituent un ensemble hétérogène, qui ne justifie pas d’être diabolisé et mérite d’être divisé en plusieurs groupes. La part des acides gras à risque athérogène (du type acide palmitique) doit être limitée à 8 %. Mais les AGS à chaîne courte et moyenne, présents dans le beurre et le fromage, n’exercent pas d’effe ts délétères e t sont même pour certains d’entre eux bénéfiques.

Les « saturés » peuvent à mon avis représenter jusqu’à 14-15 % de l’apport énergétique quotidien. Les Français en consomment 15-16 % et il n’y a pas de raison de leur fixer des objectifs inaccessibles. Les AGS ne sont pas responsables des maladies cardiovasculaires et n’entrent en jeu que s’ils sont apportés en excès, dans le contexte d’une alimentation déséquilibrée.

Que conseiller en pratique ?

S’il n’est pas question d’encourager une consommation excessive de produits gras, notamment de fritures ou de graisses cuites, la consommation de lipides mérite d’être réhabilitée. Il faut varier les corps gras : beurre et huiles. Les apports de mono-insaturés, du type huile d’olive, devraient être limités à 20 % : il n’y a pas de preuve d’un effet bénéfique au-delà. Il faut rééquilibrer la consommation de polyinsaturés : augmenter les oméga 3 (huile de colza et de noix) jusqu'à 1 %, par rapport aux oméga 6, qui ne devraient pas dépasser 4 % (donc ne pas abuser des huiles de tournesol, de maïs...). Sans oublier les acides gras oméga 3 à longue chaîne comme le DHA : il faut manger du poisson !

Ce rééquilibrage des apports lipidiques a été établi sur la base de travaux scientifiques solides. Il garantit qu’une consommation raisonnable de corps gras variés n’influe ni sur le poids, ni sur le risque cardiovasculaire, ni d’ailleurs sur le risque de cancer...

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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