Les jeux vidéos d'exercice valent mieux que la sédentarité

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Entre pratiquer un sport à l'extérieur et s'adonner à un semblant de sport à l'intérieur à l'aide d'une console de jeu, aucune hésitation possible: «Il faut aller jouer dehors», affirme Marie-Ève Mathieu, professeure au Département de kinésiologie de l'Université de Montréal. Mais entre un jeu vidéo où l'on ne bouge pas et un jeu permettant l'exercice physique, mieux vaut le second.

Selon une analyse théorique élaborée par la kinésiologue et sa collègue Lisa Kakinami, de l'Université McGill, les consoles de jeux vidéos d'exercice telles que la Wii et Kinect peuvent neutraliser le surcroit de calories que les enfants sont portés à aller chercher après avoir joué à des jeux vidéos stressants. Les deux chercheuses voulaient ainsi apporter une précision à une étude antérieure réalisée au Children Hospital of Eastern Ontario (CHEO); cette étude montrait qu'une période de 60 minutes de jeux vidéos sans mouvements était associée à un apport d'énergie de 246 kilojoules (kJ) de plus qu'une période de repos de durée égale.

« Cet apport d'énergie vient du fait que les enfants qui s'adonnent à des jeux vidéos ont tendance à manger davantage au repas qui suit, précise Marie-Ève Mathieu. Le surcroit de nourriture ingérée n'est pas dû à une plus grande dépense d'énergie mais au stress suscité par le jeu vidéo. »

Autrement dit, à dépense calorique égale, nous mangeons plus en situation de stress. Cela serait même observable au cours d'activités mentales comme des opérations mathématiques: un sujet soumis à des épreuves sans solution mangera plus que celui soumis à des opérations non stressantes.

Augmenter la dépense d'énergie

Plus précisément, l'étude ontarienne a montré que l'énergie alimentaire supplémentaire est de 335 kJ alors que l'énergie dépensée pendant le jeu n'est que de 89 kJ de plus qu'au repos.

Selon la kinésiologue, il y a un risque que l'enfant prenne l'habitude de manger davantage. Les enfants obèses sont quant à eux plus à risque de voir leur surplus pondéral augmenter puisqu'ils sont moins portés que les autres à compenser leur gain d'énergie par une activité physique. Une solution serait le jeu vidéo d'exercice.

Marie-Ève Mathieu a calculé que la dépense d'énergie nécessaire pour neutraliser les calories supplémentaires devait être de deux à trois fois supérieure à celle liée au repos. Cette dépense est mesurée en équivalents métaboliques (MET pour l'appellation anglaise metabolic equivalent of task), 1 MET correspondant à 3,5 ml d'oxygène consommés par kilogramme de poids à chaque minute. Au repos, le corps dépense 1 MET alors que la course peut faire grimper la dépense à 15 ou 18 MET.

Les mesures effectuées sur des jeux d'exercice de la console Wii montrent que 32 % de ces jeux entrainent une dépense d'environ 3 MET et que certains vont jusqu'à 5 MET ou 1393 kJ pour une personne d'environ 70 kg. Cela est suffisant pour atteindre un équilibre ou même constituer une dépense énergétique supérieure au gain d'énergie escompé. « Ces jeux ne dépassent pas 5 MET parce que l'espace dans lequel l'exercice doit être fait est limité et parce que le joueur perd beaucoup de temps à programmer chacun de ses exercices », souligne Marie-Ève Mathieu. Ces chiffres proviennent d'études empiriques et il ne faut pas, à son avis, se fier aux calculs établis par les consoles.

Une solution à court terme

À ses yeux, il n'en demeure pas moins tout à fait possible, pour l'enfant, d'éliminer le surplus calorique qu'il risque d'aller chercher après une séance de jeu vidéo et même de bruler des calories. Comme les jeux d'exercice ne sont pas plus stressants que les jeux où l'on ne bouge pas, l'enfant ne risque pas d'ingérer plus de nourriture en manipulant ce premier type de console.

« Il s'agit d'une solution à court terme aux jeux vidéos qui favorisent la sédentarité et non de la solution, insiste la professeure. On ne sait pas si, à long terme, il y aurait effectivement perte de poids. Des études ont révélé que les enfants avaient tendance à se lasser même des jeux d'exercice par manque d'interaction sociale. Pour l'enfant, aller jouer au ballon est souvent un prétexte à rencontrer ses amis. On peut recourir aux jeux vidéos d'exercice les jours de pluie, mais il ne faut pas penser qu'ils pourront régler les problèmes d'obésité, qui reposent sur plusieurs facteurs. »

Entre jouer au soccer sur une surface de un mètre carré et aller disputer une partie au parc, la kinésiologue choisit le parc.

(Par Daniel Baril - Journal FORUM Volume 46 / Numéro 9 / 31 octobre 2011 - Université de Montréal)

SOURCE : Université de Montréal

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