Limiter les collations à l'école pour augmenter la consommation de fruits et légumes

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L'alimentation des enfants américains est de piètre qualité : riche en sucres et en matières grasses, pauvre en fruits et légumes et en céréales complètes. Dans l'un de ses rapports, l'Institut de Médecine a proposé de limiter les collations à l'école, sans restreindre la disponibilité des fruits et légumes [1]. L'objectif des auteurs ? Observer si l'application d'une politique limitant l'accessibilité aux collations à l'école serait associée à une plus forte consommation de fruits et légumes dans un échantillon national, représentatif d'élèves de CM2 [2].

Une cohorte de plus de 10 000 enfants de CM2

« Limiter les collations à l’école pour augmenter la consommation de fruits et légumes » - Crédit photo : champlain.nbed.nb.ca La cohorte "Early Childhood Longitudinal Study-Kindergarten" (ECSL-K) comprenait 10 285 écoliers de CM2 inscrits dans 2 065 écoles primaires [3]. On a demandé aux enfants combien de fois durant la semaine précédente, ils avaient mangé de la salade verte, des carottes, des pommes de terre (à l’exception des frites, des pommes de terre sautées ou des chips) et d’autres fruits et légumes (à l’exclusion des jus de fruits). Les réponses ont été cotées : rarement (<1 fois/jour), parfois (1-3 fois/jour) ou souvent (>3 fois/ jour).

Les directeurs d’école ont été interrogés sur les différentes collations disponibles dans les distributeurs, à la cantine, à la cafétéria et au snack bar de leur établissement. Ces collations étaient, soit riches en sucres et en matières grasses (barres chocolatées, bonbons, biscuits, crackers, cakes, crème glacée, collations salées), soit pauvres en matières grasses ou représentées par des produits de boulangerie (ficelles, petits pains ronds, bagels). La politique de l’école était considérée comme "restrictive" lorsqu’il n’y avait pas de collation accessible et "non restrictive" lorsqu’au au moins une sorte de collation était accessible.

Des recommandations non respectées

L’alimentation des enfants ne correspondait pas aux recommandations de consommation journalière des fruits et légumes :

  • 40% des enfants mangeaient rarement des fruits, c’est-à-dire moins d’une fois par jour,
  • 61% mangeaient rarement des légumes.
  • 9% des enfants consommaient fréquemment des fruits, c’est-à-dire plus de 3 fois/jour,
  • 16% consommaient des légumes plus de 3 fois/jour.

Les enfants avaient une consommation plus élevée de fruits et légumes lorsque leur école menait une politique "restrictive" concernant les collations. Lorsque les écoles avaient une politique "non restrictive", le nombre et le type de collations ne jouaient pas de rôle déterminant dans l’association entre la disponibilité des collations et la consommation de fruits et légumes.

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L’intérêt de restreindre les collations

Les auteurs ont observé des différences discrètes au niveau de la consommation de fruits et légumes entre les enfants d’écoles ayant une politique "restrictive" versus ceux d’écoles ayant une politique "non restrictive". Ces modestes résultats étaient prévisibles étant donné l’importance de toutes sortes d’autres facteurs environnementaux qui influencent la consommation de fruits et légumes [4,5] comme la disponibilité à la maison, l’accessibilité, les caractéristiques familiales, la consommation parentale et l’éducation. Néanmoins, une politique qui restreint les collations à l’école pourrait jouer un rôle important dans l’amélioration de la qualité de l’alimentation des enfants qui passent beaucoup de temps à l’école. Une telle mesure peut les aider à faire des choix alimentaires plus sains.

Recommandations officielles en France

La collation matinale à l’école, telle qu’elle est organisée actuellement, n’est ni systématique ni obligatoire. Aucun argument nutritionnel ne justifie la collation matinale de 10 heures qui aboutit à un déséquilibre de l’alimentation et à une modification des rythmes alimentaires des enfants.

Cependant, compte tenu des conditions de vie des enfants et des familles qui peuvent entraîner des contraintes diverses, il peut être envisagé de proposer aux élèves une collation dès leur arrivée à l’école maternelle ou élémentaire et, dans tous les cas, au minimum deux heures avant le déjeuner. Il apparaît en effet nécessaire, tout en rappelant les principes forts qui découlent de l’avis de l’AFSSA, de laisser aux enseignants une marge d’interprétation afin de s’adapter à des situations spécifiques.

Les boissons ou aliments proposés aux élèves doivent permettre une offre alimentaire diversifiée favorisant une liberté de choix, en privilégiant l’eau, les purs jus de fruits, le lait ou les produits laitiers demi écrémés, le pain, les céréales non sucrées, en évitant les produits à forte densité énergétique riches en sucre et matières grasses (biscuits, céréales sucrées, viennoiseries, sodas..).

Ce moment de collation proposera, chaque fois que possible, des dégustations de fruits qui peuvent également intervenir lors du déjeuner ou du goûter.

(Extrait de la Lettre du 25 mars 2004 du Ministère de l’Education Nationale sur la collation matinale à l’école)

Références :

  1. Committee on Nutrition Standards for Foods in Schools. Nutrition standards for foods in school: leading the way toward heathier youth. Washington, DC: Institute of Medicine; 2007.
  2. Gonzalez w. et al. J. Nutr. 2009; 139:142-144,
  3. US Department of Education. Early Childhood Longitudinal Study-Kindergarten-fifth grade public-use data file ECLS-K. Washington, DC: US Department of Education; 2004.
  4. Cullen KW et al. Health Educ Behav. 2003; 30:615-26.
  5. Van der Horst K et al. Health Educ Res. 2007; 22:203-26.

(Par Edward A. Frongillo & Wendy Gonzalez - Ecole de Santé Publique, University de Caroline du Sud, Culumbia, USA - Equation Nutrition N°88 - Juin 2009)

SOURCE : APRIFEL

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