Lipides et obésité

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Les apports nutritionnels conseillés (ANC) fixent dorénavant le niveau des apports en lipides totaux entre 35% et 40% de l'apport énergétique total. Les données récentes de l'étude nationale nutrition santé (ENNS) sur un échantillon représentation de la population française, indiquent que les apports en lipides sont de 37% chez les adultes. Par ailleurs, seulement 1/3 des adultes ont des apports en lipides totaux inférieurs à 35%. En moyenne donc, les apports de la population ne sont pas à un niveau optimal par rapport aux recommandations.

« Lipides et obésité » L'évolution depuis 10 ans indique une stabilité de l'apport lipidique en France. Ceci est à mettre en perspective avec l'augmentation de la prévalence de l'obésité sur l'ensemble de la population sur cette même période, qui atteint 14,5% en 2009 (étude OBEPI). Même si cette augmentation n'était pas observée dans les catégories les plus élevées de la population, il n'en reste pas moins qu'il y a une discordance à l'échelle de la population entre ces deux indicateurs. Sur le plan physiopathologique, les données expérimentales montrent que les apports en lipides favorisent fortement l'accroissement de la densité énergétique et de la prise alimentaire et par conséquent, positivent la balance énergétique, à l'origine d'une prise de poids.

Sur le plan épidémiologique, les données sont contradictoires. Dans les études d'observation dites transversales, la grande majorité converge pour montrer une corrélation positive entre l'apport total en lipides, exprimé en apport total ou en pourcentage de l'apport énergétique (=densité énergétique), et la prise de poids. En revanche, les études d'observation prospectives, qui permettent de mieux étudier l'effet à long terme de l'alimentation, montrent une plus grande hétérogénéité dans l'analyse des relations entre l'apport total en lipides et la variation du poids et ne permettent pas de conclure de façon définitive ; sauf chez les sujets en surpoids ou obèses pour lesquels une association positive est retrouvée. Enfin, il faut analyser les résultats des études d'intervention, qui apportent des informations complémentaires aux données d'observation. Une méta-analyse d'étude d'intervention chez 447 sujets obèses, a montré qu'il n'y avait pas de différence sur la perte de poids, après 12 mois de suivi, entre les régimes pauvres en glucides versus ceux pauvres en lipides.

Cette publication a surtout montré le peu d'études d'intervention disponibles spécifiquement mise en place pour analyser cette relation. Plus récemment, une étude d'intervention chez 811 sujets obèses a montré que la diminution calorique, en tant que telle, était le point clef pour obtenir une perte de poids durable après deux ans de suivi, sans que la composition même du régime ne soit un critère déterminant. Cette étude apportait aussi une information intéressante pour la pratique clinique en montrant que plus les sujets assistaient à un nombre important de séances de conseils nutritionnels, plus grande était la perte de poids.

En conclusion, les études disponibles ne sont pas toutes convergentes pour indiquer une relation positive entre l'apport en lipides et la prise de poids. Des raisons méthodologiques peuvent aider à expliquer cette absence de clarté. Les études d'intervention montrent que le déterminant majeur de la perte de poids est surtout la diminution calorique, bien plus que la composition en macronutriments. Même si les apports en France sont relativement stables depuis 10 ans, il n'en ressort pas moins que ces niveaux restent élevés par rapport aux recommandations.

Les lipides contribuent largement à la densité énergétique des aliments et le bénéfice d'une réduction des apports sur le risque cardiovasculaire global n'est plus à démontrer. Il n'en reste pas moins que, sur le seul critère de la perte de poids, des études d'intervention innovantes restent à mettre en place pour identifier l'implication réelle de la modulation des apports en lipides sur la perte de poids.

(Dr Sébastien Czernichow Unité de recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, CRNH Idf Université P13 & Hôpital Avicenne Bobigny - DIETECOM 2010 - LESIEUR)

SOURCE : LESIEUR

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