Les préceptes religieux peuvent-ils avoir un impact nutritionnel ?

lu 5281 fois

La France est un pays laïque où cohabitent différentes religions avec des règles alimentaires plus ou moins strictes. Leur impact sur la santé, en particulier celle de l'enfant, peut être bien réel, notamment dans les populations à risque du fait de leur précarité.

Les grandes religions de l’hexagone, le Christianisme, l’Islam et le Judaïsme, sont monothéistes. D’origine biblique, elles reposent pour partie sur les mêmes textes fondateurs -l’Evangile, le Coran, la Torahet prient le même Dieu.

Le Judaïsme

Le Judaïsme (15 millions d’adeptes dans le monde), religion la plus ancienne, édicte de nombreuses règles d’autodiscipline qui visent à maîtriser les passions et les désirs et mettre le corps au service de l’esprit. Les règles alimentaires ou Cacherout distinguent les animaux consommables (mammifères ruminants ayant le sabot fendu, poissons avec nageoires et écailles, volailles et oeufs) de ceux qui ne le sont pas (porc, lapin, prédateurs…). Des règles strictes d’abattage et de traitement des viandes sont à respecter. La viande cacher doit être exsangue, ce qui suppose un traitement par le sel ou le feu, et sans nerf sciatique.

Des carences en fer et un excès de sel seraient donc à craindre. Ce n’est pas le cas si les pratiquants consomment d’autres sources de fer autorisées : poissons, oeufs, lentilles… et rincent bien trois fois la viande selon les règles. L’interdiction de consommer les graisses péri-viscérales peut amener à supprimer de nombreux plats préparés et aliments industriels, mais le respect de cette consigne n’a aucun impact nutritionnel. Une source potentielle de carence pourrait venir de l’interdiction de consommer dans un même repas un produit carné et un produit laitier. La solution est de manger de la viande au repas principal et des laitages aux autres repas dont le goûter pour les enfants.

Le Christianisme : peu de règles alimentaires

Le Christianisme est né 2 000 ans plus tard. Religion majoritaire en France, reposant sur l’Ancien et le Nouveau Testament, avec 1 milliard de chrétiens dans le monde. Pour les Catholiques, la seule consigne est celle du Carême, période d’autolimitation des plaisirs alimentaires pendant les 40 jours précédant Pâques, du mercredi des Cendres au Jeudi Saint. Pendant le Carême, le pratiquant cherche à se détacher des questions matérielles et à se centrer sur l’essentiel pour s’ouvrir à Dieu et aux autres.

Le Carême est un temps fort spirituel sans conséquences nutritionnelles, si ce n’est bénéfiques dans certains cas. L’Eglise a historiquement prôné la consommation de poisson le vendredi pour compenser l’obligation de manger maigre (sans viande). Cette règle, qui n’est plus obligatoire, a laissé quelques traces dans la société française, notamment dans les cantines scolaires. Chez les Mormons, la consommation de viande est limitée, ce qui par excès peut aboutir au végétarisme voire au végétalisme, plus ennuyeux. Les Adventistes du 7e jour sont généralement ovo-lacto-végétariens.

Certains appliquent une grande partie des lois judaïques issues de l’Ancien Testament.

L’Islam

L’Islam (1,2 milliard de Musulmans dans le monde) prêchée par Mahomet, 600 ans après le christianisme, et fondée sur le Coran. Les interdits alimentaires concernant la viande présentent une grande similitude, bien que partielle, avec les règles judaïques. Le porc est interdit. L’animal doit être égorgé et saigné (viande halal). La question du fer se pose du fait de la consommation simultanée de thé. Autre consigne interprétée de manière variable : l’interdiction de boire de l’alcool.

Le Ramadan concerne tous les Musulmans ayant atteint l’âge de la puberté, excepté les malades, les femmes enceintes, allaitantes ou pendant leur menstruation, les voyageurs et impose un jeûne de deux heures avant le lever du soleil jusqu’au coucher du soleil.

Ce jeûne vise à élever l’esprit au-dessus des biens matériels. Mais il n’implique pas de faire des agapes sucrées et grasses durant toute la nuit. Chez les pratiquants une déshydratation et une perte de poids la première semaine et un gain de poids (3,5 kg en moyenne) les deux dernières semaines sont fréquents.

Les religions d’origine indienne et asiatique

Les Bouddhistes sont végétariens, ce qui ne présente pas d’inconvénients. Les végétaliens excluent aussi le lait et les oeufs. En cas de précarité, cette pratique peut conduire à des carences. Les hindouistes sont végétariens; certains ne refusent que le porc et les bovins; d’autres excluent volailles et oeufs, d’autres encore vont jusqu’à refuser tout aliment pouvant avoir une couleur évoquant le sang : tomates, betteraves, lentilles…. Les sikhs intègrent de manière variable les préceptes hindouistes et islamistes dans le cadre d’une religion monothéiste. Il n’y a pas d’interdits alimentaires dans le Confucianisme, le Shintoïsme ni le Taoïsme.

En conclusion

Les pratiques religieuses n’ont d’impact nutritionnel qu’en cas de déviances. Cellesci procèdent soit de l’exagération ou de la mauvaise application des règles, soit de l’inadaptation de l’alimentation quotidienne, notamment du fait de la précarité. Il faut trouver les moyens de rééquilibrer cette alimentation en respectant les préceptes religieux mais pas forcément les convictions parfois erronées. Ce qui revient à suggérer des aliments autorisés et, pour conseiller des pratiques conformes, on peut s’adresser aux responsables religieux.

(Dr Jean-Pierre Chouraqui, CHU de Grenoble, CERIN)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Cela pourrait vous intéresser

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s