Les humains sont-ils trop gros parce qu'ils ont « la grosse tête » ?

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L'environnement, l'obésité, les maladies de civilisation ? Autant de problèmes liés à l'activité humaine ! Physiologiste et chercheur en nutrition directeur de recherches honoraire à l'INRA et président de l'Institut français pour la nutrition (IFN), le Pr Jean-Paul Laplace se demande pourquoi l'homme est la seule espèce qui, par ses comportements, met parfois en danger son existence...

L’homme est-il la seule espèce à avoir le « privilège » du surpoids et de l’obésité ?

Les humains sont-ils trop gros parce qu’ils ont « la grosse tête » ? - Crédit photo : www.topnews.in

Pratiquement, oui. Les autres espèces animales bénéficient d’une régulation qui adapte leurs comportements et leurs besoins, en fonction de la disponibilité de la nourriture. La seule exception est celle des animaux domestiques, qui vivent confinés et isolés de leurs congénères, sous la domination de l’homme, et parfois même « mangeant comme lui » ! On peut ainsi trouver des cas d’obésité chez les chats ou les chiens, mais la responsabilité première incombe à la domestication, qui les éloigne de leur fonctionnement spécifique et leur fait perdre la capacité de réguler leurs apports d’énergie. Certains représentants de ces espèces animales sont ainsi soumis aux errements des humains.

L’homme n’est-il pas aussi bien construit que l’animal pour s’adapter aux divers changements de son environnement alimentaire ?

Et pourtant, si ! Tout ce que l’on sait de la physiologie humaine montre que notre organisme met en oeuvre à tous les niveaux d’innombrables mécanismes qui témoignent d’une sophistication, d’une sensibilité et d’une capacité d’adaptation fabuleuses. Le tube digestif est le théâtre de changements qui font passer l’aliment du milieu extérieur au milieu intérieur et le transforment en nutriments. Des milliers d’événements métaboliques sont nécessaires pour intégrer les vagues successives d’apports alimentaires. Un peu partout, des capteurs apprécient les transformations en cours et témoignent de la sensibilité de l’organisme.

Une régulation se met en place entre quatre « partenaires » : le niveau des apports énergétiques que nous ingérons, l’utilisation métabolique que nous faisons de cette énergie, le niveau de nos réserves adipeuses, notre capacité digestive… En rapport permanent les uns avec les autres, ces quatre partenaires sont sous le contrôle d’un intégrateur central, qui se charge d’ajuster les niveaux en cas de déséquilibre de tel ou tel d’entre eux… Ce centre intégrateur est situé dans la partie profonde, ancienne, du cerveau, au niveau du tronc cérébral et de l’hypothalamus. En somme, nous sommes admirablement construits et notre machine biologique est bien conçue pour maintenir l’équilibre.

D’où vient alors que cet équilibre soit rompu, comme en témoigne l’épidémie d’obésité ?

Par rapport aux espèces animales « cousines » comme les singes, nous bénéficions d’un cerveau plus développé dont l’architecture est extraordinaire. Nos capacités cognitives, notre aptitude à échafauder et à déduire à partir de savoirs incomplets pourraient nous amener à construire un environnement inadapté, de nature à mettre en échec les mécanismes physiologiques protecteurs dont nous sommes pourvus. Or, l’homme ne peut sans doute pas transgresser les limites de sa physiologie. Sa faculté à imaginer et à extrapoler pourrait ainsi le rendre incapable de maintenir l’ajustement de ses apports d’énergie, de ses dépenses alimentaires et de ses réserves adipeuses ! Il serait, en quelque sorte, victime de son cerveau !

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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