Les profils nutritionnels

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Dans l'abondante réglementation européenne encadrant la production des aliments courants, les profils nutritionnels constituent une nouveauté importante introduite par le règlement européen 1924/2006. Une allégation est définie comme toute mention ou représentation qui affirme, suggère ou implique qu'un aliment possède des propriétés particulières.

Les profils nutritionnels » - Crédits photo : www.efsa.europa.eu Une allégation nutritionnelle valorise le contenu en un ou plusieurs nutriment d’un aliment (aliment source ou riche de..., teneur réduite ou augmentée en..., aliment pauvre en... ou sans....). Une allégation de santé valorise la fonction d’un nutriment dans l’organisme, l’amélioration d’une fonction ou de la santé par un constituant de l’aliment ou l’aliment ou sa contribution à la diminution d’un facteur de risque de maladie.

Ce discours nutrition-santé est devenu un axe fort de communication pour de nombreux acteurs de la chaîne alimentaire : les enquêtes montrent que, dans sa décision d’achat, le consommateur est plus sensible à ces « accroches » par les allégations qu’à la simple liste des ingrédients ou l’étiquetage nutritionnel. En janvier 2010, il existera un registre européen des allégations autorisées.

La non tromperie du consommateur est un des piliers de la réglementation alimentaire. Dans le domaine des allégations, cela se traduit maintenant par l’obligation qu’un aliment respecte un profil nutritionnel pour pouvoir porter une allégation. Le législateur a considéré qu’il y aurait tromperie si un aliment porteur d’une allégation avait par ailleurs des quantités excessives de certains nutriments dont une forte consommation a des effets délétères pour la santé (lipides, acides gras saturés, sel, sucres, acides gras trans) ou des quantités insuffisantes de nutriments sous consommés actuellement et dont une augmentation de consommation pourrait avoir un impact bénéfique sur la santé.

Le détail du système de profilage nutritionnel devra être adopté d’ici janvier 2009 par la Commission Européenne et les Etats membres avec l’appui de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments. L’introduction des profils nutritionnels a suscité de très nombreux travaux et propositions (près de 40 systèmes ont été publiés). L’architecture de ces systèmes est très variable, selon qu’ils concernent l’ensemble des aliments ou qu’ils sont spécifiques de catégories, selon le choix des nutriments retenus, selon la référence (100 g - 100 ml, 100 kcal, portion), selon le mode de calcul (seuil par nutriment ou score plus complexe).

Une des difficultés majeures demeure celle de la validation objective des systèmes. Si l’utilisation actuelle des profils est restreinte à l’accès aux allégations et est transparente pour le consommateur (qui ne voit que l’allégation), certains envisagent d’ores et déjà son extension à d’autres domaines : accès à la publicité (comme au Royaume-Uni), utilisation dans l’étiquetage des aliments, présence des aliments dans les distributeurs automatiques, taxes...

On peut regretter que moins de travaux aient été consacrés à l’impact possible de cette nouvelle réglementation. Les modélisations et les mises en place de tels systèmes déjà réalisées par des industriels montrent que l’offre alimentaire pourrait devenir de meilleure qualité nutritionnelle. Pour autant, l’impact final sur le consommateur n’est pas évident. Si les produits « améliorés » apparaissent comme moins goûteux, ils risquent de ne pas être consommés ou de voir leur profil modifié par des additions domestiques moins contrôlées de sucre, lipide ou sel pour retrouver le goût d’antan. En outre des travaux suggèrent que des effets adverses sur le comportement peuvent être possibles (par exemple, consommation augmentée, déculpabilisation par la consommation de quelques produits respectant les profils entraînant une augmentation de produits très déséquilibrés).

Les profils nutritionnels ne représentent qu’un outil supplémentaire qui ne remplacera pas le rôle important des professionnels de santé pour l’information et l’éducation du consommateur. Une des conséquences possibles de ce nouveau règlement pourrait en effet être une présence encore plus importante du discours santé dans le domaine alimentaire et une interrogation accrue des patients-consommateurs auprès des professionnels de santé.

(Ambroise MARTIN, Professeur de Nutrition, Faculté de Médecine Grange-Blanche, Université Claude Bernard LYON I - Conférence inaugurale NUTRIA 2008)

SOURCE : MEDEC 2008

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