Les positions du GROS sur la prévention du surpoids et de l'obésité

lu 2863 fois

L'association GROS (Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids) réfléchit à la nature des difficultés que doivent affronter les personnes en souffrance avec leur poids, leurs formes corporelles et leur comportement alimentaire, aux solutions qui leur sont proposées, et à ce qui est susceptible de les aider véritablement. Bien entendu, nous n'avons pas la prétention d'avoir tout compris, ni d'être en possession de méthodes infaillibles...

Les positions du GROS sur la prévention du surpoids et de l’obésité Mais il nous semble qu’au fil du temps, nos idées s’éclaircissent et qu’il nous est désormais possible d’offrir une synthèse de nos réflexions. La voilà :

Existe-t-il des obésités diététiques ?

Selon la majorité des travaux, dans l’état actuel des connaissances, la prise de poids au-delà du poids d’équilibre est essentiellement dépendante de l’apport calorique global et n’est pas influencée par le pourcentage de glucides, lipides ou protides. Il semble plutôt que toutes les calories se valent dans le gain de poids, quelle que soit la nature des nutriments.

Si la prise de poids est possible quelle que soit la nature des calories surconsommées, il est erroné de considérer l’obésité comme une conséquence d’erreurs diététiques, par exemple d’un pourcentage élevé de lipides, ou de glucides, dans la ration alimentaire.

Il existe cependant des cas particuliers. Tout d’abord, il se pourrait, d’après certaines études récentes, que la nature des lipides consommés influence le développement du tissu adipeux.

Ensuite, lorsque des carences nutritionnelles (ou des déficits) apparaissent, quelles qu’en soient les causes (sédentarité, monotonie alimentaire, végétarisme, alimentation non choisie par une population captive), cela pourrait entraîner une réponse compensatoire de l’organisme. Celle-ci aboutirait à des surconsommations alimentaires dans le but de réparer les déficits nutritionnels.

Place du conseil diététique

Le conseil diététique n’a pas fait la preuve de son efficacité dans le traitement du surpoids et de l’obésité. Certains problèmes de santé liés par exemple à des maladies métaboliques, des allergies alimentaires, une insuffisance rénale, une hypertension artérielle, relèvent du conseil diététique. Mais il convient de différencier l’abord diététique de ces maladies d’un effort d’amaigrissement. Ceci doit être précisé clairement lors de la prise en charge d’un patient.

Nous considérons par ailleurs que des conseils diététiques d’ordre général, tels qu’ils sont délivrés à l’ensemble de la population, n’ont aucune pertinence au niveau individuel.

La satisfaction des besoins individuels, sur laquelle est fondée la notion d’équilibre alimentaire, peut être obtenue par le respect des sensations alimentaires, qui sont l’expression des besoins individuels.

De façon générale, il importe de restaurer les systèmes de régulation énergétique et nutritionnelle qui assurent le contrôle de notre comportement alimentaire. Cette restauration des systèmes physiologiques est favorisée et renforcée par l’éducation alimentaire, que l’on doit distinguer de l’information nutritionnelle telle qu’elle est effectuée par les campagnes de prévention. L’éducation alimentaire consiste à civiliser l’acte alimentaire, à permettre le partage, la convivialité, la consommation d’aliments riches d’une culture, dans l’écoute et le respect des sensations et des émotions alimentaires de chacun.

Place de l’approche corporelle

Le déséquilibre de la balance énergétique peut correspondre à un mauvais ajustement des apports caloriques qui ne s’adaptent plus à une diminution des dépenses énergétiques. La diminution de l’activité physique, la réduction ou l’arrêt d’une activité sportive régulière peuvent conduire à une difficulté à respecter les besoins de l’organisme et se traduire par une prise de poids.

Il peut être utile d’inciter les personnes en surpoids à pratiquer une activité physique ou sportive. Le but recherché alors ne sera pas un amaigrissement, mais un mieux-être et une meilleure prise de conscience du corps.

Diverses approches corporelles peuvent être utilisées pour améliorer la relation au corps, l’estime de soi et favoriser l’expression des émotions. Les techniques de respiration et de relaxation permettront un renforcement de la proprioception, une meilleure appréciation du schéma corporel, l’amélioration des relations du corps avec le temps, l’espace et les autres.

Comment devient-on obèse ?

Dans la plupart des cas, l’augmentation de la masse grasse, qui définit le surpoids ou l’obésité, est consécutive à un apport calorique dépassant les besoins énergétiques de l’individu survenant sur un terrain génétiquement prédisposé.

Cette surconsommation peut survenir, soit parce que les sensations de faim du sujet augmentent, soit parce que le sujet mange sans respecter ses sensations de faim.

L’augmentation pathologique des sensations de faim peut survenir dans certaines situations bien identifiées, comme certaines maladies, certains traitements médicamenteux, dans le cas de tumeurs cérébrales ou de lésions du 3ème ventricule.

Dans certains cas, peu fréquents et qui nécessitent encore d’être mieux documentés, la masse grasse pourrait s’accroître sans augmentation de l’apport calorique global. Dans ce cas, le surpoids pourrait être consécutif à une modification des rendements énergétiques. On évoque les augmentations du cortisol, l’activation du système sympathique ou encore la composition d’une flore intestinale qui modifie l’absorption des nutriments.

Causes des surconsommations

La principale cause des surconsommations alimentaires réside dans le non respect des sensations alimentaires. Plusieurs facteurs entrent en jeu :

  • L’insatisfaction corporelle qui caractérise nos sociétés, associée à un investissement majeur du corps, de sa forme et de son apparence, aboutit à un défaut de l’image de soi et un besoin excessif de conformité. Cela incite au renforcement des comportements de restriction qui, à court, moyen ou long terme, par le biais des effets rebonds, peut occasionner des prises de poids irréversibles. Nous attirons notamment l’attention sur les dangers que courent les enfants dont les parents adoptent des comportements de restriction dans un but préventif.
  • La surconsommation alimentaire peut avoir pour fonction de restaurer l’équilibre émotionnel au détriment de l’équilibre énergétique.
  • Des carences affectives peuvent conduire certains enfants à prendre du poids pour exister aux yeux de leurs parents.
  • La perte des savoir-faire alimentaires et les déficits d’éducation alimentaire ne permettent plus de d’étayer les systèmes physiologiques de la régulation énergétique.
  • Les campagnes d’information nutritionnelle, qui bien souvent tiennent lieu de seule éducation alimentaire, contribuent à détourner l’individu des signaux corporels de faim, de rassasiement, et de ses appétits spécifiques.
  • La pression consumériste exercée par les industriels de l’agroalimentaire pousse à consommer en quantité.
  • Des traumatismes graves, tels que des abus sexuels ou des maltraitances, aboutissent parfois à se couper de sa sensorialité, en partie ou en totalité.

Peut-on guérir de l’obésité ?

Lorsque les surconsommations alimentaires entraînent une hypertrophie adipocytaire, le surpoids est réversible. Dans ce cas la guérison passe par un changement de comportement.

Lorsque les surconsommations alimentaires entraînent une hyperplasie adipocytaire, le surpoids n’est pas réversible. Il s’agit dans ce cas d’une maladie du tissu adipeux qui aboutit à une augmentation du poids d’équilibre, ou set-point. Il n’existe actuellement aucun moyen médical qui permet de remédier à cette situation. Dans ces cas, il n’est possible de se maintenir au-dessous du set-point qu’en supportant une augmentation des sensations de faim. La prise de poids résulte généralement d’une combinaison des deux processus, hypertrophique et hyperplasique. La prépondérance des processus, l’un par rapport à l’autre, est essentiellement déterminée par des facteurs génétiques. Il n’est pas possible d’en prédire le degré de réversibilité.

Ces nouvelles données devraient conduire le corps médical à renoncer à considérer la normalisation du poids comme un objectif thérapeutique. Le seul objectif possible, dans l’état actuel de la science, consiste à intervenir sur les causes des surconsommations alimentaires. La diminution ou la disparition de celles-ci entraîne donc des résultats aux conséquences pondérales incertaines.

Les résistances psychologiques à l’amaigrissement

Le gros corps est une forme de mémoire. Perdre du poids c’est rompre un équilibre psychique et c’est en quelque sorte remonter le temps. On réveille en maigrissant des souvenirs sensori-moteurs, et on doit alors affronter les éléments qui ont été sources de prise de poids.

Maigrir oblige aussi parfois à renoncer à un personnage social, à des mécanismes de défense contre la séduction et la vie sexuelle.

Enfin, dans la mesure où on s’avère incapable de concrétiser ses attentes, la perte pondérale peut conduire dans certains cas à une faillite de l’estime de soi.

On conçoit que surmonter ces obstacles, qui imposent un changement en profondeur, nécessite dans nombre de cas un accompagnement psychothérapeutique.

Principes directeurs de la prise en charge du surpoids et de l’obésité.

La prescription alimentaire ne peut être considérée comme une prise en charge satisfaisante du surpoids. Cette prise en charge doit consister à restaurer un comportement alimentaire principalement contrôlé par les sensations alimentaires. Pour cela, il est nécessaire d’articuler cette prise en charge autour de trois axes :

  • Le traitement de la restriction cognitive. Il s’agit de remplacer un contrôle principalement mental du comportement alimentaire par un contrôle principalement sensoriel. La personne en difficulté doit parvenir à dédiaboliser les aliments, à les placer tous sur le même plan. En effet, lorsque certains aliments ou certaines catégories d’aliments sont diabolisés, ils sont consommés avec une charge émotionnelle négative; la perception et la prise en compte des sensations de rassasiement devient alors impossible.
  • Le traitement de l’impulsivité alimentaire, qui consiste à rendre le patient plus tolérant à ses émotions. Il s’agit de l’aider à trouver des alternatives aux prises alimentaires, qu’il utilise pour réduire ses tensions émotionnelles.
  • L’acceptation de soi se justifie à deux titres. En premier lieu, certains patients ne pourront pas guérir de leur obésité. Il leur faudra apprendre à retrouver une estime de soi et accepter de vivre avec un corps qui inspire le rejet dans une société obésophobe. En second lieu, cette peur du rejet social, aussi bien chez les sujets minces que gros, augmente l’impulsivité alimentaire et le risque d’instaurer et renforcer des comportements de restriction. Elle est un facteur majeur de surconsommation, et d’apparition ou d’aggravation d’un surpoids. La lutte des pouvoirs publics contre la stigmatisation des obèses est à envisager comme un moyen pour faciliter l’acceptation de soi.
La prise en charge des personnes en difficulté avec leur poids et leur comportement alimentaire est complexe. Elle demande du temps, nécessite des savoir-faire multiples de la part des praticiens, et peut conduire à la mise en place de co-thérapies mobilisant des thérapeutes de formation différente travaillant en complémentarité.

SOURCE : Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s