Les polémiques autour du lait : pas de quoi renverser son bol !

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Interview du Dr David Elia - gynécologue à Paris - qui s'inquiète des nombreuses polémiques sur les bienfaits et les méfaits éventuels de la consommation du lait et des produits laitiers et leurs l'influences sur l'ostéoporose. Entretien avec Nutrinews Hebdo.

« Les polémiques autour du lait : pas de quoi renverser son bol ! » - Crédits photo : www.produits-laitiers.comVous avez signé dans la revue médicale Genesis un éditorial sur « Qui a peur du grand méchant lait » ? Le gynécologue est un peu en colère ?

Et plein d’ironie. C’est venu progressivement. J’entends de plus en plus de patientes me parler de la « nocivité » du lait, comme s’il s’agissait d’un poison violent, en vente avec le soutien des autorités de santé. Le Programme national nutrition santé (PNNS) ne recommande-t-il pas de consommer en moyenne trois produits laitiers par jour ? Cela semblait raisonnable à tout le monde. Mais depuis quelques années, on assiste à un tir nourri d’arguments prétendument scientifiques contre le lait. Beaucoup de nos patientes nous font part de leur inquiétude... J’ai décidé d’aller y voir de plus près.

Et qu’avez-vous vu ?

D’abord, j’ai trouvé la liste interminable des maux auxquels on s’exposerait en buvant du lait. Je résume et j’en oublie sans doute : acné, eczéma, asthme, rhinites, otites, sinusites, bronchites, mycoses vaginales, candidoses intestinales, jambes lourdes, douleurs des articulations, ostéoporose, et même cancers divers, diabète, maladies cardiovasculaires, maladies de l’immunité ! Ne souriez pas : la kyrielle de toutes ces misères a été propagée par les écolo-polémistes du lobby anti-lait. A les entendre, le lait est... un poison violent !

Qu’y a-t-il de vrai ?

Je me suis d’abord occupé des accusations les plus graves. Pour les hommes - ça m’intéresse aussi, évidemment -, ce serait le risque de cancer de la prostate. J’ai consulté les travaux scientifiques : un peu de bruit, mais vraiment pas de quoi affoler la gent masculine ! Pour les femmes, ce serait le risque de cancer du sein qui augmenterait. Même réponse : les études sont rassurantes.

Que reste-t-il alors de la polémique ?

Absolument rien. Il n’y a vraiment pas de quoi renverser son bol de lait ! Ce fatras d’accusations n’a aucune base scientifique C’est de la pure intox et, malheureusement, de plus en plus de femmes y sont sensibles. Je conseille à mes confrères médecins de ne pas hésiter à remettre les pendules à l’heure laitière...

Que dites-vous à vos patientes ?

La vérité, assortie de conseils de bon sens. Le lait apporte du calcium, des protéines et des vitamines. Il permet lors de l’enfance et de l’adolescence d’acquérir des os solides, même s’il n’est pas une garantie contre l’ostéoporose (aucun aliment ni médicament ne peut la fournir) : la génétique est reine en ce domaine comme en bien d’autres. Il apporte aussi des graisses et donc des calories (même si le plus consommé est le lait demi-écrémé). Dans nos pays, nous croulons sous les calories, le sucre, le gras, les protéines...

Pas question de nier que les problèmes cardiovasculaires puissent être en rapport avec des apports excessifs de graisses animales. Mais au lieu de dénigrer les produits laitiers avec des arguments mensongers, on peut certainement encourager une consommation modérée, conforme aux recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS). Il ne s’agit pas de mettre le lait au-dessus de tout et de lui conférer un pouvoir absolu de bonne santé, mais de lui conserver sa place légitime dans une alimentation équilibrée et variée.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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