Les troubles du comportement alimentaire chez l'enfant

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Entre les troubles du comportement alimentaire du bébé (« feeding disorders ») et ceux de l'adolescent (« eating disorders »), les difficultés alimentaires des enfants ont longtemps été ignorées ou minimisées. Certains troubles ont pu déjà commencer durant la petite enfance, et peuvent également se poursuivent ensuite...

« Les troubles du comportement alimentaire chez l’enfant » - Crédit photo : © Arpad Nagy-Bagoly - Fotolia.com L’alimentation est un paradigme du développement du bébé dont chaque étape se situe au carrefour de ses compétences personnelles, de l’attention et la disponibilité parentale et de ce qui se co-construit dans l’interaction. Les troubles alimentaires du nourrisson sont fréquents, de 3 à 25 % selon les différentes formes considérées, avec une gravité et une précocité de mise en place très variables, dont la classification vient d’évoluer récemment.

Certains troubles peuvent donc déjà commencer durant la petite enfance, et se poursuivent ensuite. C’est le cas des enfants ayant souffert d’anorexie infantile et les petits mangeurs, avec le risque de conséquences médicales sur la croissance, le développement et l’insertion sociale. Les comportements d’évitements alimentaires sous tendus par des néophobies alimentaires ou d’autres évitements affectifs peuvent quant à eux déboucher sur un syndrome de sélection alimentaire.

D’autres font leur apparition durant l’enfance :

1 L’anorexie mentale prépubère Elle touche les filles et les garçons, avec un sex-ratio de 30 à 40% de garçons. L’anorexie de l’enfant correspond globalement aux mêmes critères diagnostiques que l’anorexie mentale de l’adolescente avec néanmoins deux signes spécifiques : la restriction hydrique, et le ralentissement voire l’arrêt de croissance staturale. Les comorbidités dépressives et obsessionnelles sont fréquentes.

2 Les compulsions alimentaires et la boulimie Le syndrome boulimique caractérisé est exceptionnel avant l’âge de 13 ans, mais les compulsions alimentaires existent, sans prise de poids si elles s’accompagnent de vomissements, et avec prise de poids dans le cas contraire. Certains enfants ont des comportements alimentaires anarchiques, engendrant un chaos alimentaire, avec pour conséquence prise de poids voire obésité, ou à l’inverse démarrage de conduites d’élimination.

3 Phobie de la déglutition La symptomatologie survient à la suite d’un incident type fausse route. Le retentissement pondéral n’est jamais important. L’exclusion alimentaire porte de façon totale ou incomplète sur les aliments solides. C’est un trouble du comportement alimentaire dit post traumatique car sous tendu par un enchaînement « traumatisme/ anxiété anticipatrice / évitement ».

4 D’autres troubles sont liés à des contextes psychopathologiques particuliers tel que le trouble obsessifcompulsif où les aliments sont sélectionnés par crainte des contaminations et où la déglutition est altérée par des rituels et des compulsions, la dépression où il y a une réelle modification de l’appétit, et les troubles du développement. Certains troubles du comportement alimentaire de l’enfant sont complexes et associent plusieurs mécanismes (phobie de déglutition et anorexie par exemple). C’est pourquoi il est indispensable que le médecin prenne le temps d’analyser les différentes composantes du comportement alimentaire de l’enfant, sur le plan quantitatif et qualitatif.

Quels sont les facteurs de risque ?

Il n’y a certes pas de cause unique, et les troubles sont la résultante d’un faisceau de facteurs multiples qui interagissent. Nous en évoquerons quelques uns : les facteurs liés à l’enfant, physiques, tempéramentaux, et génétiques, les facteurs familiaux tels que les pathologies médicales ou psychiatriques des parents, les conflits et désorganisations familiales, les comportements inadaptés des parents vis-à-vis de l’alimentation, et enfin certains facteurs environnementaux.

Les troubles alimentaires ont une composante éminemment relationnelle, primaire ou secondaire, qu’il importe de pouvoir appréhender. Dans tous les cas, les médecins généralistes, pédiatres et tous les soignants de première ligne sont confrontés en premier chef par le dépistage du trouble et l’évaluation de sa sévérité, ainsi que la prévention de ces troubles. Et même s’il doit référer l’enfant au spécialiste, il doit maintenir son rôle auprès de l’enfant et de sa famille, en relais et en complément aux aides spécialisées, en particulier psy.

(Dr Bérangère Beauquier-Maccota,Pédopsychiatre, Praticien hospitalier, Service du Pr. Bernard GOLSE Hôpital Necker, Enfants Malades, Paris - Dr Marie-France le Heuzet, Hôpital Robert Debré, Paris - Conférence du Comité National de l’Enfance, MEDEC 2009, 12 mars 2009)

SOURCE : Comité National de l’Enfance

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