Les producteurs bio en quête d’un « business model » qui influence les modes de production

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Alors que la structuration économique de l’agriculture biologique bat son plein, l’Inra montre que les systèmes en agriculture biologique sont très fortement influencés par les possibilités d’écoulement de la marchandise, et qu’une voie combinant à la fois des circuits dits « courts » et « longs » s’avère intéressante pour concilier rentabilité économique et principes écologiques, et donc développer l’agriculture biologique.

Les producteurs bio en quête d’un « business model » qui influence les modes de production Les systèmes de culture en maraîchage biologique sont de nature très variée, allant du mode très extensif à des modes plus intensifs. A l’Inra d’Avignon, les chercheurs de l’unité SAD écodéveloppement ont cherché à déterminer les liens qui existent entre les modes de production et les circuits de commercialisation, en étudiant un réseau d’exploitations agricoles du sud-est de la France. Trois circuits de commercialisation ont été identifiés : des circuits courts, des circuits longs mais aussi une troisième voie combinant des circuits courts et longs. Dans cette étude, les chercheurs démontrent que les systèmes en agriculture biologique sont très fortement influencés par les possibilités d’écoulement de la marchandise, et qu’une voie combinant des circuits à la fois courts et longs s’avère intéressante pour concilier rentabilité économique et principes écologiques, et donc développer l’agriculture biologique.

Pour tenter de comprendre les relations entre production et commercialisation de produits issus de l’agriculture biologique, des chercheurs de l’Inra ont analysé comment les modes de production et les modes de commercialisation évoluent, non seulement lors du passage à l’agriculture biologique mais aussi à plus long-terme.

A l’Inra d’Avignon, les chercheurs de l’unité SAD Ecodéveloppement ont donc mené une série d’entretiens auprès de 18 maraîchers de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui commercialisent leurs légumes soit en circuit court (vente directe sur l’exploitation, en Amap, sur les marchés ou encore les magasins d’alimentation biologique), soit en circuit long (via des organisations de producteurs, des plateformes de commercialisation ou des entreprises de négoce).

De cette étude, il ressort que les producteurs qui travaillent en circuits courts cherchent à fournir une large gamme de produits sur une longue période, tandis que ceux en circuits longs sont souvent spécialisés sur des produits phares (salade en hiver ; tomate, melon, courgette en été) et sur des créneaux de date plus courts (l’hiver essentiellement dans le sud-est, pour une production souvent destinée à l’export). Au niveau des exploitations, les structures de production sont donc assez différentes (en termes de surface totale, de répartition entre plein champ et serre, d’organisation de la main d’œuvre) et les modes de conduite des cultures également différents.

En marge de cette séparation classique, les auteurs distinguent une troisième catégorie de producteurs -en plein essor-, qui utilisent différents débouchés ou différentes activités. Cette alternative leur permet de répondre aux contraintes de leurs modes de production et de répartir les risques. Ainsi, certains producteurs qui sont en circuit long l’hiver commercialisent en circuit court le reste de l’année pour occuper la main d’œuvre permanente. D’autres producteurs approvisionnent une unique structure commerciale en légumes, mais diversifient leurs productions (vin, fruits, olives) et leurs débouchés, voire leurs activités (agritourisme). D’autres enfin, combinent un débouché principal, sécurisé par des engagements contractuels avec la structure commerciale, et des débouchés secondaires sur des segments de qualité complémentaires. Cette voie permet de trier a posteriori la production en fonction des critères de qualité de chaque structure, plutôt que de rechercher à produire pour un unique segment de qualité, ce qui est difficile en agriculture biologique.

Cette étude montre également que les changements des modes de production et de commercialisation n’ont pas seulement lieu pendant la phase légale de conversion à l’agriculture biologique, mais perdurent bien au delà.

Les chercheurs ont notamment recensé les raisons qui expliquent ces évolutions (temps passé à la commercialisation, insécurité commerciale de certains débouchés, contraintes sur les volumes récoltés…), les possibilités d’inflexion des trajectoires et les points de blocage. Ainsi, les changements de circuit de commercialisation sont aujourd’hui principalement orientés vers le développement des circuits courts, à cause du durcissement des critères de qualité des grandes et moyennes surfaces et de l’export et de la réduction du différentiel de prix entre produits issus de l’agriculture biologique et produits conventionnels. La voie intermédiaire associant à la fois une commercialisation en circuit court et en circuit long constitue donc une alternative intéressante pour améliorer la rentabilité économique et le développement de divers modes de culture en agriculture biologique.

("How do farming systems cope with marketing channel requirements in organic horticulture ? The case of market-gardening in southeastern France". Mireille Navarrete, INRA, Unité SAD Ecodéveloppement, Avignon. Journal of sustainable agriculture, 33 : 552-565, 2009.)

SOURCE : INRA

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