Les personnes obèses sont victimes de discrimination, même de la part de professionnels de la santé

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Tapez « obèses » dans l'outil de recherche d'images de Google. Le résultat est stupéfiant. L'écran se remplit aussitôt de photos montrant des personnes immenses, en tenue négligée, dans des vêtements trop petits laissant déborder des amas de chair, attablées devant des montagnes de nourriture, affalées devant un téléviseur ou placées dans des situations ridicules ou dégradantes. «Sans rien connaître d'une personne obèse, on pose un jugement sur ses comportements à partir de son apparence. Mais quel crime si grave les personnes obèses ont-elles donc commis pour être ainsi jugées ? »

Voilà la question coup de poing posée par l'étudiante-chercheuse Karine Gravel lors de la conférence qu'elle et la professeure Simone Lemieux, du Département des sciences des aliments et de nutrition, ont présentée le 17 mai devant les membres de l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels.

La discrimination envers les personnes obèses est omniprésente dans notre société. Qu'une plus grande partie de la population soit maintenant composée d'obèses ne rend pas la chose plus acceptable, semble-t-il. Une étude réalisée en 1961 révélait que des enfants d'âge scolaire préféraient avoir un ami en béquilles, en chaise roulante, dépourvu de mains ou balafré plutôt qu'un ami obèse. Répétée 40 ans plus tard, l'expérience a livré des résultats encore plus dévastateurs pour les enfants trop gros. « La prévalence de la discrimination en lien avec le poids était de 7 % en 1995. En 2005, elle atteignait 12 %, signale Simone Lemieux. Contrairement à d'autres conditions qui affectent la santé physique et psychologique des personnes, l'obésité est perçue très négativement dans notre société. »

Même si les personnes obèses souffrent psychologiquement de leur état, elles trouvent bien peu de compassion dans l'oeil de l'autre. La professeur Lemieux a cité en exemple une étude américaine menée auprès d'enseignants et d'infirmières travaillant dans des écoles secondaires qui montrait que 46 % des répondants estimaient que les obèses ne peuvent être de bons conjoints pour une personne de poids normal et que 28 % pensent que devenir obèse est l'une des pires choses qui puissent arriver à une personne dans sa vie. À l'échelle des malheurs humains, l'obésité surclasse bien d'autres problèmes pourtant affligeants. Ainsi, une proportion étonnante de personnes de poids normal préférerait vivre 10 ans de moins (18 %), divorcer (36 %), être incapable d'avoir des enfants (27 %) ou souffrir de dépression majeure (21 %) plutôt qu'être obèse.

Les professionnels de la santé ne prêchent pas par l'exemple. Les personnes qui souffrent d'obésité disent avoir été victimes de stigmatisation de la part de médecins (69 %), d'infirmières (46 %), de nutritionnistes (37 %) et de psychologues (21 %). Résultat : elles moins enclines à consulter un professionnel de la santé. Ajouter à cela que la discrimination les rend plus susceptibles de s'isoler, de ne pas pratiquer d'activités physiques, d'adopter des comportements alimentaires nocifs, de souffrir d'une faible estime de soi et de dépression, et le cercle vicieux est bouclé. « Comme professionnel de la santé, il est inacceptable de faire preuve de discrimination envers les personnes obèses, ne serait-ce que parce que cette attitude nuit à l'optimisation de leur état de santé », souligne Karine Gravel.

L'étudiante-chercheuse a rappelé que les professionnels de la santé pouvaient opter pour des stratégies simples afin de réduire la discrimination en lien avec le poids corporel : agir de la même façon qu'avec une personne non obèse, considérer que le patient a probablement vécu des expériences de discrimination dans le passé, explorer toutes les causes potentielles du problème pour lequel le patient consulte et pas uniquement son problème de poids, reconnaître la difficulté de changer des habitudes de vie à long terme - le taux d'échec de 95 % des régimes amaigrissants en faisant foi. À cette liste, il faudrait aussi ajouter la capacité de se libérer de l'insidieuse norme sociale du corps parfait véhiculée par les médias, qui associe maîtrise de l'image corporelle, réussite et bonheur. « Ça ne va pas de soi, mais si les professionnels de la santé n'y parviennent pas, qui le fera ? », demande Simone Lemieux.

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 46 - numéro 31 - 26 mai 2011)

SOURCE : Université Laval

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