Les nanofoods en pleine croissance

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Plébiscitées dans les secteurs de la chimie, des matériaux et de la cosmétologie depuis plus d'une vingtaine d'années, les nanotechnologies ne sont utilisées par la filière agroalimentaire que depuis environ cinq ans. Les deux grands domaines d'applications sont les emballages et les produits finis. La société de conseil et d'aide à la décision ALCIMED fait le point sur le marché en croissance des nanofoods et dévoile les quatre grands types de bénéfices apportés, avant de se pencher sur la question des risques liés à leur utilisation.

« Les nanofoods en pleine croissance » - Crédit photo : tazytaz © www.istockphoto.com Avec un historique d’une vingtaine d’années, le marché global des nanotechnologies est actuellement en plein boum, avec des prévisions se situant entre 750 et 2 000 milliards d’euros pour 2015, d’après la Commission Européenne. Les nanotechnologies sont aujourd’hui utilisées dans des applications très variées comme les crèmes cosmétiques, les équipements pour sportifs, les pièces automobiles ou encore les équipements électroménagers.

L’utilisation des nanotechnologies dans le secteur agroalimentaire est beaucoup plus récente, et connaît un véritable engouement depuis près de 5 ans. Les projections de croissance de ce marché sont particulièrement importantes puisque pour le seul domaine des emballages, il devrait passer d’un milliard d’euros en 2008 à plusieurs dizaines de milliards d’euros d’ici 10 ans.

« Si l’emballage est aujourd’hui la partie la plus visible sur le marché de l’utilisation des nanotechnologies dans l’agroalimentaire, de plus en plus d’innovations visent à apporter de nouvelles fonctionnalités nutritionnelles à des ingrédients ou des produits finis », explique Vincent Pessey, Responsable du Pôle Nanotechologies d’ALCIMED

Selon le cabinet ALCIMED, quatre grands types de bénéfices sont recherchés par les industriels à travers leur utilisation des nanotechnologies :

1 Permettre une meilleure conservation des aliments

L’utilisation de nanoparticules dans le PET (Polyethylene Terephtalate) des bouteilles « plastiques », permet de protéger les aliments contre l’oxygène et de conserver les gaz et les substances aromatiques. De nombreuses recherches sont en cours dans ce domaine : Ainsi, un nanomatériau développé par une équipe de recherche américaine permettrait de réduire de cent fois la perméabilité au gaz par rapport au même matériau non distribué en nanocouches. Ce nouveau polymère n’est toutefois pas encore sur le marché mais devrait être commercialisable d’ici 3 à 4 ans avec l’aide de partenaires industriels comme Unilever.

La conservation d’un produit n’est cependant pas uniquement le fait d’un emballage imperméable et peut également consister en la protection des molécules les plus réactives contenues dans le produit. Ainsi, la société de biotechnologie américaine Virun a développé un procédé de nanoencapsulation qui permet de protéger les oméga 3 et de les ajouter à des jus de fruits ou à de l’eau, prolongeant ainsi la date limite de consommation et permettant ainsi de les garder en rayon pendant 2 ans environ.

Sans forcément en améliorer la conservation, certains nanomatériaux permettent de renseigner sur l’état de conservation d’un aliment. Ainsi, le groupe néo-zélandais Jenkins commercialise un emballage intelligent, RipeSense, indiquant l’état de fraîcheur d’un produit, et ce, grâce à un nanofilm qui réagit à des substances aromatiques (libérées par des fruits pendant le mûrissement par exemple) et change de couleur en fonction du degré de maturation du produit. Ce produit est disponible dans les magasins Monoprix, Leclerc et Champion.

2 Optimiser l’apport en molécules d’intérêt nutritionnel

L’utilisation des nanotechnologies permet également la protection et la vectorisation de molécules d’intérêt nutritionnel par nanoencapsulation, maintenant ainsi l’intégrité structurelle des molécules actives contre l’oxydation ou les procédés de fermentation et de chauffage. Par exemple, la société Shemen a développé une huile contenant des phytostérols nanoencapsulés grâce à la technologie de NutraLease, augmentant ainsi leur biodisponibilité et par conséquent leur capacité à réduire l’absorption du cholestérol

3 Améliorer les qualités organoleptiques des produits

Ces procédés de nanoencapsulation permettent également d’améliorer les propriétés gustatives et visuelles des produits finis. La société Aquanova a par exemple développé la technologie de nanoencapsulation NovaSol qui permet d’augmenter la solubilité des vitamines nanoencapsulées, et donc d’enrichir des liquides sans les troubler.

La boulangerie TipTop en Australie utilise également le procédé de nanoencapsulation, dans le but d’incorporer des oméga 3 à leur pain sans libérer une odeur de l’huile de poisson. La teneur en oméga 3 du pain s’en trouve donc ainsi augmentée, sans en modifier la saveur.

4 Réduire les quantités de matières premières utilisées

Green Cell Technologies propose un nouveau procédé d’extraction à froid et non chimique utilisant les nanotechnologies. Ce procédé baptisé DynaCell-D et utilisé industriellement pour la première fois par AfriNatural Corporation, permettrait d’augmenter le rendement d’extraction ainsi que la pureté des molécules actives (de 0.59% avec une méthode traditionnelle jusqu’à 7% avec le procédé DynaCell-D sur certaines plantes).

Une utilisation moindre de matières premières peut également entraîner des bénéfices nutritionnels grâce à une diminution de lipides par exemple. Ainsi, Unilever est parvenu à produire des crèmes glacées allégées en utilisant des nanoémulsions qui augmentent les propriétés fonctionnelles des lipides, et en réduisent ainsi la quantité utilisée dans les formules. D’après Unilever, le contenu en lipides du produit pourrait être diminué de 15% à 1% grâce à l’utilisation des nanotechnologies.

En dépit de ces propriétés avantageuses, les nanomatériaux suscitent la prudence des autorités quant à leur innocuité. L’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) préconise donc d’effectuer les analyses de risque au cas par cas sur les différents nanomatériaux.

Les mécanismes dont il faut tout particulièrement tenir compte sont de trois ordres :

  • Une plus grande zone de contact et donc une plus grande exposition en raison d’un ratio surface/masse plus élevé,
  • Le passage au travers des membranes de nos cellules,
  • Et la confirmation du maintien de certaines propriétés malgré la taille nano.

Certains s’interrogent même sur la pertinence de mettre en place un étiquetage spécifique afin de signaler aux consommateurs les aliments et emballages contenant des nanomatériaux.

« Les nanomatériaux sont une catégorie très vaste qui comprend un grand nombre de molécules. Il convient donc de ne pas faire l’amalgame entre toutes les familles de nanomatériaux qui ne présentent pas les mêmes probabilités de risque sur la santé du consommateur », commente Valentin Fournel, consultant au sein de la BU agroalimentaire d’ALCIMED. « Les applications alimentaires des nanomatériaux ne devraient pas soulever autant de polémiques que les applications cosmétiques, car dans beaucoup de cas les nanofoods ne sont que de la mise en forme de produits que le corps a l’habitude d’assimiler, comme par exemple des nanomicelles de lait ou des nanoémulsions lipidiques », conclut Vincent Pessey.

A propos d’ALCIMED

ALCIMED (www.alcimed.com) est une société de conseil et d’aide à la décision. Elle traduit les avancées scientifiques et technologiques en positionnements stratégiques, en innovations marketing et en résultats économiques. Spécialisée en 1993 dans les biotechnologies, ALCIMED a progressivement étendu son activité d’aide à la décision aux sciences de la vie et à leurs secteurs d’application (santé, agroalimentaire, cosmétique) ainsi qu’à la chimie et aux matériaux, à l’aéronautique, à l’aérospatial et aux NTIC.

ALCIMED s’appuie sur une équipe de 150 ingénieurs, biologistes et chimistes de très haut niveau, dotée d’une double compétence scientifique et économique - financière, capable de prendre en charge des missions extrêmement variées (études de marché, analyses stratégiques, Business Plans, Business Development, valorisation...), à la frontière entre la R&D et le business.

Le pôle de compétences transversal dédié aux nanotechnologies a été créé en novembre 2008. L’objectif de ce pôle est de centraliser les compétences développées par l’ensemble des consultants d’ALCIMED sur ce sujet. Une trentaine de missions ont en effet traité des nanotechnologies, sous différents angles : développement de nouveaux matériaux, valorisation de nouvelles molécules, accompagnement des industriels dans leurs réflexions sur l’impact des nanotechnologies pour leurs activités, recherche de partenaires de développement, évaluation des risques HSE associés aux nanomatériaux et des actions à mettre en place,...

Une mission a notamment été menée pour le compte du Ministère de la Défense sur l’apport des nanotechnologies pour le combattant du futur, et la politique qu’il convient de mettre en place en France. Ce pôle est animé par Vincent Pessey, ingénieur et docteur en Sciences des Matériaux. Entré en 2001 chez Alcimed comme consultant spécialisé en Chimie-Matériaux-Energie, Vincent Pessey est aujourd’hui Responsable de Missions et se concentre sur l’encadrement des missions associées aux nanotechnologies.

SOURCE : ALCIMED

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