Les promesses du microbiote

lu 3920 fois

Il n’y a pas si longtemps, on l’appelait la flore intestinale. C’est-à-dire l’ensemble des bactéries qui, dès les premiers jours de la vie, s’installent dans l’intestin. On l’appelle aujourd’hui très scientifiquement le « microbiote » et on étudie de près ses bénéfices pour la nutrition et la santé humaines. Plus de 1.600 publications – dont 500 pour la seule année 2011 – lui ont été consacrées depuis 1977.

Dans notre tube digestif, elles sont plusieurs milliers d’espèces, dont 1.000 environ représentent 90 % de la population totale. Déjà une belle diversité ! D’autant plus forte que les deux tiers des bactéries intestinales dominantes, chez chaque adulte, lui sont totalement spécifiques. Le tiers restant est plus ou moins partagé. Sommes-nous si différents les uns des autres pour ce qui est de notre microbiote ?

Pas tout à fait, car il y a des ressemblances entre les individus par rapport à trois grands groupes de bactéries que l’on a pu distinguer. Un peu à l’image des groupes sanguins, il existerait seulement quelques types de microbiote. On a ainsi détecté trois « entérotypes », expliquait le Pr Stanislav Dusko Ehrlich (INRA, Jouy)en-Josas) lors d’un symposium qui s’est tenu fin 2011 à Paris. C’est-à-dire trois groupes identifiables en fonction des bactéries contenues dans le tube digestif et des fonctions qu’elles remplissent.

Un des rôles les plus connus du microbiote est d’améliorer la digestion et l’absorption des nutriments. Un autre est d’inhiber la croissance des microbes indésirables, sources de maladies. Un autre de stimuler le système immunitaire. En expérimentation animale, le transfert de la flore d’une souris résistante aux infections à une souris non résistante peut rendre à son tour cette dernière résistante aux infections. Et à l’inverse, le transfert d’une flore de souris non résistante à une souris résistante peut faire perdre à celle-la sa résistance…

Sous l’effet des agressions microbiennes, le microbiote se transforme et se défend. L’exposition précoce aux microbes pourrait renforcer le système immunitaire et diminuer le nombre des maladies allergiques, y compris l’asthme. Le Dr Brett Finlay (Vancouver, Canada) le suggérait lors du même symposium : dans nos sociétés, l’augmentation du nombre des allergies pourrait ainsi être liée en partie au fait que nous soyons devenus trop hygiénistes !

On fait aussi aujourd’hui l’hypothèse que le microbiote pourrait, dès le premier âge, prédisposer ou non à l’obésité. Et même que tout au long de la vie il pourrait jouer un rôle dans l’apparition de l’hypertension artérielle, des maladies métaboliques et cardiaques. Des recherches présentées par Fredrik Bäckhed (Göteborg, Suède) montrent que certaines bactéries de la bouche et de l’intestin pourraient promouvoir l’inflammation de la plaque d’athérome, favorisant ainsi l’athérosclérose et les maladies vasculaires.

Enfin, autre voie de recherche évoquée par John Bienenstock (Ontario, Canada), les bactéries intestinales pourraient agir sur le système nerveux central. Avoir un effet sur le développement cérébral, le comportement, l’anxiété. Voire intervenir dans des maladies neurodégénératives.

Dans tous ces domaines, il reste à apporter des confirmations. Et à démêler les causes et les effets, ce qui est le plus difficile pour les chercheurs. Mais les bactéries intestinales n’ont pas fini de faire parler d’elles.

(2e Symposium international « Microbes for Health », organisé par Danone Research, l’INRA et l’Institut Pasteur. Paris, Institut Pasteur, 1er et 2 décembre 2011.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s