Les garçons et leur image corporelle

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Le corps masculin est de plus en plus réduit au rang d’objet dans les médias de masse. On ne compte plus les jeunes hommes qui exhibent des abdominaux d’enfer devant la caméra dans l’espoir de parvenir à la célébrité. Est-ce à dire pour autant que tous les garçons se précipitent au gym ou passent leur temps à s’examiner devant leur miroir? Eh bien, non. Selon une nouvelle étude publiée par l’Université Concordia et l’Université du Manitoba, publiée dans la revue Men and Masculinities, la plupart des adolescents souhaitent avoir un physique comme tout le monde et n’aspirent pas à ressembler aux mâles musclés des magazines.

« Ce ne sont pas tous les garçons qui aspirent à posséder un corps mince, musclé et idéalisé tel que la culture populaire le véhicule, déclare l’auteur de cette étude, Moss E. Norman, chercheur postdoctoral à l’Institut Simone-De Beauvoir de Concordia. Très souvent, les jeunes garçons qui ont participé à notre étude se montraient résolument critiques face aux images masculines idéalisées, et jugeaient problématique, féminin ou superficiel de trop se préoccuper de son apparence. Ils associaient les physiques hypermusclés au manque de naturel, à la consommation de stéroïdes ou à la pratique excessive du culturisme. »

Pour son étude, le chercheur a recruté 32 garçons âgés de 13 à 15 ans dans un centre communautaire et une école privée de Toronto. Bien que ce groupe témoin était petit, l’étude a duré neuf mois; elle comprenait quatre entretiens approfondis ainsi que 19 groupes cibles. Les discussions ont porté sur l’image corporelle masculine, la santé, l’alimentation et l’activité physique. Les répondants ont été invités à commenter des images appartenant à la culture populaire telles que le personnage Homer Simpson de la série télévisée bien connue, les mâles au torse nu des pubs d’appareils de gym et les lutteurs baraqués des championnats de combat extrême.

« L’une des surprises de l’étude a été de constater l’aisance avec laquelle les jeunes décrivaient, analysaient et comparaient leur propre corps, celui de leurs camarades et ceux diffusés par les médias, poursuit M. Norman, aujourd’hui professeur à la Faculté de physiologie et de gestion des loisirs de l’Université du Manitoba. Même s’ils ressentaient une pression sociale pour être en forme, ils s’affichaient distants et désintéressés de leur corps. Quelques-uns ont aussi admis vouloir correspondre à un certain idéal masculin et discipliner leur corps pour y parvenir. »

Inquiétudes par rapport à son corps

L’étude s’appuie sur des études précédentes qui ont démontré que les garçons peuvent éprouver les mêmes anxiétés, les mêmes peurs et les mêmes désordres par rapport à leur image corporelle que les jeunes filles et les femmes. Les principales inquiétudes des répondants dans cette recherche particulière touchaient la grandeur, la musculature, l’obésité, les problèmes dermatologiques ou l’allure. « Ils considéraient l’excédent de poids comme un élément indésirable associé à un style de vie sédentaire, voire immoral », poursuit le chercheur.

La majorité des participants voyaient le sport comme une activité agréable et une façon masculine de se faire des muscles tout en gérant les calories et les graisses. Selon eux, le sport conduit naturellement à une meilleure santé, à une meilleure forme et à un surcroît de séduction. Ils s’en servent pour détourner, dissimuler ou gommer leurs anxiétés et leurs désirs relativement au corps.

Le chercheur observe que la plupart des adolescents recherchent simplement un physique qui ne les démarque pas des autres. « En dehors de cette norme, l’apparence leur semblait non naturelle, indicatrice d’une mauvaise santé ou tout simplement excessive. Les garçons veulent un corps qui ne soit ni trop gros ni trop maigre, ni trop grand ni trop petit, ni trop musclé ni trop chétif », conclut l’auteur.

(Par Sylvain-Jacques Desjardins - Université Concordia)

SOURCE : Healthandfood

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