Les « profils nutritionnels » : définition, méthotologie et mise en place

lu 6335 fois

Le principe du profilage alimentaire, décrit comme la science de la caractérisation des aliments en fonction de leur teneur en éléments nutritifs, est en passe de devenir la base pour réglementer les allégations nutritionnelles et de santé des denrées alimentaires, leur enrichissement et commercialisation, ainsi que la publicité destinée aux enfants. Ainsi, plusieurs autorités de santé et organismes de réglementation et normalisation évaluent les profils nutritionnels des produits alimentaires afin de mettre en oeuvre des lignes directrices visant à améliorer l'alimentation de la population générale. Néanmoins, il est largement admis qu'un régime alimentaire doit être considéré sur une période de temps globalement en terme de nutrition et santé, plutôt qu'en essayant d'isoler différents aliments ou éléments nutritifs.

« Les « profils nutritionnels » : définition et mise en place » - Crédits Photo : www.eufic.org Un nouveau règlement européen (n°1924/2006) sur les allégations nutritionnelles et de santé sur les denrées alimentaires est entrée en vigueur en janvier 2007. Le règlement prévoit l’utilisation de profils nutritionnels pour déterminer quels aliments peuvent prétendre à des allégations mais ne précise pas encore selon quel profil ni la manière dont elles devraient être développées. L’EFSA (Autorité européenne de sécurité alimentaire) viens de publier un avis émis par le groupe scientifique sur les produits diététiques, nutrition et allergies (NDA) sur les aliments qui peuvent revendiquer des allégations nutritionnelles et de santé, destiné à aider les décideurs. La prochaine étape du processus est la définition du système de profilage nutritionnels.

Récemment, plusieurs groupes de recherche ont étudié différentes méthodes d’établissement de profils nutritionnels. Certains de ces systèmes ont été axés sur la limitation de certains éléments nutritifs (matières grasses totales, graisses saturées, acides gras trans, sucre et sodium), d’autres ont intégré des éléments nutritifs connus pour être bénéfiques pour la santé dans leur système, et d’autres encore ont tenu compte de la taille des portions et du modèle de consommation alimentaire, c’est-à-dire pendant ou entre les repas principaux, et selon les différentes cultures alimentaires en Europe. Cette dernière approche a été proposée par des chercheurs de l’Université Pierre et Marie Curie à Paris, ainsi que des institutions scientifiques et fondations en Italie, et a été publié en 2007 [1].

Plus tôt cette année aux États-Unis, les chercheurs de l’Université de Washington à Seattle, ont décrit les étapes nécessaires pour développer et valider des modèles de profil nutritionnel [2]. Dans leur rapport, ils recommandent que les « indicateur » nutritionnels devraient être appropriés aux besoins diététiques et limités en nombre, et que la référence quotidienne des valeurs utilisées devraient être fondées sur une source fiable et liée à l’étiquetage alimentaire. En outre, les arrangements de profilage devraient être simples et transparentes et validées par rapport à des mesures indépendantes d’une saine alimentation. Les chercheurs ont également souligné la nécessité pour les modèles d’être mis en balance avec le coût des aliments ainsi que le niveau de plaisir qu’ils procurent.

Une étude a comparé 23 profilages établissant des profils nutritionnels, en faisant une analyse plus approfondie de 5 d’entre eux [3]. Cette étude a souligné la difficulté de trouver des systèmes combinant des qualités telles que la simplicité, la pertinence scientifique et la capacité de faire face à l’évolution des éléments nutritifs en fonction des recommandations et a conclu que les profilage actuellement proposées présentent un large éventail de différences tant en termes d’approches et de « performance ».

Un autre groupe de chercheurs, représentants de plusieurs universités et instituts de nutrition à travers l’Europe, a essayé d’identifier les « indicateur » nutritionnels des aliments qui sont positivement ou négativement associés à une alimentation saine, de sorte qu’ils puissent être utilisés pour l’évaluation des méthodes de profilage alimentaire [4]. Pour ce faire, ils ont utilisé des données sur les produits alimentaires et les apports en nutriments d’adultes participant à des enquêtes alimentaires nationales dans cinq pays de l’UE : Belgique, Danemark, France, Irlande, et Italie.

Tout d’abord, des individus présentant une « alimentation saine » ont été identifiés dans les cinq enquêtes alimentaires nationales par rapport à l’apports de référence Eurodiet et ensuite des « indicateurs » alimentaires associés positivement ou négativement à cette « alimentation saine » ont été déterminés [5]. Les chercheurs ont pu identifier 294 « indicateurs » sur 1669 aliments, ce qui suggère qu’il est possible d’identifier des « indicateurs » d’aliments pour la validation de profils nutritionnels, mais qu’il est nécessaire toutefois que les enquêtes alimentaires ainsi que les bases de données sur la composition des aliments soient harmonisées dans toute l’Europe.

À la lumière de cela, une autre étude a testé l’efficacité de trois systèmes de profilage pour la classification ces « indicateurs » nutritionnels [6]. Les profilages prévus dans le cadre de cette enquête ont été utilisés au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et aux États-Unis. L’étude a montré que la sensibilité et la spécificité des ratios des trois systèmes de profilage testés ont été relativement bonnes. Il n’y avait que de petites différences de « performance » entre les trois systèmes. Il n’a pas été observé d’importante corrélation négative entre la sensibilité et la spécificité. Le niveau de concordance entre le classement des « indicateurs » nutritionnels qui ont été choisis en raison de leur association positive ou négative à un régime alimentaire sain et la classification établie par chacune des trois méthodes d’établissement des profils testés était assez bons.

Le groupe NDA a également été invité par la Commission européenne à formuler des recommandations quant à la quantité de référence pour les denrées alimentaires, au seuil et/ou aux systèmes de notation et à la méthode de mise à l’essai à utiliser pour fixer des profils nutritionnels

Les profils nutritionnels sont associés à une quantité de produit alimentaire « de référence », exprimée par portion, en poids/volume (par exemple pour 100 g ou 100 ml), ou sur une base énergétique (par exemple pour 100 kcal ou 100kJ). Le groupe NDA a souligné les avantages et les inconvénients des différentes méthodes et recommande que le choix d’une quantité de référence appropriée soit basé sur des considérations d’ordre pratique relatives aux besoins d’un modèle de profil nutritionnel particulier. (Ainsi, si la teneur en nutriments est exprimée pour 100g ou 100 ml, il pourrait être difficile de comparer des produits dont la teneur en eau est différente; par exemple, comparer les matières grasses du lait à celles qui sont contenues dans le fromage ou les fibres d’une céréale cuite à celles d’une céréale déshydratée. Ce problème est plus aigu pour les modèles de profils nutritionnels qui s’appliquent aux denrées alimentaires d’une manière générale, à savoir lorsque le même profil s’applique à toutes les denrées alimentaires, que pour les modèles établis par catégories).

Afin de tester la pertinence d’un modèle de profil nutritionnel pour classer les denrées alimentaires de manière appropriée comme pouvant faire l’objet d’allégations nutritionnelles et/ou de santé, il est nécessaire de disposer d’une base de données sur les teneurs énergétiques et nutritionnelles d’une gamme de denrées alimentaires (telles que commercialisées) que l’on trouve sur le marché au sein de l’Union européenne. La base de données de l’EFSA compte plus de 500 denrées alimentaires différentes sélectionnées parmi plus de 20 000 denrées alimentaires décrites dans les bases de données sur la composition des denrées alimentaires provenant de 6 pays de l’UE et contenant de surcroît des données supplémentaires fournies par l’industrie alimentaire. Elle contient des informations sur la teneur en nutriments pour 35 macro- et micronutriments. La base de données sera interrogée pour identifier les denrées alimentaires qui (i) satisfont aux conditions requises pour porter des allégations de santé (répondent sans restriction au profil nutritionnel), (ii) satisfont aux conditions requises pour porter des allégations nutritionnelles (répondent au profil nutritionnel, sauf en ce qui concerne un nutriment) ou (iii) ne satisfont pas aux conditions requises pour porter des allégations nutritionnelles ou de santé.

Avis du Bureau Européen des Unions de Consommateurs (BEUC) concernant les profils nutritionnels

« Bon pour la santé », « Chocolat rajeunissant », « Apaise votre âme »... En 2006, l’UE a décidé de mettre un terme à l’utilisation d’allégations trompeuses sur les aliments en adoptant un Règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé, qui garantit que les produits riches en sel, sucre ou matières grasses ne puissent plus être promus comme étant « bons pour la santé ».

La mise en oeuvre de cette législation repose entièrement sur la définition de profils nutritionnels ; ces derniers devront déterminer si un produit peut, ou non, porter une allégation santé. La Commission et les Etats membres ont été chargés de définir ces profils en se basant sur les conseils scientifiques prodigués par l’EFSA, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments.

Nous sommes dès lors déçus et inquiets face à l’avis émis par l’EFSA [1] à ce sujet, car il pourrait vider de sa substance cette législation si importante pour les consommateurs: des produits riches en sucre comme certaines céréales de petit déjeuner ou certains produits laitiers, et les aliments contenant des acides gras trans [2], tels que certains biscuits, pourraient toujours être vantés comme étant « sains » !

Monique Goyens, Directrice Générale du BEUC, a déclaré : « La décision est entre les mains de la Commission et des Etats membres... Nous comptons sur eux pour définir des profils nutritionnels fiables afin que les consommateurs puissent avoir la certitude que lorsqu’ils achètent un produit portant une allégation santé, celui-ci est réellement sain ».

  1. L’avis a été émis par le groupe scientifique sur les produits diététiques, nutrition et allergies (NDA)
  2. Les acides gras trans produits de façon industrielle se forment lors du processus d’hydrogénation des huiles végétales qui rend ces dernières plus solides. Ce processus augmente la durée de conservation des aliments et leur donne un meilleur goût. Il permet à l’industrie de conserver la fraîcheur des produits à un cout plus faible. Mais à quel prix pour nous ? Obstruction des artères, augmentation des maladies cardiovasculaires et des risques d’infarctus suite à l’augmentation du « mauvais » cholestérol et la diminution du « bon » cholestérol...

Références :

  1. Visioli F, Poli A, Peracino A, Luzi L, Cannella C, Paoletti, R. Assessment of nutritional profiles: a novel system based on a comprehensive approach. British Journal of Nutrition (2007), 98, 1101 - 1107
  2. Drewnowski, A, Fulgoni V . Nutrient profiling of foods : creating a nutrient-rich food index. Nutrition Reviews (2008) Vol. 66(1):23-39
  3. Garsetti M, de Vries J, Smith M, Amosse A, Rolf-Pedersen N. Nutrient profiling schemes: overview and comparative analysis. Eur J Nutr (2007) 46[Suppl 2]:15-28
  4. Volatier JL, Biltoft-Jensen A, De Henauw S, Gibney MJ, Inge Huybrechts, McCarthy SN, O’Neill JL, Quinio C, Turrini A, Tetens I. A new reference method for the validation of the nutrient profiling schemes using dietary surveys. Eur J Nutr (2007) 46[Suppl 2]:37-46
  5. eurodiet.med.uoc.gr
  6. Quinio C, Biltoft-Jensen A, De Henauw S, Gibney MJ, Huybrechts I, McCarthy SN, O’Neill JL, Tetens I, Turrini A, Volatier JL. Comparison of different nutrient profiling schemes to a new reference method using dietary surveys. Eur J Nutr (2007) 46[Suppl 2]:37-46

Source : Alexandre Glouchkoff, Diététicien - Nutritionniste

SOURCE : Toute la diététique !

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s