Les probiotiques, antidépresseurs de demain ?

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Des chercheurs du monde entier se sont rassemblés en juin à Chantilly à l’initiative de la société Lallemand à l’occasion de son second Symposium scientifique dédié à l’Axe Cerveau-Intestin, afin de partager les dernières avancées sur l’étude de l’implication du microbiote (la microflore digestive) dans notre réponse au stress et à l’anxiété et sur le comportement des animaux.

Un tel sujet est une rare occasion de rassembler dans une même pièce neurobiologistes, experts du comportement, microbiologistes, gastroentérologues, mais aussi experts en nutrition et comportement animal. En effet, comme on a pu l’apprendre à Chantilly, la communication entre le cerveau et l’intestin, appelé aussi parfois notre second cerveau, est un dialogue à double sens qui permet de coordonner les fonctions digestives et cérébrales.

Cependant, si la relation qui existe entre le cerveau et l’intestin, qui abrite 70% de nos cellules nerveuses (on parle du système nerveux entérique), est connue depuis longtemps, Vassilia Theodorou, chercheuse à l’INRA de Toulouse, qui présidait le symposium, explique dans son introduction que de nouveaux acteurs de ce dialogue ont émergé au fil du temps : le système immunitaire, lui aussi très largement représenté dans le tube digestif puisque 60 à 70% de nos cellules immunitaires y sont liées, et, encore plus récemment, le microbiote, autrefois appelé microflore digestive, dont le rôle semble avoir été largement sous-estimé jusqu’ici. N’oublions pas en effet que nos intestins abritent environ 10 fois plus de bactéries que notre organisme compte de cellules et que le microbiote, que certains commencent à considérer comme un ‘organe’ à part entière contient 100 fois plus de gènes que notre propre génome !

Si aujourd’hui de nombreuses études, notamment chez les animaux, viennent étayer des hypothèses à propos de pathologies digestives et de l’implication du microbiote dans l’axe cerveau-intestin, le Dr Theodorou reconnaît que les mécanismes d’action impliqués demeurent encore une ‘boîte noire’ qui nécessite de plus amples recherches. Des résultats très prometteurs furent présentés par différents chercheurs montrant le potentiel des probiotiques pour moduler l’axe cerveau-intestin et ainsi, par exemple, moduler notre réponse au stress et à l’anxiété.

Cet évènement fut également une belle opportunité pour Lallemand de rassembler les sociétés partenaires qui distribuent dans le monde entier son probiotique documenté pour la gestion du stress, Probio’Stick® (en France la formule est distribuée par Urgo sous la marque ImmunoStim® Stress), dans le cadre de son engagement de support scientifique et marketing soutenu auprès de ses partenaires.

Le paradoxe de l’oeuf et de la poule

Il est apparu récemment des théories selon lesquelles dans certains troubles comportementaux tels l’autisme, l’anxiété ou la dépression, le microbiote serait altéré et certains scientifiques cherchent à relier un trouble à un profil de flore particulier. Mais serait-ce le microbiote qui influe sur le comportement ou bien le contraire ?

Le Professeur Stephen Collins, de l’Université de Mc Master, au Canada, a apporté une autre perspective en montrant que le stress, en modifiant le milieu intestinal, pouvait modifier le microbiote. Dans un modèle expérimental d’anxiété et dépression, son équipe a montré en effet comment des changements du comportement ou un stress avaient un effet sur le microbiote et qu’un neurotransmetteur particulier impliqué dans la réponse au stress, la corticolibérine, pourrait jouer un rôle en modifiant la physiologie intestinale, et donc l’habitat du microbiote.

Les probiotiques pourraient-ils être les antidépresseurs de demain ?

Différentes études présentées tout au long de la journée ont montré qu’une modification du microbiote pouvait avoir des répercussions sur le comportement chez l’animal et modifier sa réponse au stress ainsi que sa sensibilité à la douleur viscérale. En particulier, le Professeur Collins a présenté des expériences de transfert de flore chez la souris qui se traduisent par un “transfert de comportement”. Chez l’homme, l’intégrité de l’axe cerveau-intestin est essentiel pour maintenir l’homéostasie digestive et le bien-être, et nous pensons maintenant qu’un déséquilibre de cet axe pourrait bien être impliqué dans nombre de pathologies, des maladies intestinales inflammatoires et fonctionnelles aux troubles du comportement, en particulier ceux associés à une dysbiose intestinale. Une des questions soulevées par ce « dialogue à trois » (cerveau-intestin-microbiote), est de savoir si on peut agir sur l’axe cerveau-intestin en rééquilibrant le microbiote à l’aide de probiotiques ?

Le Professeur John Cryan, de l’Université de Cork en Irlande, dont les récents travaux dans ce domaine ont été largement diffusés, apporta le point de vue du neurobiologiste. Il reconnaît que ce n’est que depuis peu que les neurobiologistes ont commencé à prendre en compte le rôle du microbiote et il a présenté différentes études animales qui font office de véritables « preuves de concept » de l’implication du microbiote dans la réponse au stress. Ce qu’il voulait savoir, c’est si la prise de probiotiques pouvait influencer la réponse au stress chez les adultes et avoir une influence sur le comportement cognitif. Il a présenté ses travaux montrant les effets positifs d’une souche de probiotique Lactobacillus rhamnosus sur les comportements liés au stress et à l’anxiété chez les rongeurs, effets accompagnés d’une amélioration des performances cognitives. Sachant que le syndrome du colon irritable peut affecter légèrement la mémorisation, il déclare qu’il serait intéressant de voir si la modulation du microbiote pourrait aussi améliorer les performances cognitives en plus de la réponse au stress chez l’homme.

Le Professeur Didier Desor, un expert en sciences cognitives de l’Université de Nancy, a montré qu’une formule probiotique (L. helveticus R052 et B. longum R175 – Probio’Stick®) exerçait un effet comparable aux anxiolytiques chez le rat. Chez l’homme, il détailla deux études publiées précédemment montrant que ce probiotique était capable de :

  • Réduire certains symptômes physiologiques du stress, en particulier douleurs abdominales et nausées
  • Réduire les signes d’anxiété et dépression en utilisant différents tests psychologiques et un biomarqueur du stress (cortisol).

A Montréal, le Professeur Guy Rousseau a testé la même préparation sur un modèle animal de dépression post-infarctus du myocarde, une condition qui affecte plus de 20% des patients atteints d’infarctus et est associée avec un accroissement de 3 à 4 fois du taux de mortalité. Non seulement ses travaux ont permis de mettre en évidence un effet du probiotique sur la prévention du comportement dépressif, mais également un effet au niveau du cerveau. Dans des zones du cerveau associées au comportement et à l’humeur (région limbique et hippocampe), le probiotique a permis de diminuer le nombre de cellules qui entrent en apoptose, ou mort cellulaire programmée, une sorte de « suicide cellulaire ».

Etudier la boîte noire...

Dr Ait-Belgnaoui a présenté une nouvelle étude conduite à l’INRA de Toulouse dans le but de mieux comprendre les mécanismes impliqués et de voir de plus près les effets du probiotique au niveau du cerveau. Grâce à un modèle animal de stress psychologique chronique, elle a montré que la préparation probiotique qui avait un effet sur le stress chez l’homme avait la capacité de diminuer la réponse neuroendocrine au stress et d’empêcher l’activation par le stress de certains neurones dans des régions du cerveau impliquées dans la réponse au stress. En revanche, dans une autre zone cérébrale, le probiotique normalisait l’activité neuronale qui était réprimée par le stress chronique. Il apparaît donc que la prise du probiotique permettrait de prévenir les effets négatifs du stress au niveau même du cerveau.

Dans l’étude de John Cryan mentionnée plus haut, il a également été démontré que la prise du probiotique L. rhamnosus avait des conséquences au niveau cérébral en modulant l’expression des récepteurs GABA (GABA est le principal neurotransmetteur au rôle inhibiteur), et que cet effet du probiotique était transmis via le nerf vague.

Si toutes ces études récentes indiquent que les effets de certains probiotiques au niveau du microbiote peuvent se répercuter au niveau du cerveau, une grande partie de la boîte noire reste encore à dévoiler ! Cependant, ces découvertes sont très prometteuses et ouvrent un large champs de possibilités dans la gestion de pathologies liées au dysfonctionnement de l’axe cerveau-intestin, tel le syndrome du colon irritable mais aussi la dépression et l’anxiété…

(Symposium Lallemand Axe Cerveau-Intestin, seconde édition - juin 2012)

SOURCE : Institut Rosell-Lallemand

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