Les produits laitiers : blanc ou noir ?

lu 8069 fois

Les produits laitiers ont bon dos. D'origine animale, source de graisses saturées, ils élèvent le cholestérol total. Bref, cumulant toutes les tares ils ne semblent pas aller dans le sens de l'histoire des maladies cardiovasculaires écrite depuis 50 ans. Malheureusement ce discours ne résiste pas vraiment à l'analyse plus fine. Y a t-il place pour une vérité nuancée, blanche ou noire ?

Données épidémiologiques

« Les produits laitiers : blanc ou noir ? » - Crédit photo : www.cniel.com

Risque vasculaire

Etudes écologiques

Serge Renaud avait montré il y a 20 ans, dans une étude écologique, que l’apport en graisses laitières, était corrélé à la mortalité coronarienne, excepté en France, pays gros consommateur de fromages, ce qui s’inscrivait dans le paradoxe français, cette différence disparaissant lorsque l’on rajoutait le vin dans l’équation : ce qui a fait dire que le vin était responsable de cet effet protecteur. On aurait pu aussi en conclure que les graisses laitières n’étaient pas athérogènes dans le contexte de l’alimentation française. Dans un autre travail Renaud avait montré que la relation entre lipides d’origine laitière et maladie coronarienne n’était observée que lorsque le fromage était exclu.

De même les Masaï, population d’éleveurs en Afrique, sont de gros consommateurs de produits laitiers et ont des apports majeurs en acides gras saturés. Ils ont cependant une cholestérolémie basse et une très faible mortalité cardiovasculaire. Il est évident qu’il peut y avoir des facteurs génétiques dans cette relative protection, et bien sûr aussi le rôle du mode de vie, en particulier de l’activité physique. Mais n’y aurait-il pas, soit un raccourci abusivement excessif (graisses saturées, cholestérol, risque cardiovasculaire) soit des composés bénéfiques dans les produits laitiers ? Ne faut-il pas aussi distinguer les produits laitiers entre eux ?

Une autre étude écologique a généré la confusion. La consommation de lait et l’incidence des maladies coronariennes ont été étudiées chez les hommes de 65-74 ans en 1969-73 dans 17 pays de l’OCDE, sur une durée de 17 ans. La consommation de protéines de lait était corrélée aux décès coronariens. Dans 15 pays européens la consommation de lait entier en 1989 était également corrélée aux décès coronariens en 1993 ; mais la corrélation était négative, quoique non significative avec les fromages et les produits laitiers fermentés.

Etudes d’observation

Elwood a publié en 2004 une étude prospective de la cohorte de Caerphilly sur 2512 hommes de 45-59 ans suivis 20 à 24 ans au Pays de Galles du Sud. Après ajustement le risque d’événement coronariens était diminué de 29 % (HR 0,71 - IC 0,40-1,26) et le risque d’accident vasculaire cérébral diminué de 34 % (HR 0,66 IC 0,24-1,81) chez les hommes consommant plus d’une pinte (0,57 litre) de lait par jour comparativement à ceux n’en consommant pas. Les auteurs concluaient que la consommation de lait n’était pas associée à une augmentation du risque de pathologie vasculaire.

Dans un deuxième article du même numéro les auteurs ont fait une revue de la littérature avec 10 études prospectives, dont la leur, et 2 études rétrospectives ou cas-témoins. Parmi les 7 études prospectives ayant analysé le risque coronarien une seule, réalisée chez des végétariens, a montré une augmentation non significative des décès ou événements coronariens, 6 (5, 8-12) ont montré une diminution non significative. Les 2 études cas- témoins (13, 14) ont montré également une diminution non significative. Parmi les 5 études prospectives ayant analysé le risque d’accident vasculaire cérébral toutes ont montré une diminution du risque d’événement ou de décès cérébro-vasculaire, dont 3 (15-17) de façon statistiquement significative.

L’analyse poolée des résultats montre une diminution non significative (RR 0,87 IC 0,74-1,03) du risque de maladie coronarienne et une diminution significative (RR 0,83 IC 0,87-0,90) du risque d’accident vasculaire cérébral ischémique.

D’autres publications ont enrichi cette première synthèse épidémiologique. L’étude des infirmières suivies 14 ans montre des résultats en contradiction avec les données précédentes puisqu’il existe une augmentation du risque d’événements vasculaires pour les gros consommateurs de lait entier (RR 1,67 IC 1,14-4,90) mais une réduction pour les gros consommateurs de lait écrémé (RR 0,78 IC 0,63-0,96) et un effet neutre pour les gros consommateurs de produits laitiers gras (RR 1,04 IC 0,96-1,12) ou de produits laitiers maigres (RR 0,93 IC 0,85-1,02).

Sauvaget sur 40349 japonais suivis 16 ans montre une réduction du risque d’accident vasculaire cérébral (mortel ou non) pour les produits laitiers (RR 0,73 IC 0,56-0,93). Al-Delaimy met en évidence, dans l’étude des médecins américains, un effet neutre (RR 1,03 IC 0,86-1,26) du calcium laitier sur les cardiopathies ischémiques. Umesawa, chez 21068 hommes et 32319 femmes japonais suivis 10 ans, montre une diminution du risque de décès par accident vasculaire cérébral (RR 0,53 IC 0,34-0,81) et un effet neutre sur les décès coronariens (RR 0,80 IC 0,80-1,44) pour le calcium laitier. Des ajustements multiples ont été réalisés dans toutes ces études.

La métanalyse de toutes ces études, totalisant 600 000 sujets soit 8 millions de sujets-années a été reprise par un article récent d’Elwood et a montré une réduction significative (-9 à -17 % selon le mode de calcul) du risque de cardiopathie ischémique et une réduction significative de 22 % ( RR 0,79 IC 0,75-0,82) du risque accident vasculaire cérébral.

Une dernière étude cas témoin sur un petit effectif 111/107 n’a montré aucun effet de la consommation de produit laitier sur le risque de premier infarctus mais une relation inverse avec la consommation de fromage disparaissant après ajustement pour le tabac.

Etudes avec des bio-marqueurs

La teneur en acide pentadecanoïque (C15 : 50) du tissu adipeux est considérée comme un bon marqueur des apports en produits laitiers à long terme dans les populations ayant des apports élevés.

Quatre études ont été réalisées avec le C15 : 0 comme bio-marqueur. Thomas a mesuré le C15 : 0 du tissu adipeux de la paroi abdominale de sujets ayant fait un infarctus silencieux et n’a pas trouvé de différence entre les sujets et des témoins. Biong a également mesuré le C15 : 0 dans le tissu adipeux de sujets ayant fait un infarctus du myocarde et de témoins et a trouvé une diminution du risque pour les teneurs élevées de C15: 0 (OR 0,36 IC 0,13 - 0,99), significatif après ajustement. Warensjo a mesuré le C15: 0 des phospholipides plasmatiques dans une étude cas-témoin nichée dans une étude prospective et a mis en évidence un OR entre 0,72 et 0,79 (p=0,02) mais non significatif après ajustement. Ceci est en opposition avec les résultats de Sun dans l’étude prospective des infirmières, montrant une augmentation du RR à 2,36 (IC 1,16 - 2,39) pour les valeurs élevées de C15: 0 au niveau plasmatique (p=0,03). Ces résultats ont été discutés et critiqués.

Syndrome métabolique

Le syndrome métabolique est une constellation de plusieurs facteurs de risque cardiovasculaires chez un même sujet (baisse du CHDL, élévation des triglycérides, élévation de la glycémie et de la pression artérielle) et lié à une augmentation du tissu adipeux viscéral et à une insulinorésistance. C’est une cause majeure de survenue des pathologies cardiovasculaires aujourd’hui. Ses déterminants sont la sédentarité, la prise de poids, des facteurs alimentaires, des facteurs génétiques, un retard de croissance intra utérin, l’effet du stress.

De nombreuses études ont cherché à identifier les facteurs alimentaires associés à la survenue du syndrome métabolique. Toutes les études, sauf 1, ayant analysé le rôle des styles alimentaires ont trouvé une association inverse entre consommation de produits laitiers et survenue du syndrome métabolique.

L’étude française DESIR, chez près de 5000 hommes et femmes de 30-64 ans a montré que chez les hommes la consommation de produits laitiers (> 1 portion par jour est associée à une diminution de 34 % (OR 0,76 IC 0,41- 0,90) du risque de syndrome métabolique (au moins 2 critères) chez les homes mais pas chez les femmes, après ajustement sur l’âge, l’apport énergétique, le rapport taille/hanche. Une analyse plus récente de l’étude DESIR a confirmé la relation inverse entre calcium et pression artérielle systolique et diastolique, insulinémie et positive avec le CHDL chez les femmes, et pression artérielle diastolique chez les hommes.

L’étude américaine CARDIA à concerné 3157 hommes et femmes de 18 à 30 ans. Sur un suivi de 10 ans la consommation d’au moins 5 produits laitiers par jour est associée à une réduction de 72 % du risque de syndrome métabolique (au moins 2 composants) parmi les sujets en surpoids, comparativement à ceux consommant moins de 1,5 produits laitiers par jour (mais pas chez les sujets ayant un IMC < 25 kg/m2). Toute consommation quotidienne de 1 produit laitier est associée à une diminution de 21 % du risque de syndrome métabolique après multiples ajustements.

Chez 827 hommes et femmes, adultes de 18-47 ans à Téhéran une étude transversale a montré que les sujets du plus haut quartile de consommation de produits laitiers avaient un tour de taille plus bas, moins d’hypertension et moins souvent un syndrome métabolique (OR 0,69 IC 0,59-0,71 p de tendance <0,02), avec une diminution du risque après ajustement pour le calcium (OR 0,82 IC 0,63-0,99 p de tendance < 0,03).

Dans l’étude française MONICA sur 912 hommes de 45-64 ans de Lille, Strasbourg, Toulouse, l’analyse transversale a montré que les sujets du plus bas au plus haut quintile d’apports en produits laitiers, la pression artérielle baisse et la prévalence du syndrome métabolique diminue de moitié (p 0,01), après ajustement pour le centre, la classe d’âge, l’apport énergétique, l’alcool, le sodium, la magnésium, les traitements antihypertenseurs et antidiabétiques.

Dans l’étude SUVIMAX la relation entre l’évolution de certains paramètres anthropométriques sur 6 ans de suivi et la consommation de produits laitiers a été étudiée chez 2267 sujets. Chez les hommes en surpoids la consommation de lait est associée à une diminution du poids et du tour de taille (p < 0,02), et la consommation de yaourt est associé à une diminution du poids (p=0,01) et du tour de taille (p=0,03), alors qu’aucune relation n’a été trouvée avec le fromage et le calcium, et alors qu’une relation positive a été observée chez les femmes en surpoids entre consommation de lait et tour de taille, et chez les femmes de poids normal entre consommation de yaourt et variation de poids.

L’étude américaine NHANES pour 4519 sujets de plus de 18 ans a montré une réduction de 60 % du risque de syndrome métabolique chez les sujets consommant plus d’un yaourt par jour, après de multiples ajustements. Enfin les effets pourraient être très différents selon les produits laitiers. Dans l’étude NHANES la consommation de fromage est associée à un profil lipidique favorable chez les femmes (CLDL plus bas, CHDL plus élevé) alors que chez les hommes les facteurs de risque sont moins favorables (pression artérielle diastolique, poids, circonférence de taille, CLDL), excepté le CHDL. L’étude CASPIAN en Iran a concerné 4811 garçon et filles de 6 à 18 ans : la consommation de produits laitiers est associée à une réduction de 30% du risque de syndrome métabolique chez les garçons (p 0,03) et de 20 % chez les filles (p 0,04) ;

L’étude danoise HOORN chez 2064 hommes et femmes de 50-75 ans n’a pas montré une moindre prévalence des composantes du syndrome métabolique mais seulement une diminution significative de la pression artérielle diastolique chez les gros consommateurs de produits laitiers. Mais en base c’est une population qui consomme 4,1 portions par jour (alors qu’en France elle est en moyenne de 2,6 portions par jour).

Seule l’étude britannique de la British VVomen’s Heart and Health Study auprès de 4024 femmes de 60-79 ans a montré que le fait de ne pas boire de lait (information obtenue par un auto questionnaire et cela ne représentait que 2,8 % des femmes et cela ne représentait que 2,8 % des femmes) est associé à un moindre risque de syndrome métabolique et à un score HOMA d’insulino- résistance plus bas. Mais l’on sait que les produits laitiers ont un index glycémique bas et un index insulinémique élevé du fait de la présence des protéines laitières.

Si l’on compare des styles alimentaires, ce qui a été fait dans l’étude de VVhitehall II, un style «sain» (associant fruits, légumes, pain complet, produits laitiers maigres, peu d’alcool ...) est associé à une réduction du risque de décès coronariens, d’infarctus non fatal et de diabète, comparativement à un style moins «sain» (associant pain blanc, viande transformée, friture, lait entier).

Globalement il apparaît que la consommation de produits laitiers, particulièrement de lait et de yaourt, est associée à une moindre prévalence ou incidence de syndrome métabolique, ou de composants associés, surtout chez les hommes, d’autant qu’ils sont en surpoids.

Etudes cliniques et d’intervention sur les facteurs de risque

L’effet des produits laitiers sur le risque cardiovasculaire peut être analysé par facteurs de risque.

Sur la pression artérielle

L’étude DASH est une étude d’intervention extrêmement célèbre. Dans cette étude, une alimentation riche en fruits et légumes et en produits laitiers écrémés a diminué la pression artérielle systolique de 5 mm de Hg ; et la pression artérielle diastolique de 6 mm Hg, effet renforcé par la réduction de sodium. 50 % de cet effet est attribué à la consommation des produits laitiers.

Ceci est en accord avec l’étude PRODIMED qui a constaté des chiffres de pression artérielle systolique et diastolique plus bas dans le quintile des gros consommateurs de produits laitiers allégés, et avec plusieurs études concernant la réduction des composantes du syndrome métabolique.

Lipides plasmatiques

Toutes les études montrent que le beurre élève le cholestérol LDL, mais il élève aussi le CHDL. Par contre il a été bien démontré que le fromage à quantité équivalente de lipides n’élève pas le cholestérol total et le cholestérol LDL dans trois études d’intervention bien conduites. D’autres études suggèrent que le lait et le beurre à apport lipidique égal ont le même effet sur le cholestérol. Les acides gras saturés augmentent le cholestérol LDL, excepté l’acide stéarique et les acides gras à courte chaîne. L’élévation du cholestérol HDL est induite par les acides gras saturés ; elle est observée avec le beurre, mais aussi avec le lait. Elle pourrait être aussi favorisée par les acides gras trans naturels du lait (acides trans vaccénique). La signification de l’augmentation des HDL avec les graisses saturées est discutée mais pourrait être favorable par l’intermédiaire de plusieurs mécanismes.

Dans une population d’enfants espagnols, à consommation égale de lait, les enfants ayant des apports plus élevés en d’autres produits laitiers ont des valeurs plus basses de cholestérol. Une autre étude sur les adolescents suédois de 15 ans a montré une relation inverse entre acides gras du lait de C4 :0 à C14 :0 et cholestérol et apo B plasmatiques chez les filles ; entre C12 : 0 et apo B plasmatiques chez les garçons ; et entre C12 : 0 et C15 : 0 des esters de cholestérol et cholestérol plasmatique chez les garçons et les filles. Ces effets paradoxaux pourraient être liés à la présence d’acides gras à chaîne courte dont on sait qu’ils sont hypocholestérolémiants mais aussi au fait que les graisses saturées augmentent la taille des LDL et diminuent de ce fait l’Apo B. Ceci est d’ailleurs suggéré par une relation inverse entre LDL petites et denses et consommation de produits laitiers estimée par les acides gras spécifiques du tissu adipeux dans une population de 291 adultes de 62 - 64 ans.

De plus les laits fermentés pourraient avoir des effets spécifiques sur les lipides plasmatiques. Dans une étude en cross-over chez des femmes la consommation de yaourt (300 g/j) augmente le cholestérol HDL. Une autre étude sur 8 semaines a obtenu une diminution du cholestérol LDL et une diminution du fibrinogène. Mais il s’agit de yaourts enrichis avec des souches particulières. D’autres études menées avec des laits fermentés avec Streptococcus thermophilus et Lactobacillus bulgaricus n’ont pas montré d’effet. Les essais avec Lactobacillus sont contradictoires. Ces résultats sont commentés par Tholstrup et les mécanismes sont discutés par St Onge.

Poids

L’effet des produits laitiers sur le poids est encore discuté. Dans une revue récente sur 49 essais randomisés concernant l’effet des produits laitiers ou d’une supplémentation en calcium, 41 n’ont pas montré d’effet, 2 un gain de poids, 1 un moindre gain de poids et 5 une perte de poids. Mais l’analyse plus fine séparant les études avec les produits laitiers et celles avec les supplémentations en calcium, montre que la perte de poids concerne surtout les études avec les produits laitiers ; mais d’autre part le gain de poids n’est pas observé avec des produits laitiers en l’absence de restriction associée.

Les études épidémiologiques d’observation sont elles-même contradictoires : certaines études transversales de grande ampleur montrent une relation inverse entre consommation de lait et prévalence de l’obésité. Certaines études longitudinales comme l’étude NHANES montrent que les garçons et les filles adolescentes consomment plus de produits laitiers ont une moindre adiposité, d’autres études prospectives ne montrent pas une telle relation. Dans l’étude de Rosell, la réduction de l’adiposité abdominale ne concerne que les sous-estimateurs. Il est ainsi suggéré que la consommation de lait pourrait n’être qu’un marqueur d’un mode de vie ou d’un statut socio-économique.

Les études concernant le calcium sont également contradictoires, l’équipe de Angelo Tremblay a montré qu’un apport faible de calcium est associé à une adiposité plus importante (et à un moins bon profil lipidique). Dans une seconde étude la même équipe a montré qu’une supplémentation en calcium et en vitamine D au cours d’un régime restrictif augmentait l’effet de la perte de poids sur le profil lipidique.

Une autre étude d’intervention a montré que des apports élevés en calcium s’opposent à la reprise de poids après perte de poids, ralentissant ainsi l’effet d’un apport énergétique accru.

L’équipe de Arnstrup a montré qu’une supplémentation en calcium de 500 mg pendant 1 an n’avait pas d’effet sur le poids et la masse grasse chez des jeunes filles ne suivant pas de régime. La même équipe a montré expérimentalement qu’une supplémentation en calcium à court terme ne modifiait pas l’appétit, mais que la supplémentation en calcium laitier réduisait la lipémie post-prandiale. En réalité une partie des effets du calcium consiste en une réduction partielle de l’absorption des lipides (laitiers) ce qui a pour effet de modifier la lipémie post-prandiale et le profil lipidique.

Les effets du calcium sur l’oxydation lipidique sont aussi discutés. Melanson a montré que les apports « aigus » de calcium étaient associés à une oxydation lipidique accrue. Mais sur le moyen terme (5 semaines) Bortolloti a montré qu’une supplémentation de 800 mg chez des sujets en surpoids ayant un faible apport en calcium ne modifiait pas le métabolisme énergétique ni l’oxydation lipidique.

Un effet, bien que modeste, semble exister cependant. Ainsi, dans l’étude d’intervention WHI auprès de 36282 femmes la supplémentation en calcium (1000 mg) et en vitamine D, en double aveugle, a permis d’observer sur 7 ans une diminution modeste mais significative (p<0,001) du poids, celles ayant des apports en base de moins de 1200 mg de calcium gagnant moins souvent du poids au bout de 3 ans.

Inflammation

Chez des souris agouti nourries avec un régime riche en calcium ou en produit laitier, l’expression des marqueurs de l’inflammation (TNFα, IL6, MCP1 ...) du tissu adipeux diminue. Chez des sujets en surpoids un régime riche en produits laitiers diminue significativement la CRP et augmente l’adiponectine.

Les mécanismes

Les mécanismes en cause pouvant rendre compte au moins de l’absence d’effet défavorable des produits laitiers, au mieux d’un effet bénéfique, sont multiples. Ils passent par les multiples composants du lait spécifiques ou non spécifiques, au premier rang desquels le calcium, bien-sûr non spécifique.

Le calcium

Les produits laitiers sont une source majeure de calcium, seule catégorie d’aliment à pouvoir contribuer aisément à des apports suffisamment élevés. Il est parfaitement établi que le calcium en quantité élevée permet la formation de savons solubles avec les acides gras libérés lors de l’hydrolyse intestinale des triglycérides alimentaires, en position 1 et 3, ce qui est responsable à la fois d’une augmentation de l’excrétion fécale des lipides, d’une moindre absorption des acides gras et donc d’une moindre synthèse entérocytaire des triglycérides incorporés dans les chylomicrons, et donc une réduction de l’hyperlipidémie post-prandiale (et des triglycérides) et une réduction du CLDL.

Des études ont montré que le calcium pouvait être à l’origine d’une augmentation du CHDL.

Le calcium exerce un effet antihypertenseur. Le calcium peut ainsi être un déterminant de la baisse de la pression artérielle. Plusieurs études sont en faveur d’un effet favorable mais modeste du calcium sur la pression artérielle, mais ceci semble moins clair pour les produits laitiers ce qui rendrait compte d’un effet bénéfique du calcium et du calcium laitier sur le risque d’accident vasculaire cérébral.

Le calcium jouerait aussi un rôle sur l’effet favorable des produits laitiers sur le poids en réduisant l’absorption des lipides, mais également en réduisant l’expression de la Fatty Acid Synthase. D’autre part il agirait, via la baisse de PTH induite par l’apport en calcium, en inhibant la 1- 25 OH D3 qui diminuerait le calcium intra adipocytaire, stimulerait la lipolyse et inhiberait la lipogenèse. Zemel a développé des hypothèses mécanistiques sur la relation inverse entre calcium et adiposité (Zewel-Zewel). La plus intéressante, et récente, dans un modèle expérimental chez des souris agouti transgéniques sous régime « high fat / high sucrose passe par le fait que le 1-25 OH D3 régule la production d’espèces oxygénées réactives (RDS). Un régime riche en calcium entraîne une baisse des RDS intracellulaires, augmente l’expression de l’UCP2 mitochondriale adipocytaire du tissu adipeux viscéral et sous-cutané et inhibe l’expression de la 11βOHSD du tissu adipeux viscéral dont on sait que c’est un facteur d’adiposité viscérale.

Les acides gras

La masse grasse laitière apporte au moins 400 acides gras différents. Parmi ceux-là environ 10 % d’AG à chaîne courte en moyenne, 10 % d’acide myristique (C14: 0), 25 à 30% d’acide palmitique (C16: 0), 10 % d’acide stéarique (C18 :0) et 30 % d’acide oléique (C18: 1n-9). Il faut y ajouter des acides gras spécifiques tels que l’acide ruménique (CLA) et l’acide transvaccénique. Certes les acides gras saturés tels que le C12 :0, C14 :0, C16 :0 peuvent élever le cholestérol, mais les acides gras à chaîne courte C4 :0 - C6 :0 n’ont pas cet effet, de même que l’acide stéarique. Les acides gras saturés à chaîne moyenne (C8 :0 - C10 :0) sont hypocholestérolémiants par rapport aux acides gras saturés à chaîne longue. Mais les acides gras saturés à chaîne longue élèvent le CHDL plus que l’acide oléique et de façon encore plus nette comparativement à un régime hyperglucidique. Ils induisent également un phénotype de LDL larges considéré comme non ou moins athérogène.

L’acide myristique représente 10 % de la masse grasse laitière. Il est hypercholestérolémiant à dose élevée mais pas à dose physiologique.

L’acide myristique a de nombreuses propriétés : l’une d’elles peut avoir un effet cardiovasculaire bénéfique en facilitant la synthèse des acides gras n3 à longue chaîne EPA-DHA à partir de l’acide alphalinolénique. L’acide alphalinolénique a un intérêt majeur en prévention cardiovasculaire ; bien qu’en faible teneur dans la matière grasse laitière il n’est pas absent. Sa teneur est modulable selon l’alimentation animale ;

L’acide ruménique C18 : cis 9 - trans 11 est l’acide linoléique conjugué majeur de la matière grasse laitière. Il n’a pas d’effet sur les lipides plasmatiques chez l’homme. Par contre chez l’animal l’acide ruménique entraîne une diminution voire une régression de l’athérosclérose et exerce des effets anti-inflammatoires et antioxydants.

L’acide transvaccénique est un acide gras trans naturel. A haute dose il augmente le cholestérol LDL mais pas à dose physiologique. En outre chez les femmes il augmente le CHDL.

Peptides fonctionnels

Les protéines de lait sont la plus grande source de peptides fonctionnels ; les produits laitiers fermentés en sont une source majeure car certaines souches ont une activité protéolytique et peuvent ainsi les produire à partir des caséines et des globulines. Ils ne sont pas dégradés par les enzymes intestinales. Le lait contient ainsi de très nombreux peptides fonctionnels qui exercent des effets multiples antihypertenseur, inhibiteur de l’enzyme de conversion l’angiotensine 1, antioxydant, anticoagulant ou de modulation de la libération d’endotheline 1 libérée par les cellules endothéliales.

Autres

Les effets des probiotiques sur les acides biliaires, la fermentation colique peuvent aussi contribuer aux propriétés spécifiques des produits laitiers vis-à-vis du risque cardiovasculaire.

Les composants en cause peuvent être multiples : ainsi les effets anti-inflammatoires pourraient être médiés par le calcium, certains peptides fonctionnels, les phospholipides du lait ou la stimulation des HDL eux mêmes exerçant un effet anti-inflammatoire et antioxydant.

Conclusion

Les études épidémiologiques montrent que la consommation de produits laitiers n’est pas associée à une augmentation du risque cardiovasculaire et peut être à une réduction du risque cérébrovasculaire. De nombreuses études sont en faveur d’une réduction du risque de syndrome métabolique liée à leur consommation. Il n’y a pas cependant d’étude d’intervention le démontrant formellement et l’on ne peut exclure que ce bénéfice soit lié à ces facteurs confondants concernant les consommateurs de produits laitiers.

De nombreux constituants des produits laitiers, en premier lieu le calcium, sont susceptibles d’exercer des effets favorables sur de nombreux facteurs de risque, mais d’autres constituants acides gras, probiotiques, peptides fonctionnels peuvent aussi jouer un rôle positif.

Si l’on ne peut affirmer leur rôle protecteur, en l’absence l’étude d’intervention spécifique sur les évènements cardiovasculaires, il apparaît évident que la consommation normale et raisonnable de produits laitiers n’est pas incompatible avec le maintien de la santé cardiovasculaire.

(Par Jean-Michel Lecerf (Bibliographie sur demande), Service de Nutrition - Institut Pasteur de Lille - XXIème Entretiens de Nutrition de l’Institut Pasteur de Lille - 05 juin 2009)

SOURCE : Institut Pasteur de Lille

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s