Les pédiatres en première ligne pour la santé osseuse

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Les pédiatres en première ligne pour la santé osseuse

L’Académie américaine de pédiatrie veut empêcher les générations à venir de se rompre les os. Dans un rapport détaillé, elle rappelle aux médecins : c’est dès l’enfance et l’adolescence que l’on peut et doit agir pour acquérir une masse osseuse optimale. Et pour limiter les facteurs de risque qui, un jour ou l’autre, peuvent affecter la santé osseuse.

On estime qu’en 2020, la moitié des Américains de plus de 50 ans seront à risque de fracture ostéoporotique. Il n’y aurait rien à faire si l’ostéoporose était une fatalité liée à l’âge. Or, souligne l’Académie américaine de pédiatrie, l’ostéoporose prend ses racines dans l’enfance et l’adolescence. La masse osseuse acquise tôt dans la vie est un déterminant primordial de la santé des os tout au long de l’existence. Et c’est un déterminant modifiable, sur lequel on peut intervenir.

La minéralisation des os commence dès la grossesse et, de la naissance à l’âge adulte, le contenu minéral osseux va être multiplié par 40. Le pic de masse osseuse - le maximum qu’il est possible d’acquérir - est atteint vers la vingtième année. L’enfance et l’adolescence sont donc des périodes critiques pour la minéralisation : tout ce qui gêne ou ne favorise pas l’acquisition d’un pic de masse osseuse optimal augmente le risque de fracture. Pour plus tard dans la vie, ou à tout autre moment, car l’ostéoporose n’est pas entièrement réservée aux personnes âgées...

Bien sûr, la génétique intervient pour expliquer les différences de masse osseuse d’une personne à l’autre. Mais on n’a pas encore identifié de gènes spécifiquement impliqués. Il reste, pointent les pédiatres américains, que l’on peut agir sur de nombreux facteurs : le calcium, la vitamine D, les protéines, le sodium, les boissons gazeuses du type sodas, l’exercice physique, lemode de vie, le poids corporel, le statut hormonal...

A côté de l’indispensable calcium...

On trouve au premier rang l’indispensable calcium: 99% du calcium du corps est dans le squelette. Le lait, rappellent les pédiatres, est associée à un plus grand contenu minéral osseux et à un moindre risque de fracture à l’âge adulte. Le lait et les produits laitiers fournissent jusqu’à 80% des apports de calcium après l’âge de 1 an. Le reste provient des légumes, noix, céréales enrichies, voire jus de fruits, observent les pédiatres américains. Les légumes fournissent environ 7 % du calcium, et il en faut des quantités énormes. Quant aux céréales, certaines contiennent des phytates, qui diminuent l’absorption du calcium.

Entre 9 et 18 ans, 1300 mg de calcium par jour sont recommandés aux Etats-Unis (un quart de litre de lait, un yaourt ou un fromage blanc en fournissent environ 300 mg). Les apports moyens des ados et pré-ados américains sont de 875 mg par jour. A peine 15% d’entre eux (et seulement 9% des filles) consomment 3 produits laitiers ou plus par jour. La consommation de lait a diminué en même temps que celle de sodas augmentait, déplorent les pédiatres, et il y a beaucoup de mythes à pourfendre. Comme celui du lait « qui fait grossir », alors que chaque soda apporte tranquillement ses 140 kcalories. Comme celui des « laits » d’amande ou de soja qui ne contiennent naturellement que très peu de calcium. Comme celui de l’intolérance au lactose, beaucoup plus rare et plus relative qu’on le dit: souvent, de petites quantités de lait peuvent être tolérées. Enfin, d’après une synthèse récente des études, le calcium en comprimés semble avoir peu d’effet sur la masse osseuse chez l’enfant. Reste la solution d’une alimentation équilibrée et riche en produits laitiers, avec un triple avantage : le calcium est mieux assimilé, on profite de tous les autres nutriments des produits laitiers et on prend de bonnes habitudes pour toute la vie !

... beaucoup d’autres facteurs jouent un rôle

Il faut aussi de la vitamine D. Sans elle, seulement 10 à 15 % du calcium serait absorbé. La principale source est le soleil, avant l’alimentation (huile de foie de morue, poissons gras...). Aux Etats-Unis, beaucoup d’aliments sont enrichis en vitamine D : lait, fromage, yaourts, jus, céréales... L’Académie de pédiatrie ne recommande pas le dépistage systématique des déficiences, car rien ne prouve aujourd’hui qu’il permettrait de diminuer le risque de fracture chez les petits Américains. Rien ne prouve par ailleurs le bénéfice santé des sodas, au contraire, et rien n’autorise à leur faire prendre la place du lait, sous peine d’avoir des apports insuffisants de calcium et de vitamine D. De plus, une alimentation trop pauvre en protéines, ou encore trop riche en sodium, diminue la rétention du calcium.

L’activité physique est au contraire favorable à la masse osseuse: plus que la natation ou le cyclisme, c’est la marche, le jogging, la course, le saut et la danse qui sont recommandés pour les os. Avec modération toutefois : plus de 8 heures par semaine d’activités sportives augmente le risque de fractures. A tous âges, le tabac, le café et l’alcool sont réputés défavorables à la masse osseuse. De même qu’un poids corporel excessif. La densité minérale osseuse est corrélée à l’indice de masse corporelle (IMC). La masse maigre est favorable, alors que l’excès de masse grasse peut augmenter le risque de fracture. Mais attention au culte de la minceur, surtout chez les jeunes filles. Sans parler du pire (l’anorexie), les restrictions alimentaires sont à risque, car elles retentissent notamment sur la densité minérale osseuse.

(American Academy of Pediatrics. Clinical report 2014 “Optimizing Bone Health in Children and Adolescents”.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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