Les nouveaux apports nutritionnels conseillés en lipides pour les enfants

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Du fait de sa concentration exceptionnellement élevée dans les membranes excitables du cerveau et de la rétine, l'acide docosahexaénoïque (DHA, le principal acide gras polyinsaturé (AGPI) à longue chaîne de la série oméga-3, exerce des effets favorables sur les fonctions cérébrales et visuelles (Innis, Brain Res, 2008).

« Les nouveaux apports nutritionnels conseillés en lipides pour les enfants » - Crédit photo : www.femmeactuelle.fr La période de développement périnatal correspond à la phase de croissance rapide du cerveau et la plus active pour l’incorporation du DHA. C’est donc durant cette phase de la vie que la qualité des apports alimentaires en AGPI oméga-3 va être déterminante pour le niveau d’incorporation du DHA et le développement neurofonctionnel. Les études expérimentales conduites chez le singe et les rongeurs ont démontré qu’une carence alimentaire en oméga-3 pratiquée tout au long de la période de développement périnatal induit un déficit sévère en DHA dans les membranes cérébrales associées à des altérations des capacités d’apprentissage et cognitives (métabolisme des monoamines, expression de gènes clés, neurogenèse, ...) et de la réponse électrique de la rétine (activité de la rhodopsine).

La concentration cérébrale de DHA est donc principalement fixée par le niveau d’apport alimentaire en oméga-3 incluant à la fois le précurseur métabolique essentiel de cette famille d’acides gras, l’acide -linolénique (ALA, 18:33) et le DHA lui-même. Les premières études cliniques conduites dans ce domaine ont mis en évidence que la consommation de laits infantiles trop pauvres en AGPI oméga-3 et déséquilibré par un apport excessif en AGPI de la série oméga-6 provoque chez le nouveau-né, prématuré ou né à terme, une diminution marquée de la concentration en DHA dans les lipides sanguins et cérébraux et un retard de développement des fonctions visuelles, comparativement à des enfants allaités au sein pris comme référence nutritionnelle et fonctionnelle.

Des supplémentations adaptées en ALA permettent de restaurer ces altérations, ce qui a conduit à conseiller des apports en cet AGPI essentiel compris entre 0,5 et 1,5% de l’apport énergétique total (Legrand et al., ANC 2001). Toutefois, la restauration des paramètres biochimiques et fonctionnelles n'est que partielle car ils restent encore inférieurs à ceux correspondant à l'allaitement au sein, même si les laits de remplacement utilisés apportent exclusivement de l’ALA à des niveaux d’apport élevé. Par extrapolation, il a été calculé que le cerveau du nouveau-né humain à terme accumulait au cours des 6 premiers de vie post-natale une masse de DHA deux fois moins élevée avec un allaitement artificiel (avec de l’ALA mais sans DHA) comparativement à un allaitement au sein (Cunnane et al., Lipids, 2000).

L’introduction de DHA dans la formule lactée, à un niveau équivalent à celui trouvé dans le lait maternel humain, corrige entièrement les différences de statut sanguin en DHA et peut, soit ne pas avoir d’effet sur la maturation de l’acuité visuelle de l'enfant, soit l’améliorer de façon transitoire ou persistante notamment chez l’enfant prématuré. Il semble que l’inconsistance des données fonctionnelles chez le enfant né à terme soit liée à des facteurs de confusion non maîtrisés qui seraient notamment la variabilité importante du statut corporel de DHA à la naissance (nutrition in utero) et du taux de bioconversion de l’ALA en DHA.

Néanmoins, le consensus actuel est en faveur d’un apport alimentaire lacté en DHA (au moins pendant les 6 premiers mois de vie) et appuie la proposition d'ajouter du DHA dans les formules à un niveau équivalent à celui du lait humain (0,2 -0,5% du poids des acides gras totaux) (Koletzko et al., J Perinat Med, 2008 ; ANC 2010). Des études complémentaires seront nécessaires pour fournir des informations sur les conséquences fonctionnelles à long terme mais également sur un besoin spécifique en DHA après les 6 premiers mois de la vie.

La qualité et la quantité d’AGPI oméga-3 présents dans l’alimentation maternelle revêt une importance majeure pendant la grossesse et la lactation car ces acides gras sont fournis au foetus par transfert sélectif au niveau du placenta puis au nouveau-né par les lipides du lait maternel. Les études cliniques ont démontré que c’est principalement le DHA alimentaire apporté pendant la grossesse (au moins le dernier tiers) et la lactation qui est le principal déterminant du statut sanguin en DHA du nourrisson à la naissance puis au cours de la période d’allaitement. Les conséquences sur le développement neurofonctionnel du foetus, et à plus long terme celui du nourrisson et du jeune enfant, restent néanmoins peu étudiées.

Il est possible de citer une étude clinique d’intervention montrant qu’un déficit d’apport alimentaire en DHA au cours des 5 derniers mois de grossesse augmente le risque pour le nourrisson âgé de 2 mois d’un faible niveau de développement de son acuité visuelle (Innis et Friesen, Am J Clin Nutr, 2008). Ce risque est accentué si la consommation maternelle en acide linoléique, précurseur métabolique essentiel des AGPI en oméga-6, est élevée. Si de nouvelles études cliniques sont nécessaires pour préciser l'impact des oméga-3 et oméga-6 de l’alimentation maternelle sur le développement neurofonctionnel du nouveau-né et de l’enfant et pour fixer précisément les besoins spécifiques en DHA, plusieurs comités proposent pour les femmes enceintes et allaitantes un niveau d’apport compris entre 200 et 300 mg de DHA/jour (Simopoulos et al., prostaglandines Leukot Essent Fatty Acids, 2000; Koletzko et al., J Perinat Med, 2008 ; ANC 2010).

(Dr Philippe Guesnet et Jean-Marc Alessandri, Session d’actualité médicale en lipidologie - MEDEC 2010, 17 mars 2010)

SOURCE : MEDEC 2010

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