Les Français ne consomment pas assez de féculents

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Toutes les études nutritionnelles réalisées en Europe mettent en évidence un apport insuffisant en glucides complexes. Les féculents sont considérés comme une source importante de glucides complexes. Augmenter la consommation de féculents est donc un moyen d’augmenter l’apport en glucides complexes, de réduire la contribution des lipides et sucres simples à la balance énergétique, et de contribuer à l’apport de différents nutriments (fibres, vitamines).

La grande famille alimentaire des féculents est composée des céréales ou aliments d’origine céréalière (riz, maïs, semoule, blé - entier ou concassé -, pâtes, farines et pain, céréales du petit-déjeuner), des légumes secs et assimilés (lentilles, pois chiches, pois cassés, flageolets, haricots blancs, haricots rouges, fèves) et des pommes de terre et tubercules tels le manioc (ainsi que son dérivé, le tapioca).

Les glucides complexes apportés par les féculents contribuent majoritairement à l'apport énergétique journalier et jouent un rôle prépondérant dans la régulation de la prise alimentaire. En effet, les aliments riches en glucides complexes (pâtes, riz, pains et céréales, notamment sous formes complètes) comptent avec les aliments riches en protéines (poisson, viande, haricots, lentilles ou oeufs) parmi les aliments ayant le plus grand pouvoir rassasiant.

Les glucides complexes permettent de contribuer à un équilibre nutritionnel acceptable. En effet, une alimentation apportant environ 50 à 55 % de l’apport énergétique sous forme de glucides est recommandée. Privilégier la consommation de glucides complexes permet de limiter les apports en glucides simples (sucres) et en lipides et donc de maîtriser la prise de poids. Au-delà de leur effet satiétogène, la composition nutritionnelle de certains féculents leur confère un intérêt particulier.

Par exemple certains féculents comme les céréales (et notamment les formes complètes) et les légumineuses peuvent représenter des sources non négligeables de fibres, de vitamines et de minéraux (vitamines B et E), en minéraux (fer, magnésium, zinc, potassium, sélénium), d'acides gras essentiels, et présentent un indice glycémique bas.

Les effets bénéfiques des céréales complètes sur la santé sont de plus en plus avérés même si les composés bioactifs impliqués et les mécanismes sous-jacents ne sont pas toujours élucidés. Une consommation élevée de céréales complètes a été associée à un moindre risque de prise de poids et d'obésité (2), de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires (3) mais aussi de cancer colorectal (4). Un effet similaire des légumineuses sur les maladies cardiovasculaires a été rapporté (5).

Pour les glucides, l’objectif du PNNS (Plan National Nutrition Santé) est d’en augmenter la consommation afin qu’ils contribuent à plus de 50 % des apports énergétiques journaliers, en recommandant de consommer des féculents « à chaque repas selon l’appétit » (soit 3 à 6 portions de féculents par jour) :

  • en favorisant la consommation des aliments sources d’amidon (les féculents, notamment en privilégiant les féculents complets) ;
  • en réduisant de 25 % la consommation actuelle de sucres simples, essentiellement sous forme de glucides simples ajoutés contenus dans les boissons sucrées, les friandises, les desserts lactés, la plupart des biscuits, les viennoiseries, le chocolat, etc. ;
  • en augmentant de 50 % la consommation de fibres (contenues dans les fruits, les légumes et les féculents, en particulier les légumes secs et les produits céréaliers complets).

La consommation des féculents en France

Grâce à de nouveaux résultats préliminaires issus de la cohorte NutriNet-Santé et de son système de recueil des apports alimentaires via Internet, il a été possible d’estimer les apports en féculents dans l’alimentation. Au total les analyses ont porté sur 80 209 participants correspondant à 264 564 enquêtes alimentaires. Il en ressort que :

  • Les apports en féculents observés dans NutriNet-Santé sont de 257 g/j (300 g/j chez les hommes et 217 g/j chez les femmes)
  • Parmi les différents féculents, le pain est le principal contributeur (environ 45%), devant les pommes de terre (20%), les pâtes (17%) et le riz (8,5%)
  • La consommation de pain augmente avec l’âge, alors que celle de pâtes et de riz diminue. La consommation de pommes de terre est stable avec l’âge sauf chez les plus de 65 ans ou elle est légèrement plus élevée
  • 35,4% des hommes et 65,9% des femmes ont des apports en féculents inférieurs aux recommandations nutritionnelles; 9,5% des hommes et 1,3% des femmes ont des apports en féculents supérieurs aux recommandations et seulement 55% des hommes et 33% des femmes suivent les recommandations nutritionnelles. Cela explique que les apports en glucides ne représentent que 43 % des apports énergétiques, par rapport à la recommandation d’au moins 50 %
  • Cette insuffisance d’apport peut s’expliquer par le fait que seuls 22 % des Nutrinautes connaissent la recommandation du PNNS concernant la consommation des féculents. C’est le repère de consommation le moins bien connu des repères alimentaires du PNNS (par ex, ils sont 86 % à connaitre « au moins 5 fruits et légumes par jour », 85 % « du poisson au moins 2 fois par semaine » ; 74 % « viandes/poissons/oeufs, 1 à 2 fois par jour » ; 39 % « 3 produits laitiers par jour »)
  • Les consommations de féculents inférieures aux recommandations sont plus fréquentes chez les sujets ayant suivi un ou plusieurs régimes amaigrissants dans le passé
  • Les féculents contribuent à hauteur de 21 % des apports énergétiques chez les femmes et 23 % chez les hommes, à 75 % des apports en glucides complexes dans les deux sexes et à 34 % des apports de fibres chez les femmes et 39 % pour les hommes. Ils apportent 21,5 % des apports totaux en vitamine B1, 20 % des apports en vitamine B6 et 16,5 % des apports en vitamine B9 (folates)

Ces résultats justifient de promouvoir les recommandations du PNNS sur la consommation de glucides afin qu’ils contribuent à plus de 50 % des apports énergétiques journaliers, en favorisant la consommation des féculents (aliments sources d’amidon) et notamment les féculents complets (riches en fibres), tout en réduisant de 25 % la consommation actuelle de sucres simples, et en augmentant de 50 % la consommation de fibres.

La méconnaissance du repère de consommation du PNNS, l’image « négative » ancienne des « féculents qui font grossir » nécessitent de mettre en place des campagnes d’information auprès du public pour stimuler la consommation des féculents (et notamment chez les sujets souhaitant maigrir qui ont tendance à limiter de manière injustifiée leur consommation). Il est nécessaire d’insister sur l’intérêt des féculents pour assurer la sensation de rassasiement, signal essentiel de la régulation de la prise alimentaire.

Références

  1. Giacco R, Della PG, Luongo D, Riccardi G. Whole grain intake in relation to body weight: from epidemiological evidence to clinical trials. Nutr Metab Cardiovasc Dis 2011; 21/12: 901-908.
  2. Ye EQ, Chacko SA, Chou EL, Kugizaki M, Liu S. Greater whole-grain intake is associated with lower risk of type 2 diabetes, cardiovascular disease, and weight gain. J Nutr 2012; 142/7: 1304-1313.
  3. Mellen PB, Walsh TF, Herrington DM. Whole grain intake and cardiovascular disease: a meta-analysis. Nutr Metab Cardiovasc Dis 2008; 18/4: 283-290.
  4. Aune D, Chan DS, Lau R, Vieira R, Greenwood DC, Kampman E et al. Dietary fibre, whole grains, and risk of colorectal cancer: systematic review and dose-response meta-analysis of prospective studies. BMJ 2011; 343: d6617.
  5. Dong JY, Zhang YH, Wang P, Qin LQ. Meta-analysis of dietary glycemic load and glycemic index in relation to risk of coronary heart disease. Am J Cardiol 2012; 109/11: 1608-1613.

SOURCE : Etude NUTRINET-SANTE

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