Les nouveaux apports nutritionnels conseillés en lipides pour les adultes

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Les Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) en lipides pour la population française ont été définis pour la dernière fois en 2001 par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Cependant les données scientifiques acquises depuis cette date pour les acides gras (AG) ont conduit l'Afssa à réévaluer et actualiser les recommandations nutritionnelles pour les acides gras, à travers une expertise collective. Malgré de nombreux débats et polémiques d'experts internationaux, ces nouvelles recommandations sont en parfaite cohérence sur de nombreux points avec les Dietary Reference Values (DRV) de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (Efsa) et les propositions d’un groupe d’experts réuni par l’OMS en vue de proposer une harmonisation internationale.

« Les nouveaux apports nutritionnels conseillés en lipides pour les adultes » - Crédit photo : www.tag-nutrition.fr Les AG et leurs fonctions sont multiples. Parmi les Acides Gras Poly-Insaturés (AGPI), certains sont dits précurseurs « indispensables » (acides linoléique, C18 : 2 n-6 et alpha-linolénique, C18 :3 n-3) car ils sont indispensables pour la croissance et les fonctions physiologiques et non synthétisables par l’homme. Les dérivés de ces précurseurs indispensables sont dits « conditionnellement indispensables » puisque l’homme et l’animal peuvent les synthétiser (à condition de disposer des AG précurseurs indispensables). Les autres AG (autres polyinsaturés, monoinsaturés et saturés) sont des nutriments synthétisables de novo par l’organisme. Ces caractéristiques des AG induisent des équilibres complexes.

Les ANC pour les acides gras (AG) ont été définis en 2001 par l’Afssa, mais les données scientifiques acquises depuis 2001 amènent à poser les questions suivantes :

  • Faut-il définir une recommandation pour l’acide eicosapentaénoique (EPA, C20 :5 n-3) ?
  • Faut-il augmenter la recommandation pour le DHA ?
  • Faut-il définir une recommandation faisant la somme des deux ?
  • Faut-il réévaluer la recommandation pour l’acide linoléique ?
  • Faut-il réévaluer la part des AG saturés totaux dans l’apport énergétique et y a-t-il une nécessité de distinction des recommandations pour différents AG saturés ?

Le groupe de travail « Actualisation des Apports Nutritionnels Conseillés en acides gras » a considéré les principaux AG, y compris ceux que l’homme peut synthétiser, car tous ont une fonction biologique. L’ANC est une valeur de référence qui couvre les besoins physiologiques de la quasi-totalité de la population. La méthode de fixation des ANC pour les AG indispensables a été la suivante :

  • estimation du besoin physiologique minimal ;
  • identification de données permettant de moduler le besoin physiologique minimal selon des considérations de physiopathologie, dans un objectif de définir un besoin physiologique optimal (prévention) ;
  • intégration et synthèse de l’ensemble des considérations physiologiques et physio-pathologiques disponibles pour définir l’ANC.

Pour les AG non indispensables, les ANC ont été établis en tenant compte des considérations physiopathologiques, de la nécessité d’équilibre entre les différents acides gras, et ceci dans la limite des besoins en lipides totaux. En effet, en l’absence de données suffisantes, le besoin physiologique minimal n’a pu être défini.

Considérant que beaucoup de données en nutrition ont été et sont encore majoritairement acquises chez l’animal, le groupe de travail a intégré tous les types d’études, allant des études in vitro aux modèles animaux jusqu’aux études épidémiologiques d’intervention. La complémentarité des approches permet de fournir le support scientifique le plus complet et le plus valide pour l’établissement des ANC en acides gras.

L’expertise collective conduit l’Afssa à rompre avec la présentation traditionnelle d’origine biochimique des AG « polyinsaturés, monoinsaturés et saturés », qui s’est avérée finalement peu pertinente sur le plan nutritionnel. En outre, au vu des données récentes, cette classification ne correspond plus à la diversité des AG, à la précision des études, à la spécificité des fonctions et effets et à l’intérêt pour la santé publique et l’éducation nutritionnelle. Ainsi, la classification se décline en AG indispensables et AG non indispensables.

Le caractère novateur de la présente évaluation tient au fait que l’ANC de chaque acide gras étudié a été établi à partir des besoins physiologiques minimaux et en considérant les aspects physiopathologiques. Ainsi, les données scientifiques acquises, depuis l’évaluation antérieure des ANC (2001), ont conduit à :

  • fixer un ANC pour l’acide linoléique résultant à la fois du souci d’atteindre un total en AGPI favorable à la prévention cardiovasculaire et d’en limiter les apports pour respecter le rapport acide linoléique/acide alpha-linolénique inférieur à 5 ;
  • revoir à la hausse l’ANC pour l’acide alpha-linolénique dans un but de prévention de maladies cardiovasculaires ;
  • augmenter la valeur de l’ANC pour le DHA, en raison de son très faible taux de conversion à partir de l’acide alpha-linolénique, aujourd’hui clairement documenté ;
  • définir un ANC pour l’EPA, sur la base de données de prévention, notamment de maladies cardiovasculaires ;
  • distinguer, parmi les acides gras saturés, le sous-groupe des « acides laurique, myristique et palmitique », considérés comme athérogènes en excès et à fixer pour ce sous-groupe une valeur maximale à ne pas dépasser ;
  • attribuer un ANC pour l’acide oléique, bien identifié ;
  • faire évoluer la part des lipides totaux dans l’apport énergétique totale, et ce au regard de l’équilibre global entre macronutriments et de données relatives à la prévention du syndrome métabolique et du risque cardiovasculaire ; ainsi, dans la mesure où la balance énergétique est équilibrée, cette part peut atteindre 40 % de l’apport énergétique sans qu’il ne puisse être évoqué, dans le cadre de la prévention primaire, un risque au regard des pathologies étudiées.

Les valeurs proposées pour les ANC couvrent des réalités différentes pour chaque AG considéré, et ce, en fonction des données physiopathologiques disponibles et du caractère indispensable ou non indispensable des AG. Toutefois, les lipides alimentaires ne se limitent pas aux AG pour lesquels un ANC peut être établi et de nombreux autres AG présentent probablement un intérêt que de futures recherches devraient démontrer.

Ces ANC sont des repères pour les professionnels de la santé et de la nutrition. Ils sont de nature à être confrontés à la réalité des données de consommation françaises et traduits en recommandations alimentaires pour la population. Toutefois, il est dès à présent possible de recommander une alimentation lipidique variée, associant graisses d’origines animale et végétale, dans la limite de l’apport énergétique conseillé.

Tableau de recommandation pour un adulte consommant 2000 kcal

Les valeurs sont exprimées, excepté pour l’EPA et le DHA, en pourcentage de l’apport énergétique sans alcool, que l’on appellera « apport énergétique » (AE), par souci de simplification. Dans le cas du DHA (acide docosahexaénoique, C22 :6 n-3) et de l’EPA (acide eicosapentaénoique, C20 :5 n-3), les valeurs sont exprimées en milligrammes dans la mesure où les études disponibles ont utilisé cette unité.

Visualiser le tableau ici

* : correspond pour les acides gras à un apport nécessaire pour éviter tout syndrome de déficit alimentaire en acides gras indispensables. Ces recommandations assurent un bon fonctionnement de l’ensemble de l’organisme et notamment le développement et fonctionnement cérébral.
** : parmi les cancers étudiés, seules les études relatives aux cancers du sein et du côlon permettent d’établir des recommandations.
*** : parmi les pathologies étudiées, seules les études relatives à la DMLA permettent d’établir des recommandations. «-» absence de données bibliographiques permettant de conclure.
a : les valeurs ne s’appliquent que pour un apport énergétique proche de 2000 kcal et une balance énergétique équilibrée.
b : un besoin minimum de 30 % paraît souhaitable pour assurer l’apport minimum en AGPI indispensables. De plus, il n’y a aucun bénéfice à descendre en deçà de 30 %.
c : pour des apports de moins de 35 %, il n’y a pas de bénéfice établi pour la santé cardiovasculaire.
d : les valeurs proposées pour la prévention des risques de maladies cardiovasculaires et de syndrome métabolique peuvent s’appliquer en l’absence de données spécifiques étant donnée la possibilité d’un lien pathogénique.
e : en l'absence de données spécifiques, le besoin physiologique s'applique.
f : sur la base d’études d’observation qui montrent que des apports excessifs en acide linoléique, supérieurs à 2,5 % ou à 5,5 %, selon les études, sont associés à une disparition de l’effet bénéfique des AGPI n-3 LC. La valeur de 4 % a donc été prudemment choisie.
g : la valeur de l’ANC tient compte du fait qu’un certain nombre de données suggère une limite maximale d’apport en acide linoléique.
h : cette donnée est déduite d’études épidémiologiques d’observation et non d’études d’intervention formelles.
i : recommandation EPA+DHA jusqu’à 750 mg pour les sujets à haut risque cardiovasculaire.
j : les données regroupant souvent les effets EPA + DHA, la valeur de 250 mg est donc obtenue par soustraction.
k : absences de données cliniques cohérentes.
l : données restreintes au cancer du sein.
m : sur la base de la conjonction d’études épidémiologiques et de données cliniques suggérant une valeur limite d’apport.
n : « autres AG non indispensables » représentent un ensemble d’acides gras consommés en faible quantité pour lesquels il n’y a pas d’ANC définissables actuellement. Ces acides gras qui représentent environ 2 % de l’AE comprennent notamment des AGMI (16:1 n-7, 18:1 n-7 ; 22:1 n-9…), des AGPI (18:3 n-6, 20:3 n-6, 20:4 n-6 ; 18:4 n-3, 20:4 n-3, 22:5 n-3…) et des acides gras trans et conjugués (18:2 n-7t ; 18:2 n-7 9c,11t). En ce qui concerne les AG trans, il est rappelé que leur niveau d’apport maximal est limité à 2% (rapport Afssa 2005).

(D'après Pr Ambroise MARTIN, Pr Philippe LEGRAND, Session d'actualité en Nutrition : Les nouvelles recommandations françaises pour les lipides, MEDEC 2010 - Avis du 1er mars 2010 de l'Afssa relatif à l’actualisation des apports nutritionnels conseillés pour les acides gras)

Source : Alexandre Glouchkoff

SOURCE : Toute la diététique !

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