Les Français face aux compléments alimentaires

lu 2892 fois

Ils ont un profil santé favorable. Un mode de vie plutôt sain. Une petite tendance pour le bio. Et ils prennent des suppléments de vitamines et de minéraux… A partir d’un « échantillon » de 80000 participants, l’étude NutriNet-Santé révèle que 28 % des femmes et 14,5 % des hommes consomment des compléments alimentaires au moins 3 fois par semaine. Sans s’aviser que ces produits sont la plupart du temps inutiles. Et même, dans certains cas, potentiellement dangereux…

Magnésium, vitamine B6, vitamine D. C’est le tiercé gagnant des compléments alimentaires plébiscités par les Français qui ont participé à l’étude Nutri-Net Santé. Principale raison invoquée pour se jeter sur les comprimés, gélules et autres formes pharmaceutiques de micronutriments : combattre la fatigue. Il s’y ajoute souvent des situations spécifiques : un régime alimentaire restrictif, la grossesse, la ménopause, des douleurs chroniques, qu’elles soient physiques ou psychiques… Autant de raisons qui justifient, aux yeux des utilisateurs, une consommation élevée de compléments. Curieusement, ils ne sont que 10 % à parler de « compenser des apports alimentaires inadéquats ». Entre autres raisons, celle qui pourrait paraître la plus fondée n’est invoquée que par une personne sur dix !

On trouve proportionnellement plus de femmes et de seniors parmi les consommateurs de compléments. Et aussi plus de personnes qui ont un niveau d’éducation élevé et appartiennent à des catégories socio-professionnelles supérieures. Elles sont de poids normal (avec un indice de masse corporelle plutôt faible), pratiquent beaucoup l’activité physique. Et majoritairement ne fument pas. Bref, leur mode de vie est sain, leur alimentation équilibrée, avec souvent une orientation bio. Leurs apports de nutriments et micronutriments sont satisfaisants. Sauf peut-être pour la vitamine B12, en raison souvent d’une faible consommation de viande.

Au total, les adeptes des compléments ont un mode de vie plutôt sain. Et même de bonnes connaissances en matière d’alimentation et de recommandations nutritionnelles. Pour près de la moitié d’entre eux, l’achat de compléments alimentaires est une auto-prescription. Pour 55 %, c’est sur ordonnance ou sur recommandation médicale.

Pourtant, on est loin de connaître aujourd’hui les effets à long terme de la consommation de compléments. On en connaît même certains qui ne sont pas de bon augure. Il y a les risques d’interaction avec certains médicaments. Il y a l’augmentation du risque de cancer du poumon, démontrée chez les fumeurs qui consomment des suppléments de bêta-carotène. Dans la population étudiée par NutriNet-Santé, les fumeurs consomment moins de compléments que les non-fumeurs. Mais leur consommation, de l’ordre de 19 %, est loin d’être négligeable. La consommation spécifique de bêta-carotène reste globalement faible dans cette étude, mais elle n’est pas plus faible chez les fumeurs. Ce qui veut dire qu’ils ignorent le risque ou que les professionnels de santé n’en sont pas bien informés. Quand ils ne sont pas achetés sur automédication, les compléments sont prescrits pour combattre le stress, perdre du poids, compenser une alimentation inadéquate…

Or, sauf dans des cas de carence grave ou dans des situations physiologiques comme la grossesse, la prudence s’impose. Les compléments devraient être réservés à un usage très limité. On ne leur trouve aucun bénéfice démontré pour le traitement des maladies chroniques dans les populations globalement bien nourries comme la nôtre. On observe d’ailleurs qu’ils sont surtout utilisés par ceux qui en ont le moins besoin. Chez les autres, on peut redouter qu’ils soient pris en lieu et place d’une alimentation équilibrée. Les auteurs de l’étude de NutriNet-santé le soulignent : plutôt que les compléments, c’est la variété alimentaire et le choix des aliments les plus sains qui sont les seuls garants d’une alimentation adéquate.

(D'après Pouchieu C, et al. Br J Nutr 2013 ; DOI: http://dx.doi.org/10.1017/S0007114513000615)

SOURCE : Centre de Recherche et d'Information Nutritionnelles

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s