Les principales causes du cancer en France sont plus liées au mode de vie qu'à l'environnement

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Le nombre de cancers augmente en France, mais la mortalité quant à elle a tendance à diminuer. C'est la conclusion d'un vaste rapport publié conjointement par l'Académie de Médecine, le Centre international de Recherche sur le Cancer et la Fédération Nationale des Centres de lutte contre le Cancer. Ce grand rapport national réaffirme au terme de deux ans de travail, que les principales causes avérées du cancer résident dans notre mode de vie nos et comportements individuels (tabac, hormones, obésité, exposition professionnelle) bien plus que dans les pollutions environnementales...

Tabac et alcool, les deux principaux coupables

Ce rapport confirme qu'en France (comme dans tous les pays industriels et la majorité des pays en voie de développement) le tabac reste, à l'orée du XXIe siècle, la principale cause de cancer (29 000 décès, soit 33,5% des décès par cancer chez l'homme, 5 500 décès, soit 10% des décès par cancer chez la femme). La lutte contre le tabac, malgré les progrès effectués, reste prioritaire.

L'alcool est à l'origine d'environ 9% des décès par cancer chez l'homme et 3% chez la femme. Ainsi, malgré les efforts effectués, tabac et alcool restent à l'origine de 28% des décès par cancer.

Hygiène de vie et alimentation

L'exposition prolongée aux rayons solaires cause environ 1% des décès par cancer dans les deux sexes.

L'excès de poids et l'insuffisance d'exercice physique causent environ 2% des cancers chez l'homme et 5,5% chez la femme.

On considère généralement que l'alimentation a une influence majeure sur le risque de cancer, cependant l'effet des facteurs nutritionnels spécifiques, tels que la teneur en fibres des aliments, la quantité de fruits et légumes ingérée, n'a pas été confirmée par les dernières enquêtes épidémiologiques. De même, celles-ci suggèrent que la consommation de viande rouge et de charcuterie n'accroissent que modérément les risques de cancer du colon-rectum.

Cependant, ces études ont été effectuées sur des adultes ; le rapport souligne la nécessité de poursuivre les recherches, car il est plausible que l'alimentation de l'enfant, de l'adolescent et même de la mère pendant la gestation, puissent influencer l'incidence des cancers à l'âge adulte. De plus, même si l'effet bénéfique d'une alimentation riche en fruits et légumes pour le risque de cancer n'est pas établi, il ne faut pas mettre en cause les conseils alimentaires donnés dans ce domaine car ils restent valables pour la prévention des maladies cardiovasculaires et du diabète.

L'influence sur la fréquence des cancers de la richesse en calories de l'alimentation a été constatée chez les animaux d'expérience, elle mérite des investigations plus approfondies chez l'homme car elle pourrait expliquer les différences d'incidence de certains cancers entre pays en développement et pays développés.

Pollution, environnement, traitement hormonal et agents infectieux

Les expositions professionnelles sont à l'origine de 3,7% des cancers chez l'homme et de 0,5% chez la femme. Ce pourcentage a tendance à diminuer dans les pays industrialisés grâce, notamment, à une meilleure hygiène du travail. Les chiffres trouvés pour la France sont voisins de ceux rapportés au Royaume-Uni.

Contrairement à certaines allégations, la proportion de cancers liés à la pollution de l'eau, de l'air et de l'alimentation est faible en France, de l'ordre de 0,5%, elle pourrait atteindre 0,85% si les effets de la pollution de l'air atmosphérique étaient confirmés ; cette dernière valeur serait proche de l'estimation faite au Royaume-Uni.

Les recherches doivent se poursuivre et les efforts pour lutter contre la pollution doivent continuer, notamment pour l'air atmosphérique, d'autant que celle-ci a, par ailleurs, des effets nocifs sur les systèmes respiratoire et cardio-vasculaire.

Il existe au cours de la cancérogenèse de nombreuses interactions entre différents agents cancérogènes (tabac-alcool, tabac-radon, virus hépatite B et aflatoxine, etc...). Il en existe aussi entre agents cancérogènes exogènes et endogènes. Peut-on arguer de ces interactions pour supposer un rôle de la pollution ? Ceci est concevable si l'agent polluant a un pouvoir cancérogène même faible, donc pour certains polluants atmosphériques qui pourraient accroître les effets du tabac ; cependant, les études épidémiologiques, sans exclure cette éventualité, montrent que cette interaction n'aurait qu'un impact limité, même pour les cancers du poumon. Par contre, quand les agents polluants n'ont pas d'effet cancérogène établi (par exemple, nitrates, pesticides, etc.), cette hypothèse apparaît très peu vraisemblable.

Chez les femmes, les traitements hormonaux de la ménopause sont à l'origine d'environ 2% des décès par cancer (essentiellement cancers du sein et de l'ovaire) ; ceci invite à limiter les indications et la durée de ces traitements.

Plusieurs infections augmentent le risque de cancer. Tout particulièrement le papillomavirus, transmissible sexuellement, pour le cancer du col de l'utérus et celui de la gorge, et les virus des hépatites B et C pour les cancers du foie. De nombreux lymphomes sont liés au virus d'Epstein-Barr. Environ 4,2 % des cancers seraient liés à une de ces infections.

Conclusions et prévention

Les données de ce rapport sur les fractions attribuables aux différents facteurs de risque peuvent aider les décideurs, mais ceux-ci doivent aussi prendre en compte les bénéfices éventuels des facteurs de risque quand ceux-ci en ont. Par ailleurs, une attitude de prudence pourrait amener à agir en situation d'incertitude, mais il faudrait alors préciser que les actions entreprises n'impliquent pas que les facteurs de risque soient considérés comme avérés.

Au total, ce rapport confirme l'extrême importance de quelques facteurs liés aux comportements individuels contre lesquels la prévention peut être très efficace. Il met aussi en lumière l'insuffisance de nos connaissances, il montre la nécessité d'études fondamentales et épidémiologiques et illustre la nécessité d'approches comportant une coopération étroite entre biologistes, épidémiologistes et cliniciens.

Pour en savoir plus, télécharger la version abrégée du rapport

(Reprise du rapport conjoint de l'Académie de Médecine, du Centre international de Recherche sur le Cancer et de la Fédération Nationale des centres de lutte contre le cancer, septembre 2007.)

Source : Alexandre Glouchkoff, Diététicien - Nutritionniste

SOURCE : Toute la diététique !

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