Les Oméga 3 et la femme enceinte ou allaitante

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Depuis plus de 20 ans, l'étude du métabolisme et du rôle des acides gras polyinsaturés (AGPI) des familles Oméga 3 et Oméga 6 a été l'un des domaines de recherche en nutrition pédiatrique les plus actifs. Cette synthèse bibliographique vise à illustrer le rôle fondamental de la nutrition maternelle et du statut en Oméga 3 sur le développement du foetus et du nourrisson.

« Les Oméga 3 et la femme enceinte ou allaitante » - Crédit photo : www.radio-canada.ca De nombreux travaux ont ainsi porté sur la couverture des besoins en Oméga 3 (DHA) du foetus et du nourrisson. Ainsi, aujourd’hui, les recommandations d’apports nutritionnels en acides gras essentiels (Oméga 3 et Oméga 6) sont bien établies et toutes les formules de lait infantile pour nourrissons contiennent des quantités adéquates d’acide linoléique (Oméga 6) et α-linolénique (Oméga 3).

Leur rôle essentiel dans la croissance et le développement du nouveau-né, notamment de son système nerveux, est incontesté. Le rôle et l’importance des oméga 3 au cours de la grossesse et de l’allaitement pour le développement du foetus et du nourrisson sont donc essentiels, et plus particulièrement :

  • Sur les rôles structuraux (le cerveau et la rétine) et physiologiques (notamment le développement) des Oméga 3 chez le foetus et chez le nouveau-né,
  • Sur l’importance du placenta dans le transfert des Oméga 3 et des Oméga 6 vers le foetus,
  • Sur les adaptations du métabolisme maternel dans l’unique objectif de répondre aux besoins nutritionnels supplémentaires du foetus, en plein développement,
  • Sur l’intérêt du lait maternel source unique en nutriments indispensables après la naissance et l’influence de l’alimentation maternelle dans sa composition,
  • Et finalement sur l’impact du statut maternel sur le développement du nourrisson.

Pour commencer, un bref rappel sur ces deux familles d’acides gras essentiels, les Oméga 3 et les Oméga 6 : ce qu’ils sont, leurs rôles et l’importance du rapport Oméga 6 / Oméga 3 alimentaire.

Les Oméga 3 et les Oméga 6, deux familles d’acides gras indispensables

Les Oméga 3 et les Oméga 6, encore appelés Acides Gras Polyinsaturés (AGPI) sont des constituants naturels des graisses animales et végétales. Les premières connaissances physiologiques sur leur caractère essentiel ont été acquises dès les années 1970, leur carence occasionnait des troubles de la vision et du fonctionnement cérébral plus généralement. A cette époque, on parlait globalement de vitamine F. Depuis, la recherche avançant, on a distingué deux types de nutriments que l’on a baptisés : Oméga 3 et Oméga 6. La distinction entre ces deux familles correspond non seulement à des structures chimiques différentes mais également à des effets physiologiques différents et souvent antagonistes.

La famille des Oméga 3

Il faut bien parler de famille car il existe de nombreux Oméga 3 avec des rôles et des origines différents. Ainsi, il convient d’utiliser le terme "d’acide gras indispensable" pour le seul précurseur : l’acide α-linolénique (ALA) ou chef de file de la famille des Oméga 3. Lui seul est essentiel pour la croissance normale et les fonctions physiologiques de nombreux tissus, mais l’Homme (ou l’animal d’ailleurs) ne sait pas le synthétiser il doit donc obligatoirement être apporté par notre alimentation, tout comme les vitamines.

On le retrouve majoritairement dans le règne végétal et notamment dans les graines de lin, les légumes à feuille verte (notamment la mâche et le pourpier) mais surtout l’huile de colza et les matières grasses à base de colza et les noix.

Les animaux et l’Homme peuvent ensuite transformer ce chef de file (l’acide α-linolénique) pour produire avec une plus ou moins bonne efficacité toute une série d’autres acides gras de la famille des Oméga 3. Cette efficacité est également appelée rendement de conversion. Ce rendement va dépendre du sexe, de l’état physiologique ou physiopathologique, de l’âge et du régime alimentaire. Ces autres Oméga 3, (encore appelés Acides Gras Polyinsaturés à Longue Chaîne) sont pour les plus connus d’entre eux : le DHA (ou acide docosahexaénoïque) et l’EPA (acide eicosapentaénoïque).

Le rendement de conversion étant limité dans l’organisme, l’apport en ces acides gras doit être complété par une alimentation variée : les principales sources alimentaires en Oméga 3 dits longues chaînes sont les poissons gras tels que le maquereau, la sardine, le saumon, le thon, les anchois ou le hareng.

Cette famille d’acides gras a des rôles très divers dans notre organisme. Ils interviennent dans la composition de toutes les membranes de nos cellules et plus particulièrement dans le cerveau et la rétine qui sont deux organes très riches en Oméga 3. Ils vont participer ainsi à leur construction et comme nous le verrons ultérieurement sont essentiels à la mise en place de leur fonctionnement. Ils sont également utilisés dans la production, par l’organisme humain, d’un ensemble de substances très actives, que l’on compare souvent à des hormones. Ce sont les eicosanoïdes dits de la série 3. Ils vont intervenir dans de très nombreux processus ou phénomènes biologiques de l’organisme, grâce notamment à leur action anti-inflammatoire. Ils vont ainsi participer à la régulation de la pression artérielle, à l’élasticité des vaisseaux sanguins, limiter l’agrégation plaquettaire c’est-à-dire la formation de caillots sanguins : ces actions bénéfiques participant au bon fonctionnement cardiovasculaire.

La famille des Oméga 6

Comme pour les Oméga 3, les Oméga 6 sont une famille d’acides gras et seul le chef de file de cette famille, encore appelé acide linoléïque est « un acide gras indispensable » que notre organisme ne sait pas fabriquer et qui doit donc être apporté par notre alimentation.

Contrairement au chef de file des Oméga 3, l’acide linoléique est abondamment présent dans notre alimentation moderne : huile de maïs, de tournesol, de soja, de pépins de raisin...

Les autres acides gras de la famille des Oméga 6 et notamment l’acide Arachidonique (ARA) peuvent être fabriqués à partir du chef de file par l’Homme et l’animal. Ces Oméga 6 se rencontrent abondamment dans tous les produits animaux et leurs dérivés (lait, oeuf...) car ils sont nourris principalement en tourteaux de tournesol ou de soja.

Comme pour les Oméga 3, le corps utilise cette famille d’acides gras non seulement pour construire ses cellules mais également pour produire des substances qui vont jouer également des rôles importants dans le fonctionnement de l’organisme : ce sont les eicosanoïdes dits des séries 1 et 2. Grâce à leur action inflammatoire, antagoniste à celle des eicosanoïdes de la série dit 3, ils vont intervenir dans les processus de défenses de l’organisme ou dans les réactions immunitaires.

Oméga 3 et Oméga 6 : deux familles d’acides gras aux rôles essentiels et antagonistes

L’acide linoléique (Oméga 6) et l’acide α-linolénique (Oméga 3) sont donc à l’origine de substances très actives et aux effets antagonistes (figure 1). Or, la production de ces substances à partir de ces deux chefs de file est intimement liée puisqu’elle met en jeu des enzymes communes et que son efficacité va dépendre des quantités respectives d’Oméga 3 et d’Oméga 6 consommées.

Consommés en excès, les Oméga 6 vont empêcher que les effets bénéfiques des Oméga 3 ne se manifestent notamment sur le plan cardiovasculaire. En excès, ils seraient à l’origine de douleurs voire de maladies inflammatoires comme l’arthrite, l’asthme et seraient néfastes sur le plan cardiovasculaire.

Figure 1 : Les Oméga 6 et les Oméga 3, deux familles d’acides gras intimement liées aux effets antagonistes (A. Lapillonne, Hôpital St Vincent de Paul, Paris)
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Un équilibre essentiel mais compromis

Depuis maintenant plusieurs dizaines d’années, toutes les enquêtes alimentaires [1] s’accordent à mettre en évidence une diminution de la consommation d’aliments riches en Oméga 3 au détriment de produits riches en Oméga 6.

Cette situation est le résultat de l’évolution notamment de nos pratiques d’élevage qui ont enrichi toute la chaîne alimentaire (viandes, lait et produits laitiers, oeufs...) en Oméga 6. Les animaux sont nourris principalement avec des tourteaux de tournesol, de soja, nos huiles alimentaires sont très souvent l’huile de tournesol, de soja ou d’arachide.

Ainsi, aujourd’hui, le rapport Oméga 6 / Oméga 3 dans l’alimentation occidentale se situe entre 10 et 30 pour 10 , alors qu’il devrait au maximum se situer à 5 pour 10.

Compte tenu de l’importance des Oméga 3 dans toutes nos cellules et surtout dans nos cellules nerveuses, un rapport adéquat Oméga 6 / Oméga 3 est donc essentiel dans la mise en place de ces structures chez le foetus.

Un retour à une alimentation fournissant un rapport adéquat en Oméga 6 et Oméga 3 aurait également un impact positif sur la santé cardiovasculaire des populations occidentales et réduirait aussi les maladies inflammatoires.

Le cerveau et la rétine, deux organes très riches en Oméga 3

Après le tissu adipeux, le système nerveux central est le tissu le plus riche en lipides (30% en poids sec) dont 30% d’acides gras polyinsaturés dont la moitié de DHA : ils participent directement à l’architecture et donc au fonctionnement des membranes cérébrales.

Plus précisément, les membranes des cellules nerveuses se caractérisent par une forte teneur en acides gras des familles Oméga 6 et Oméga 3. Leurs représentants majeurs sont respectivement l’acide arachidonique (ARA) de la famille Oméga 6 et l’acide docosahexanoïque (DHA) de la famille Oméga 3 [2] (figure 2).

Figure 2 : Teneurs des principaux acides gras polyinsaturés (AGPI) retrouvés des phospholipides des membranes du cerveau de l’homme [3].
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Le DHA est donc l’acide gras majoritaire du cerveau, c’est pourquoi on l’appelle aussi acide cervonique ! C’est très tôt, au milieu de la troisième semaine de gestation que commence la mise en place du système nerveux du foetus. Plusieurs dizaines de milliards de cellules sont produites en quelques mois. Or, les acides gras Oméga 3 (DHA) et Oméga 6 (ARA) sont indispensables à la formation de ces neurones. Durant les 3 derniers mois de grossesse, le cerveau du nourrisson augmente de 3 à 5 fois. C’est également au cours du cette période que le foetus va constituer ses tissus adipeux de réserve et que sa rétine va se développer.

Or, la rétine et tout particulièrement les cellules photoréceptrices (cellules qui reçoivent et transforment le message lumineux pour l’envoyer vers le cervfau), sont également très riches en Oméga 3 (DHA) [4] (figure 3).

Figure 3 : Teneurs des principaux acides gras polyinsaturés (AGPI) Oméga 3 et Oméga 6 retrouvés dans les membranes de la rétine de l’homme [5].

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La grossesse : période cruciale de mise en place des structures cérébrales du foetus

Des besoins en AGPI importants pour le foetus et supplémentaires pour la femme enceinte

Les besoins en Oméga 3 du foetus sont donc quantitativement très importants puisque l’accumulation du DHA dans les cellules nerveuses commence dès la période périnatale (figure 4). Cette accumulation est en outre un facteur essentiel à la mise en place des diverses fonctions cérébrales [6,7].

Figure 4 : Accumulation d’AGPI Oméga 3 et Oméga 6 dans le cerveau durant la période périnatale (d’après P. Guesnet, NuReLiCe, 10NRA, Jouy en Josas)

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Ces besoins en DHA pour le foetus ont été estimés entre 50 et 60 mg par jour pendant le dernier trimestre de gestation [8]. De très nombreuses études ont été réalisées sur l’animal pour mettre en évidence l’impact d’un déficit en DHA cérébral sur le fonctionnement du système nerveux : ces études sont bien évidemment éthiquement impossibles à réaliser chez l’homme ! Or, il est important de souligner que les carences en DHA du cerveau ont été obtenues grâce à des alimentations carencées en acide α-linolénique (Oméga 3 précurseur). C’est donc bien le DHA issu de la transformation de l’acide α-linolénique qui fait la différence au niveau du cerveau, dans ces conditions expérimentales.

Le placenta, cordon nourricier du foetus

La principale source de DHA pour le foetus provient donc du passage transplacentaire. Or, la composition en acides gras du liquide amniotique est très dépendante de l’alimentation de la mère. Une étude récente [9] a montré que la concentration en DHA dans le sang de cordon était plus élevée dans le sang du foetus que dans celui de la mère, montrant que le transfert de DHA vers le foetus est favorisé par le placenta. Cette étude montre également que la concentratiuon dans le sang du cordon est d’autant plus élevée que celle de la mère est élevée. Ceci démontre donc toute l’importance d’un statut maternel optimal en Oméga 3 pour une optimisation de la biodisponibilité de ces acides gras pour le foetus et le nouveau né.

Le DHA maternel peut également provenir soit de son alimentation soit de la mobilisation de ses réserves lipidiques. Ces dernières se constituent progressivement au cours de la vie et sont donc présentes, au moins en partie, avant le début de la grossesse. La composition en acides gras du tissu adipeux maternel dépend du mode de vie habituelle de la mère et tout particulièrement de son alimentation.

Les Oméga 3 circulants maternels qu’ils soient d’origine alimentaire ou qu’ils proviennent de ses réserves sont prioritairement transférés au foetus durant la grossesse pour assurer son bon développement [10] ; il se crée ainsi progressivement un état de déplétion maternel en Oméga 3 qui est d’autant plus important que le statut en Oméga 3 en début de grossesse est faible [11]. Une augmentation des apports alimentaires en Oméga 3 pendant la grossesse est donc tout particulièrement justifiée non seulement du fait de leur accumulation par le foetus mais également à cause du risque potentiel de déficience maternelle.

La grossesse, une période d’adaptations physiologiques importantes

Un métabolisme qui s’adapte à ces besoins supplémentaires en nutriments

Le métabolisme de la femme enceinte se modifie de façon importante dans l’unique objectif de favoriser le passage au travers du placenta des nutriments essentiels à la croissance du foetus [12] Ainsi, la biodisponibilité des Oméga 3 et des Oméga 6 pour ce passage est favorisée pendant toute la grossesse grâce notamment à une augmentation de la capacité de synthèse du DHA et de l’ARA à partir des deux chefs de file respectifs (encore appelé conversion) et à une libération plus importante de ces acides gras qui seront transférés au foetus.

Une mise an réserve durant les premières semaines de grossesse

Jusqu’à 30 semaines, alors que la croissance foetale est faible, la mère va constituer des réserves énergétiques importantes en stockant notamment des acides gras dans son tissu adipeux. Ces réserves en Oméga 3 jouent également un rôle capital dans la couverture des besoins du foetus : mais il est aujourd’hui reconnu que les réserves constituées avant la grossesse sont au moins aussi importantes que celles constituées au cours de la grossesse [13].

Le tissu adipeux possède en effet un turn-over lent : les habitudes alimentaires sur plusieurs mois, voire plusieurs années influencent donc notablement sa composition en acides gras. Et plus particulièrement, les teneurs en Oméga 3 du tissu adipeux sont dépendantes de la nature des lipides consommés.

Des réserves et un métabolisme maternels au service du foetus jusqu’à l’accouchement

A partir de la 30ème semaine, le foetus va alors puiser dans ces réserves pour assurer ses propres besoins et constituer la majorité de son propre tissu adipeux (94% de ses réserves seront réalisés durant cette période): le tissu adipeux maternel va donc légèrement diminuer jusqu’à l’accouchement.

Pendant cette même période, la femme devient progressivement insulino-résistante : cette résistance à l’insuline va favoriser la libération, de façon plus importante, des acides gras préalablement stockés dans son tissu adipeux qui seront alors transférés au foetus : le DHA par exemple augmente de 52% dans le plasma materne [14] et près de 33% entre la 16ème et la 44ème semaine de grossesse [15]

Cette modification de la teneur en DHA plasmatique peut résulter théoriquement de modifications alimentaires de la femme enceinte. Mais cette hypothèse n’a jamais été confirmée par les diverses enquêtes alimentaires réalisées. Plus vraisemblablement, cette modification résulte de l’augmentation la capacité de synthèse du DHA à partir de l’acide α-linolénique.

En effet, la capacité de synthèse du DHA à partir du précurseur de la famille des Oméga 3 (ou rendement de conversion) est déjà deux fois plus importante chez la femme que chez l’homme du fait de l’impact positif des hormones sexuelles féminines (oestrogènes) qui favorisent cette conversion [16,17]. Chez la femme sous contraception orale (à base d’oestradiol), cette synthèse est d’ailleurs 3 fois plus importante par rapport à une femme sans contraception [18].

Or, au cours de la grossesse, l’imprégnation oestrogénique est physiologiquement augmentée dans le placenta : il est donc fort probable que le taux de conversion de l’acide α-linolénique soit également amélioré ce qui favorise ainsi non seulement l’accumulation de DHA dans le tissu adipeux mais également la couverture des besoins du foetus.

Ces modifications importantes restent cependant limitées. En effet, il a été démontré que le statut de l’enfant unique est en général supérieur à celui de jumeaux ou de triplés [19] ou que le statut du deuxième enfant est en général moins bon que celui de l’ainé si les deux grossesses sont rapprochées. 10l est donc essentiel que la mère reconstitue ses réserves en Oméga 3 entre deux grossesses successives grâce à une alimentation adaptée.

Ces adaptations physiologiques qui ont comme objectif de permettre une couverture optimale des besoins en nutriments du foetus vont permettre de le protéger ou de limiter l’impact d’un éventuel déficit en Oméga 3 au cours de la grossesse et plus particulièrement au cours de la période sensible que représente le dernier trimestre de gestation.

Il est important de noter que de faibles changements d’habitudes alimentaires maternelles avant la grossesse pourraient avoir plus d’impact sur le foetus que des changements plus importants mais survenant tardivement au cours de la grossesse.

Le statut maternel en Oméga 3, un facteur clé

Qu’est ce que le statut en Oméga 3 ?

Le statut en Oméga 3 traduit l’importance des réserves en Oméga 3 et il peut être déterminé par des dosages sanguins (composition des membranes des globules rouges ou dosages des phospholipides plasmatiques).

Il reflète notamment ses habitudes alimentaires : quel type d’huile est utilisée dans l’alimentation, quel type d’alimentation (consommation de graisses d’origine plutôt animale ou végétale), fréquence de consommation de poissons gras et enfin les capacités de l’organisme à transformer ces acides gras Oméga 3.

Pour le développement du foetus

Une étude danoise a montré que les femmes dont l’apport alimentaire en Oméga 3 était plus riche pendant la grossesse avaient globalement moins de complication durant cette période et à l’accouchement et que les nouveaux nés avaient des poids de naissance plus sains [20]

Pour l’équilibre de la femme enceinte

Une revue de l’ensemble des études publiées entre 1966 et 2004 met en évidence l’intérêt d’un apport adéquat en Oméga 3 durant la grossesse pour prévenir de nombreuses complications maternelles et infantiles [21].

Ainsi, une alimentation riche en Oméga 3 limiterait la survenue de la dépression postpartum ou baby blues, dépression qui peut affecter entre 10 et 15% des mères après l’accouchement [22]. Cette complication, la plus fréquente d’ailleurs associée à la grossesse, se manifeste entre la troisième et la huitième semaine après l’accouchement et peut durer entre 3 à 6 mois.

Le lait maternel, l’aliment de référence du nouveau-né

Le lait maternel reste une source essentielle d’Oméga 3 pour le nouveau né

L’accumulation du DHA dans le tissu cérébral, qui a commencé au cours du dernier trimestre de la grossesse, va se poursuivre en postnatal pendant les deux premières années de la vie.

Le statut maternel pendant la période de lactation est donc encore essentiel pour assurer au nouveau-né un apport optimal en acides gras Oméga 3 et Oméga 6. Les concentrations en DHA du lait maternel montrent des variations considérables et dépendent en grande partie de l’alimentation de la mère [23, 24].

La question des quantités optimales en DHA et en ARA dans le lait reste cependant entière car dans les pays industrialisés, la malnutrition n’existe pas. Cependant, compte tenu de l’augmentation de la consommation en Oméga 6 et du déficit de consommation en Oméga 3 au cours de ces dernières décennies, il est fort probable que les teneurs en AGPI du lait maternels soient sub-optimales, voire même insuffisantes pour les Oméga 3 [25].

Le lait maternel, des études unanimes pour un bon développement du bébé

L’intérêt du lait maternel dans le bon développement du nourrisson est aujourd’hui incontesté. Plus précisément, une alimentation riche en Oméga 3 dès la grossesse et se poursuivant lors de la période de lactation influerait de matière positive l’IMC (Indice de masse corporelle) et le poids des bébés selon une étude allemande [26].

Ces résultats sont en accord avec des données épidémiologiques. Depuis près de deux décennies, l’adiposité de très jeunes enfants (6-11 mois) a doublé sans que l’on puisse à cet âge, incriminé les quantités ingérées ou la sédentarité. Dans le même temps, la composition des acides gras du lait maternel, bon reflet de l’alimentation de la mère, a vu un triplement de la proportion d’acide gras Oméga 6 « adipogénique » [27] (c’est- à-dire qui favorise le développement du tissu adipeux) sans modification du pourcentage d’acide α-linolénique « antiadipogénique » dont l’effet est antagoniste. Ces données, associées aux observations réalisées chez l’animal, permettent d’avancer l’hypothèse selon laquelle, au cours des dernières décennies, des modifications qualitatives considérables, qui portent sur la nature des acides gras ingérés, auraient favorisé l’apparition ultérieure d’un surpoids voire d’une obésité [28].

Des apports nutritionnels recommandés adaptés [29]

Compte tenu de l’importance du statut maternel pendant la grossesse et la lactation pour assurer au foetus et au nouveau-né un apport optimal et équilibré en Oméga 3 et en Oméga 6, les autorités de santé publique ont défini des Apports Nutritionnels Recommandés spécifiques pour la femme enceinte et la femme qui allaite.

  Femme adulte Femme enceinte Femme allaitante
Acide α-linolénique
Chef de file des Oméga 3
1.6 g/j 2.0 g/j 2.2 g/j
Acide linoleïque
Chef de file des Oméga 6
8 g/j 10 g/j 11 g/j
DHA 0.10 g/j 0.25 g/j 0.25 g/j

On notera un ratio Oméga 6 / Oméga 3 maximal de 5. Les apports en acide linoléique et en acide a-linolénique doivent être augmentés de 25% pendant la grossesse et de 37% pendant la lactation. Ces apports proviennent pour l’acide α-linolénique principalement de l’huile de colza et des matières grasses riches en colza et pour le DHA des poissons gras.

Conclusions

Les Oméga 3 sont des acides gras essentiels dont les bénéfices pour le bon fonctionnement du système card iovasculaire sont aujourd’hui incontestés et reconnus.

Or, toutes nos cellules contiennent ces acides gras essentiels et notamment le cerveau et la rétine, qui sont deux organes tout particulièrement riches en Oméga 3. Ces deux organes se mettent en place dès la période foetale à partir des nutriments fournis par la mère. Acides gras essentiels, les cellules sont cependant incapables de tous les synthétiser : ils doivent donc obligatoirement être fournis par l’alimentation.

De nombreuses études confirment aujourd’hui, l’importance de la qualité de l’alimentation de la femme enceinte, et notamment d’une alimentation riche en Oméga 3 sur le bon développement du foetus. Au cours des premiers mois de la vie, l’allaitement maternel sera également la source unique en acides gras essentiels pour le nourrisson. Les laits infantiles sont aujourd’hui enrichis en Oméga 3 et en Oméga 6 pour couvrir ses besoins.

Cependant, de nombreuses enquêtes alimentaires ont mis en évidence un réel déficit d’apport en Oméga 3 au sein de la quasi-totalité de la population française adulte. En effet, seulement 30 et 40% des apports en acides gras essentiels Oméga 3 sont couverts en moyenne.

Compte tenu de l’importance de ces acides gras Oméga 3 non seulement dans la population générale mais également chez la femme enceinte ou la femme qui allaite, des apports nutritionnels conseillés spécifiques ont été établis. Pendant la grossesse et pendant la période de lactation, ces apports doivent être augmentés respectivement de 25% et de 37%.

C’est pourquoi, dans ce contexte, les organismes de santé publique promeuvent toute politique nutritionnelle visant à rééquilibrer ces apports en Oméga 3, dans un cadre aujourd’hui relativement bien défini (Rapport AFSSA, juillet 2003).

Références :

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(Dossier de synthèse bibliographique réalisé par Sylvie Breton, responsable affaires scientifiques nutrition de St Hubert - Octobre 2008)

SOURCE : ST HUBERT

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