Les régimes « sans » : une confusion totale !

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Sans lactose, sans gluten, sans allergènes, les régimes « sans » fleurissent et poussent comme des champignons. Est-ce sous l’effet d’une mode ? Après que les régimes « sans » calories ont fini de sévir avec le succès et l’échec que l’on connaît, il semble que d’autres exclusions fassent leur apparition dans une confusion totale.

Les mots tout d’abord n’ont pas le même sens. Au sens strict l’intolérance est la conséquence d’un déficit enzymatique partiel ou total qui conduit à des manifestations cliniques d’intolérance à un nutriment considéré. La cause en est le plus souvent génétique : elle est dose-dépendante, le prototype est l’intolérance au lactose. L’allergie entraîne des manifestations cliniques variées d’origine immuno-allergique. Celle-ci peut être immédiate à IgE, c’est l’allergie alimentaire classique, à distinguer de la pseudo-allergie qui est liée à la présence d’une substance (histamine par exemple) présente naturellement dans un aliment. L’allergie vraie n’est pas dose-dépendante. L’allergie peut être retardée à IgG : le prototype en est l’allergie au gluten, appelée intolérance au gluten (ce qui est source de confusion), responsable de la maladie cœliaque.

L’intolérance au lactose n’est pas à proprement parler une maladie. Dans sa forme primitive (et non pas secondaire par exemple à une gastroentérite ou à une autre maladie intestinale), c’est un trait génétique qui touche plus de la moitié de la population mondiale. Elle est liée à un déficit en lactase : celui-ci, excepté dans certaines populations asiatiques (Thaïlandais…), est rarement total. Même lorsqu’il est total, il ne s’exprime qu’à partir de l’âge de 2 ans, ce que l’on conçoit bien car le lait maternel contient lui-même du lactose toujours bien digéré par le nouveau-né. La lactase attachée à la bordure en brosse de l’épithélium de la muqueuse intestinale permet l’hydrolyse du lactose en galactose et glucose et donc leur absorption. En l’absence d’hydrolyse, le lactose parvient au niveau du colon où il est l’objet d’une fermentation et entraîne une diarrhée acide, ainsi que d’une production d’hydrogène qui est expiré (ce qui permet le diagnostic avec le breath-test).

Mais dans la majorité des cas le déficit étant partiel, des quantités de lactose de l’ordre de 12 g, c’est-à-dire de 250 ml de lait, sont bien tolérées. De même, le yaourt dont le lactose est transformé en acide lactique par les ferments lactiques est bien supporté. Quant aux fromages fermentés, ils ne contiennent que des traces de lactose car celui-ci, contenu dans le lactosérum, est éliminé lors de l’étape de coagulation.

La maladie cœliaque est une maladie immuno-allergique dans sa forme primitive liée à une hyperperméabilité intestinale, due à la production d’anticorps auto-immuns de type IgG ou IgA conduisant les peptides de la gliadine du blé, de la secaline du seigle et de l’hordenine de l’orge à passer la barrière intestinale, ce qui entraîne une réponse cytokinique des lymphocytes CD4+. C’est donc une maladie auto-immune favorisée par une prédisposition génétique liée au système HLA. Elle est plus fréquente en cas de diabète de type 1 ou de trisomie 21. Elle entraîne classiquement une diarrhée chronique avec malabsorption, retard de croissance, anémie, carences, ostéoporo-malacie et, lorsque le régime n’est pas bien suivi, un risque accru de lymphome intestinal. Le régime doit être strict car même sans symptôme visible une petite quantité de gluten a des effets négatifs. Alors que la prévalence de la forme classique était estimée à 1/2500, on a découvert l’existence de formes tardives, pauci-cliniques, qui concerneraient 1/100 à 1/200 sujets. Mais le diagnostic nécessite toujours une biopsie intestinale, même si la sérologie permet une première orientation. Il faut en effet affirmer le diagnostic car le régime doit être strict pour être efficace, et c’est un régime contraignant.

Depuis quelques années apparaît un concept flou de personnes se disant intolérantes au gluten sur la base de teneurs élevées en IgG, ce qui ne signe absolument pas la maladie mais témoigne d’une simple sensibilité. Des symptômes non spécifiques sont attribués à cette « intolérance », sans preuve et des régimes restrictifs inutiles sont prescrits : dans la majorité des cas ceci semble totalement inapproprié.

Il existe donc 3 entités distinctes :

  • la maladie cœliaque classique, cliniquement symptomatique,
  • les formes silencieuses le plus souvent tardives, dont le diagnostic doit également être confirmé,
  • les élévations isolées des IgG dont on ne connaît pas la signification.

J’en rajouterais une 4ème, les sujets qui se disent intolérants au gluten mais en réalité ont une colopathie, une intolérance au lactose, des perturbations de la flore, une anxiété ou une orthorexie...

(Par Jean-Michel Lecerf, Chef de service nutrition de l'Institut Pasteur de Lille)

SOURCE : Thermes de Brides-les-Bains

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