Les mood foods : un nouveau segment d'aliments fonctionnels ou mode passagère ?

lu 4001 fois

Apparue au Japon en 2005, une nouvelle catégorie d’aliments commence à voir le jour sur les rayons des supermarchés européens : les « mood foods ». La société de conseil ALCIMED fait le point sur ce nouveau segment d’aliments ayant un bénéfice sur l’humeur : croissance, ingrédients phares, taille de marché et perspectives d’avenir.

« Les mood foods : un nouveau segment d’aliments fonctionnels ou mode passagère ? » - Crédit photo : www.montereycountyweekly.com Il existe un lien étroit entre l’alimentation et l’humeur. Par exemple, qui n’a jamais consommé de glace lors d’une peine de cœur, ou du chocolat en période de stress ? Les scientifiques s’intéressent de près à ce sujet depuis une trentaine d’années. Ils ont ainsi démontré en 1971 que la consommation de sucre altérait l’équilibre du corps en acides aminés, en entraînant une augmentation de la production de sérotonine (hormone qui régule le sommeil et l’appétit). D’autres recherches ont également mis en lumière qu’une faible teneur en sérotonine dans l’organisme entraine un besoin immodéré de consommer des aliments sucrés ou encore le lien entre la consommation d’acides gras oméga 3 et les émotions, l’humeur et le stress (Docteur Servan Schreiber –« Guérir ». Editions Robert Laffont 2003).

Depuis quelques années, ce sujet intéresse aussi vivement les industriels de l’agroalimentaire qui accentuent leur R&D pour développer de nouveaux ingrédients ayant des bénéfices sur le cerveau et donc sur l’humeur, afin de lancer de nouvelles gammes de produits. Le Japon a été précurseur dans ce domaine. Ainsi, en 2005, Ezaki Glico, l’un des leaders du marché japonais de la confiserie, a été le premier à se positionner sur le créneau des mood foods, avec « Mental-balance’ milk chocolate with GABA », un chocolat au lait enrichi en GABA pour aider à la diminution du stress. Ce produit était le premier au monde à avoir un réel bénéfice sur l’humeur, la relaxation et le fonctionnement cérébral. Les industriels américains puis européens se sont ensuite rapidement lancés dans la course aux mood foods. Nestlé a par exemple annoncé en 2006 un investissement de 4 millions de $ par an sur une période de 5 ans pour investir le marché des Mood Foods.

Depuis 2005, on observe une accélération exponentielle des lancements produits à travers le monde, avec un taux de croissance annuel moyen de 59% entre 2005 et 2008 (54 nouveaux produits en 2005, contre 218 en 2008). En 2009, 392 nouveaux produits étaient déjà recensés à la fin du mois de septembre. Cette croissance est plus forte que celle des produits pour la digestion (+44%) ou que celle des produits pour l’immunité (+51%), les deux catégories piliers des aliments fonctionnels.

Il est aujourd’hui difficile d’évaluer le marché des mood foods car aucune définition exacte n’existe. Selon ALCIMED, cette catégorie d’aliments joue sur la régulation de l’humeur, l’énergie et la vitalité, la relaxation, la cognition (bon développement du cerveau des bébés, mémoire et maladies neurodégénératives comme Alzheimer) et la santé mentale (dépression, schizophrénie).

Les industriels ont recours à des ingrédients tels que les oméga 3, la caféine, la taurine, le GABA (L’acide ?-aminobutyrique), etc., capables de générer quatre grands types d’action sur le cerveau et le système nerveux :

  • Impact sur la composition des membranes des cellules du cerveau et des neurones. Les acides gras oméga 3 (DHA et EPA) sont des constituants essentiels de ces membranes. Toute carence peut avoir des conséquences sur le bon développement et le bon fonctionnement du cerveau.
  • Activation enzymatique et hormonale. Le cerveau est la tour de contrôle de l’organisme avec la production d’enzymes et d’hormones qui régulent le fonctionnement du corps humain. Certains micronutriments comme le zinc, le fer et l’iode sont essentiels pour une bonne synthèse de ces enzymes et hormones.
  • Production et fonctionnement des neurotransmetteurs. Le bon fonctionnement du cerveau passe également par une bonne communication entre les neurones, via les neurotransmetteurs. Certains composés comme la sérotonine, le GABA, l’anandamide ou le Lactium® stimulent ou miment le fonctionnement de neurotransmetteurs.
  • Stimulation du cerveau et développement de cognition. Certains ingrédients, notamment des extraits de plantes (ginseng ou guarana) ou des glucides, permettent de stimuler le cerveau, selon des mécanismes encore peu connus.

Certaines données permettent cependant d’avoir un premier aperçu du potentiel de ce marché :

  • Le marché mondial des « mood chocolate » a été évalué à 68 millions d’Euros en 2007.
  • Le marché européen des oméga 3 produits à partir d’algues a été estimé à 39 millions d’Euros en 2008, sachant que 100% des applications de ces oméga 3 sont des produits pour bébé ou pour la cognition.
  • Le marché des mood foods reste essentiellement asiatique avec 46% des nouveaux lancements dans cette catégorie en 2008, suivi par l’Amérique du Nord (25%), puis l’Europe (22%).

Aujourd’hui, les acides-aminés comme le GABA ou la théanine sont principalement utilisés en Asie, notamment au Japon. En Europe, les industriels s’orientent surtout vers des produits à base d’extraits de plante ou d’ingrédients naturels ou vers l’utilisation des acides gras oméga 3 pour l’alimentation infantile. Cependant, comme pour toutes les allégations nutritionnelles, le développement du segment des « mood foods » en Europe va dépendre des avis des panels d’experts de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments.

« En effet, la nouvelle réglementation européenne sur les allégations 1924/2006 pourrait en effet limiter le développement de cette catégorie. 22 dossiers sur des allégations mood foods ont été évalués par l’EFSA depuis 2008 et aucun avis positif n’a été rendu, Pour le moment, il n’existe pas assez de preuves scientifiques pour soutenir les allégations des mood foods », explique Edouard Casala, Consultant au sein de l’équipe agroalimentaire d’ALCIMED.

« Si de nombreux signes indiquent que cette nouvelle catégorie de produits semble disposer d’un vrai potentiel marché (recherche scientifique, investissements, lancements produits réussis, croissance attendue), il est encore trop tôt pour dire si cette catégorie va devenir un pilier au sein des aliments fonctionnels, ou si l’intérêt actuel va faiblir faute de preuves scientifiques convaincante pour les autorités réglementaires et bien sûr pour les consommateurs », conclut Thomas Paschal, Co-Responsable de l’équipe agroalimentaire d’ALCIMED.

A propos d’ALCIMED

ALCIMED (www.alcimed.com) est une société de conseil et d’aide à la décision spécialisée dans les sciences de la vie (santé, biotech, agroalimentaire), la chimie, les matériaux et l’énergie ainsi que dans les industries de hautes technologies.

La vocation d’Alcimed est d’accompagner les décideurs dans leurs choix de positionnement et leurs actions de développement. Ses consultants, par un travail d’investigation auprès des meilleurs spécialistes et experts dans le monde, apportent une analyse et des réponses pragmatiques aux questions soulevées par les décideurs (responsables R&D, responsables marketing & ventes, directions générales, directeurs d’unités).

Alcimed s’appuie sur une équipe de 160 ingénieurs de haut niveau, répartis par secteur et capables de prendre en charge des missions extrêmement variées depuis des sujets marketing & ventes (études de marché, ciblage de nouveaux besoins, positionnement d’un nouveau produit…) jusqu’à des problématiques stratégiques (stratégie de développement, recherche & évaluation de cibles d’acquisition, organisation d’une activité…).

La société dont le siège est à Paris, est présente à Lyon et à Toulouse et a ouvert trois filiales en Europe (Espagne, Allemagne, Suisse).

SOURCE : ALCIMED

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s