Les médicaments anti-obésité ont-ils un intérêt ?

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Alors que L'OMS a estimé que plus d'un milliard de personnes présentent un excès de poids et que plus de 300 millions souffrent d'obésité, des médicaments pour lutter contre ce fléau sont déjà commercialisés ou sur le point de l'être. Cependant une étude publiée dans « The Lancet » indique que ces traitements anti-obésité doivent encore faire la preuve que leurs bénéfices sur la santé sont supérieurs aux risques éventuels mal connus par manque de recul et qui devraient être mieux évalués.

« Les médicaments anti-obésité ont-ils un intérêt ? » Si la lutte contre l'obésité est devenue un véritable enjeu de santé publique, les médicaments anti-obésité sont théoriquement recommandés chez les patients pour lesquels les modifications des habitudes alimentaires et du style de vie se sont avérées inefficaces. Ainsi, le traitement devenant nécessaire, « le développement de médicaments efficaces et sans danger devrait être une priorité », estiment les docteurs Raj Padwal et Sumit Majumdar de l'hôpital de l'université d'Alberta (Canada) et leurs collègues, auteurs de l'étude.

Trois médicaments contre l'obésité sont aujourd'hui disponibles : orlistat (Xenical ®) empêchant l'absorption des graisses, sibutramine (Sibutral ®) agissant sur la sensation de faim au niveau du cerveau et le rimonabant (Acomplia ®) qui bloque l'appétit. Les auteurs de l'étude ont donc analysé les résultats des différentes études publiées entre 2000 et 2006 ayant évalué l'efficacité et les effets secondaires de ces médicaments anti-obésité.

Si lors des essais cliniques, ces médicaments ont bien entraîné une perte de poids, ceux-ci présentent une efficacité assez modeste pour un coût plutôt élevé face à l'enjeu réel : 3 kilos en moyenne pour Xenical et 4 à 5 kilos pour Sibutral et Acomplia, les auteurs indiquent que « le manque de résultats concernant leurs effets sur la mortalité et la morbidité cardiovasculaires est une des plus grandes lacunes » et qu'il existe des effets secondaires indésirables plus ou moins importants et d'éventuels effets toxiques qui sont à rechercher à long terme, les bénéfices devant « largement contrebalancer les risques et les coûts ».

L’orlistat diminuerait le risque de progression du diabète chez les patients à haut risque mais serait associé à des effets secondaires gastrointestinaux fréquents. La sibutramine entraîne parfois une hypertension accompagnée d’insomnie et de nausées. Le rimonabant améliorerait le tour de taille et les concentrations en HDL cholestérol (le "bon" cholestérol) et en triglycérides mais est susceptible de provoquer des nausées, des vertiges et des diarrhées et ses effets indésirables peuvent même aller jusqu’aux troubles psychiques comme la dépression.

Ainsi, au vu de l'efficacité restreinte de ces traitements anti-obésité en regard avec leur coût prohibitif actuel, « faut-il continuer à les prescrire aussi massivement » s'interrogent Padwal et Majumdar ? Selon les chercheurs canadiens, aucun de ces essais cliniques ne fournit de données suffisantes permettant de démontrer une réduction significative sur le long terme des risques de mortalité et de pathologies associés à l'obésité (maladies cardiovasculaires, diabète) et « ll faudrait exiger des essais cliniques susceptibles de démontrer des réductions importantes de la mortalité et de la morbidité liées à l'obésité », soulignent-ils également, afin de garantir aux médecins et à leurs patients un rapport bénéfice-risque réellement positif.

(The Lancet, 6 janvier 2007, vol. 369, N° 9555, p. 71-77)

Source : Alexandre Glouchkoff, Diététicien - Nutritionniste

SOURCE : Toute la diététique !

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