Les polyphénols antioxydants du café sont actifs au niveau cérébral

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La consommation de café a des effets bien connus sur le cerveau. Elle augmente la vigilance, la concentration, les capacités d'apprentissage, elle stimule l'attention, diminue le temps de réaction et améliore nos capacités d'encodage mnésique. A l'inverse, elle peut perturber le sommeil (1)...

Il a également été montré que la consommation de café tout au long de la vie pouvait retarder le déclin cognitif lié à l'âge, en particulier chez la femme et qu'elle pourrait également réduire le risque de développer une maladie de Parkinson ou d'Alzheimer (2-4).

Jusque là, la plupart des études ont suggéré que la substance responsable de ces effets était la caféine contenue dans le café puisque la caféine testée seule était efficace alors que souvent le café décaféiné ne montrait aucun des effets cités ci-dessus.

La caféine pourrait activer la plasticité cérébrale dans l'hippocampe

Les mécanismes sous-jacents aux effets de la caféine dans la prévention des pathologies cérébrales restent mal compris et sont souvent uniquement attribués à ses propriétés d'antagoniste des récepteurs de l'adénosine. Une étude préclinique récente pourrait avoir mis le doigt sur un nouveau mécanisme. Ainsi, lorsque des rats reçoivent une supplémentation en caféine dans leur eau de boisson (5 mg/kg/jour correspondant à 3 tasses de café par jour) entre 4 et 10 mois, ils maintiennent à 10 mois de meilleures performances d'apprentissage et de mémoire que ceux qui ne reçoivent que de l'eau du robinet. Mais, surtout, l'exposition à la caféine stimule la croissance de certains prolongements neuronaux, les dendrites et celle des épines dendritiques, petites excroissances présentes sur les dendrites et indices de plasticité neuronale. Ce phénomène a été observé dans l'hippocampe, structure cérébrale très impliquée dans les processus de mémoire. Ce travail suggère que la plasticité observée au niveau de l'hippocampe chez les rats exposés à la caféine pourrait représenter un substrat anatomique sous-jacent à la prévention du déclin cognitif par la consommation de café et de caféine tout au long de la vie (5).

Par ailleurs, quelques études récentes semblent suggérer que d'autres constituants du café, notamment les polyphénols antioxydants et en particulier les acides chlorogéniques, auraient un effet direct sur le cerveau.

La supplémentation en café vert décaféiné stimule le métabolisme cérébral

Dans cette étude les auteurs ont testé un extrait de café vert décaféiné disponible dans le commerce, le Svetol®. Ce supplément contient 40-45 % d'acides chlorogéniques dont 15 % d'acide 5-caféol-quinique, l'acide chlorogénique majeur du café. Les souris ont consommé l'équivalent de 430 mg/jour de cet extrait (la dose humaine recommandée est de 400 mg/jour) entre 3 et 8 mois. Ce traitement a amélioré le métabolisme énergétique mitochondrial cérébral et a modulé l'activité de nombre de gènes impliqués dans le métabolisme cérébral. Comme le déclin cognitif est corrélé à un métabolisme énergétique cérébral perturbé, à une augmentation du stress oxydatif et à une diminution de la fonction synaptique (6), les auteurs suggèrent le développement et l'utilisation de ce type de préparation pour lutter contre le déclin cognitif lié à l'âge (7).

Les antioxydants du café améliorent la cognition chez le sujet âgé

Une étude pilote récente a comparé les effets de l'absorption de 3 tasses de café normal, de café décaféiné enrichi ou non en acides chlorogéniques ou d'un placebo sur les performances cognitives de 39 sujets âgés de 53-79 ans. Comparé au café décaféiné ayant une teneur normale en acides chlorogéniques ou au placebo, le café normal a exercé des effets positifs marqués sur l'humeur et l'attention. Le café décaféiné enrichi en acides chlorogéniques a également, mais à un degré moindre, amélioré l'humeur et les performances. Ce type de café a surtout stimulé l'attention, et réduit les maux de tête et la fatigue mentale liée à la réalisation des tests. Cette petite étude pilote suggère donc que les antioxydants du café comme les acides chlorogéniques pourraient exercer certains effets sur le cerveau et la cognition, en particulier chez le sujet vieillissant et méritent des investigations plus poussées (8).

Une autre étude épidémiologique s'est intéressée aux différents composants du régime méditerranéen sur la cognition chez le sujet âgé. L'étude a été menée dans la région de Barcelone sur un groupe de 447 sujets (52 % de femmes) âgés de 55-80 ans, asymptomatiques mais à risque cardiovasculaire élevé. La consommation de certains types d'aliments et de boissons était associée à une amélioration de la fonction cognitive. Parmi ceux-ci on retrouve uniquement l'huile d'olive, les noix, le vin et le café. Le café était associé significativement à une amélioration de la mémoire verbale après un délai. De même la concentration urinaire de polyphénols était associée à de meilleurs scores en mémoire verbale immédiate. Ainsi, la consommation d'aliments et boissons riches en antioxydants en général et en polyphénols en particulier semble améliorer les performances cognitives chez le sujet âgé à risque cardiovasculaire élevé. Ces données suggèrent que le régime méditerranéen pourrait avoir une influence positive sur le déclin cognitif lié à l'âge (9).

Conclusion

Les données de toutes ces études récentes suggèrent que l'effet préventif du café sur le déclin cognitif lié à l'âge pourrait ne pas être lié uniquement à la caféine contenue dans le café mais aussi à la présence des polyphénols antioxydants dont le rôle a besoin d'être étudié plus avant. Enfin, la consommation régulière de café pourrait stimuler le métabolisme cérébral et enrichir les réseaux neuronaux nécessaires à nos activités cognitives.

Références

  1. Nehlig A. Is caffeine a cognitive enhancer? J Alzheimers Dis 2010 ; 20 Suppl 1 : S85-94.
  2. Ritchie K, et al. The neuroprotective effects of caffeine: a prospective population study (the Three City Study). Neurology 2007 ; 69 : 536-45.
  3. Costa J, et al. Caffeine exposure and the risk of Parkinson's disease: a systematic review and meta-analysis of observational studies. J Alzheimers Dis 2010 ; 20 Suppl 1 : S221-38.
  4. Santos C, et al. Caffeine intake and dementia: systematic review and meta-analysis. J Alzheimers Dis 2010 ; 20 Suppl 1 : S187-204.
  5. Vila-Luna S, et al. Chronic caffeine consumption prevents cognitive decline from young to middle age in rats, and is associated with increased length, branching, and spine density of basal dendrites in CA1 hippocampal neurons. Neuroscience 2012 ; 202 : 384-95.
  6. Vanguilder HD, et al. The hippocampal neuroproteome with aging and cognitive decline: past progress and future directions. Front Aging Neurosci 2011 ; 3 : 8.
  7. Ho L, et al. Dietary supplementation with decaffeinated green coffee improves diet-induced insulin resistance and brain energy metabolism in mice. Nutr Neurosci 2012 ; 15 : 37-45.
  8. Cropley V, et al. Does coffee enriched with chlorogenic acids improve mood and cognition after acute administration in healthy elderly? A pilot study. Psychopharmacology (Berl) 2012 ; 219 : 737-49.
  9. Valls-Pedret C, et al. Polyphenol-Rich Foods in the Mediterranean Diet are Associated with Better Cognitive Function in Elderly Subjects at High Cardiovascular Risk. J Alzheimer's Dis 2012 Feb 20. [Epub ahead of print].

(Santé et café : Newsletter n°57 - Avril 2012)

SOURCE : Expressions Santé

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