Les nutraceutiques remplaceront-ils les médicaments ?

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« On n'ira pas voir un herboriste pour un bras cassé, mais les nutraceutiques vont remplacer les médicaments chez un nombre grandissant de personnes aux prises avec des maladies chroniques », pense le pharmacologue Pierre Haddad. À son avis, les nutraceutiques ou aliments fonctionnels (qu'on appelle plutôt, en France, « alicaments ») sont la pharmacie de demain.

« Les nutraceutiques remplaceront-ils les médicaments ? » - Crédit photo : www.zentis.de Un nutraceutique combine la notion d’aliment et celle de médicament. Il soulage, prévient ou guérit tout en nourrissant. Exemples: les œufs enrichis d’oméga-3, certains yogourts intégrant des probiotiques, le jus d’orange additionné de calcium. Certains petits fruits seraient des nutraceutiques naturels. Ainsi la canneberge est efficace pour prévenir les infections urinaires; les fraises, haricots et mures sont riches en antioxydants, reconnus pour leur action préventive sur les maladies vasculaires et neurodégénératives; l’ail, quant à lui, faciliterait la respiration chez les asthmatiques.

Le professeur Haddad a contribué à l’essor de ce nouveau champ de recherche en documentant l’effet du jus de bleuet fermenté sur le diabète et l’obésité (voir l’article « Le jus de bleuet biotransformé combat l’obésité et le diabète »). De plus en plus convaincu des bienfaits des nutraceutiques, il a intégré du psyllium à son alimentation pour réduire son taux de cholestérol; un examen de routine avait en effet révélé il y a deux ans qu’il avait augmenté de façon inquiétante. Posologie: deux cuillérées à thé de cette fibre microscopique dans son jus d’orange, chaque matin, associées à de l’exercice et à une meilleure alimentation. Ça a marché. « On m’avait donné deux mois pour abaisser mon taux de mauvais cholestérol, sinon le médecin me prescrivait des statines. Même si je suis pharmacologue, je ne veux pas de ces médicaments.»

On pourrait imaginer, dans les supermarchés du futur, un petit appareil à l’entrée qui analyserait votre code génétique à partir d’une microprise de sang et vous enverrait dans l’allée X ou Y, où vous auriez accès à des légumes et des viandes adaptés à votre groupe phénotypique. C’est ce que prévoit Bruce Holub, professeur émérite de biologie humaine et de nutrition à l’Université de Guelph, en Ontario, qui décrivait ainsi l’évolution du monde de la nutrition dans La Presse en 2005. Selon lui, l’avenir est à la prévention des maladies chroniques grâce aux nutraceutiques. Encore faut-il bien connaitre les variations de ces produits sur les patients, car ils n’ont pas tous le même effet.

« Cela s’appelle la nutragénomique et c’est un domaine de recherche en pleine expansion », mentionne Pierre Paquin, professeur de science et technologie alimentaire à l’Université Laval et fondateur de l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels (INAF), qui fête cette année ses 10 ans. Regroupant une soixantaine de chercheurs (dont le professeur Haddad et Émile Lévy, de l’Université de Montréal), l’INAF possède des laboratoires destinés aux études cliniques. Au cours des trois dernières années, on y a mené 25 études auprès de groupes atteignant jusqu’à 60 sujets.

C’est là qu’on a obtenu certaines données scientifiquement valides sur les effets bénéfiques du jus de canneberge sur les infections urinaires, explique M. Paquin. « Votre voisin de bureau mange de la viande chaque jour et n’a aucun problème, alors que vous avez un taux alarmant de cholestérol à 45 ans ? C’est à cause de votre profil génétique. Un jour, on vous proposera un régime en conséquence.»

Pour lui, les nutraceutiques sont un juste retour des choses: les médicaments proviennent de molécules naturelles qui sont synthétisées en laboratoire sous forme chimique. Avec les nutraceutiques, on revient à la nature. « L’aliment est ton premier médicament ! » disait d’ailleurs Hippocrate (v. 460-377 avant notre ère).

Cela dit, la nutrition est régulièrement gagnée par des modes passagères. En 1970, on a vu arriver la « nouvelle cuisine », où les assiettes présentaient des quantités minimalistes de nourriture, question de limiter les calories. Dans les années 80, on a connu la vague des produits allégés. C’était l’époque des crèmes glacées sans gras (ni gout), du sucre sans sucre... Vers l’an 2000, l’aliment se fait médicament. « Ce n’est pas par hasard que l’industrie agroalimentaire se montre si vivement intéressée. Il y a beaucoup d’argent à faire », souligne Pierre Haddad.

Pour en savoir plus, écoutez l’émission radio « Les nutraceutiques ou alicaments »

(Par Mathieu-Robert Sauvé - Université de Montréal - Journal FORUM du 30 novembre 2009)

Source : Université de Montréal (@UdeM)

SOURCE : Université de Montréal

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